Ottawa critiqué pour recevoir trop et pas assez de vaccins

La pharmaceutique Moderna a envoyé 21% moins de doses que prévu cette semaine et n’est pas capable de confirmer combien elle en fournira lors de son prochain envoi.
Photo: Kristopher Radder / The Brattleboro Reformer via Associated Press La pharmaceutique Moderna a envoyé 21% moins de doses que prévu cette semaine et n’est pas capable de confirmer combien elle en fournira lors de son prochain envoi.

C’est au tour de Moderna de réduire ses livraisons de vaccins contre la COVID-19 promises au Canada. La pharmaceutique a envoyé 21 % moins de doses que prévu cette semaine et n’est pas capable de confirmer combien elle en fournira lors de son prochain envoi. Une situation qui accentue encore la pression sur Ottawa, qui se fait par ailleurs reprocher de recourir aux doses d’un mécanisme international destinées aux pays moins fortunés.

« Nous attendions au départ 230 000 doses du vaccin de Moderna cette semaine et Moderna nous a indiqué la semaine dernière que nous en recevrions plutôt 180 000 », a indiqué le major général Dany Fortin, responsable à Ottawa de l’opération vaccin. « Pour la semaine du 22 février, nous devions au départ recevoir 249 000 doses et la quantité qu’on recevra finalement doit encore être confirmée par le manufacturier. Je ne sais pas quelle sera la quantité, mais on ne doit pas s’attendre à recevoir les 249 000. »

On ignore les raisons de ce retard. « Moderna nous a dit travailler de bonne foi, qu’ils font de leur mieux pour fournir le plus de doses possible de manière aussi équitable que possible considérant la demande mondiale, a poursuivi le major général. Ils ne nous ont pas exposé les défis précis auxquels ils font face. […] Mais ils entendent encore respecter leur engagement de fournir 2 millions de doses d’ici la fin mars. » Moderna n’a pas répondu à la demande du Devoir.

Le gouvernement fédéral dit avoir encore confiance qu’il recevra un total de 6 millions de doses d’ici la fin mars, soit 2 millions de Moderna et 4 millions de Pfizer-BioNTech. Si le vaccin d’AstraZeneca devait recevoir son approbation de Santé Canada, alors les doses promises par ce fabricant s’ajouteraient à ce total. Pour l’instant, Ottawa n’a pas révélé combien le fabriquant s’est engagé à en fournir pour cette période. Les provinces n’en ont pas été informées davantage, mais elles devraient l’être sous peu, a indiqué le major général. Les provinces s’impatientent d’ailleurs de ne pas obtenir plus de détails qui leur permettraient de mieux planifier leurs séances de vaccination. Elles réclament plus de prévisibilité de la part d’Ottawa.

Vaccins des pauvres ?

Attaqué par l’opposition pour le faible nombre de doses reçues, le gouvernement de Justin Trudeau a aussi essuyé les critiques jeudi après qu’il se soit prévalu du mécanisme COVAX pour obtenir des doses supplémentaires. Ce mécanisme financé par les pays riches vise à offrir un accès équitable aux vaccins, en en fournissant aux pays contributeurs ainsi qu’aux pays moins fortunés. Le Canada a versé 440 millions de dollars à cette initiative dont la moitié lui garantit jusqu’à 15 millions de doses. Il a décidé d’en réclamer une partie – entre 1,9 et 3 millions – à la première distribution. Il est le seul pays du G7 – et un des rares pays considérés comme nantis — à l’avoir fait.

« C’est humiliant » et « c’est déshonorant », s’est exclamé à la Chambre des communes le député conservateur Gérard Deltell. Son chef Erin O’Toole a déploré la situation, y voyant une conséquence d’un manque de planification d’Ottawa. Mais il a admis du bout des lèvres que lui aussi prendrait les doses. « On a besoin des doses immédiatement », a-t-il dit.

Le Bloc québécois et le NPD ont eux aussi dénoncé cette décision. La vice-première ministre, Chrystia Freeland a rétorqué que « le COVAX a toujours fait partie de la stratégie d’approvisionnement du Canada. […] Notre gouvernement ne s’excusera jamais d’avoir fait tout ce qu’il peut pour faire vacciner les Canadiens. »

Dans un communiqué de presse, le groupe OXFAM a critiqué le choix du Canada, rappelant que le pays a déjà accaparé par contrat un trop grand nombre de doses, assez pour en administrer 10 à chaque Canadien. « Le Canada ne devrait pas prendre aux pays pauvres des doses de COVAX afin d’alléger la pression politique qu’il subit, dit le communiqué. Recevoir un ou deux millions de doses n’est pas ce qui résoudra les défis de vaccination au Canada mais cela causera bien des dommages ailleurs dans le monde auprès des personnes les plus pauvres et les plus marginalisées. »

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