Le Canada pourra produire des vaccins contre la COVID-19… dans dix mois

C’est à Montréal que le Canada pourra bientôt fabriquer des vaccins contre la COVID-19 en sol canadien. Mais bien que Justin Trudeau ait souligné l’importance de cette annonce mardi, le gouvernement a aussi dû admettre que cette production ne débutera pas avant la fin de l’année. Soit après qu’il a prévu avoir déjà vacciné tous les Canadiens.

Le gouvernement fédéral a signé une entente avec la compagnie Novavax, de l’État américain du Maryland, afin que celle-ci permette la production de son vaccin en sol canadien. Cette fabrication se fera dans les locaux du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), rue Royalmount, à Montréal, a annoncé Justin Trudeau.

Le vaccin à deux doses de Novavax serait efficace à 89,3 %, selon ce qu’a révélé la compagnie récemment à l’issue d’une étude clinique de phase 3. Et il serait également efficace contre les variants britannique et sud-africain du SRAS-CoV-2.

Mais l’entreprise n’a déposé sa demande d’approbation auprès de Santé Canada que vendredi dernier. Il faudra donc au moins quelques semaines avant que son vaccin soit autorisé.

Et sa production en sol montréalais ne débutera pas avant la fin de l’année. Car il faudra attendre l’agrandissement des installations du CNRC, situé près de la jonction de la Transcanadienne et de l’autoroute 15 à Montréal, ainsi que la construction d’un tout nouveau site de production à côté. Ces travaux avaient déjà été annoncés cet été, à l’aide d’un financement fédéral de 123 millions de dollars, mais on ne savait pas quand la production d’un vaccin pourrait débuter, ni lequel. « Le tout devrait être terminé d’ici la fin de l’été », a indiqué Justin Trudeau.

Les installations devront cependant ensuite être certifiées par Santé Canada, a précisé le ministre de l’Innovation, François-Philippe Champagne, afin d’attester « des bonnes pratiques manufacturières ». « Quand cela est fait, on peut commencer la production. Alors nous prévoyons que la production pourra débuter d’ici la fin de l’année », a-t-il nuancé, en point de presse à son tour après celui du premier ministre.

Au final l’usine pourra produire deux millions de doses du vaccin Novavax par mois.

Trop tard ?

L’arrivée de cette production domestique de vaccin semble toutefois tardive, puisque le gouvernement fédéral martèle qu’il aura vacciné tous les Canadiens qui le souhaitent d’ici la fin septembre.

Justin Trudeau a néanmoins insisté que la création d’une chaîne de production de vaccins en sol canadien sera essentielle même si elle arrive plus tard, car on ignore combien de temps la planète devra immuniser ses citoyens contre le coronavirus SRAS-CoV-2.

« Évidemment, on ne sait pas ce qui peut se passer l’année prochaine ou dans les années à venir. Il y a de nouveaux variants. Il va encore y avoir de la COVID-19 un peu partout dans le monde, même si le Canada arrive à se faire vacciner au complet. On ne sait pas si on aura besoin de [vaccins] de suivi ou de nouveaux vaccins l’année prochaine », a fait valoir le premier ministre.

« Donc, le Canada va maintenant être en position de produire des vaccins pour les Canadiens. Et évidemment, dans le meilleur des cas, si on n’en a pas besoin ici, au Canada, on en aura pour en offrir à nos alliés, aux partenaires, aux pays en développement qui en ont besoin partout dans le monde. Parce qu’on n’en finit pas avec ce virus tant que tout le monde n’en a pas fini avec ce virus », a-t-il ajouté.

Invité à préciser si le Canada s’est vu refuser une entente semblable par Pfizer ou Moderna, afin de produire aussi leurs vaccins en sol canadien, Justin Trudeau a esquivé la question.

La cible de bien des critiques

L’approvisionnement en vaccins a été vivement critiqué ces dernières semaines, car le Canada dépend pour l’instant entièrement de deux vaccins produits en Europe : celui du duo Pfizer / BioNTech et celui de Moderna. Or, ces deux fabricants ont dû revoir leurs livraisons à la baisse depuis deux semaines.

L’Union européenne a en outre annoncé des mesures de contrôle des exportations de vaccins afin d’assurer l’approvisionnement de ses pays membres. Là encore, le gouvernement Trudeau répète que cela ne menace pas les livraisons à destination du Canada. L’Union européenne aurait donné des assurances au gouvernement en ce sens, mais pas par écrit, a reconnu le premier ministre.

« Ce n’est pas comme à la cour des petites créances, où vous pouvez montrer un document », a-t-il rétorqué. « Mes conversations avec la présidente de la Commission européenne [Ursula von der Leyen] ont suffi à me rassurer et devraient suffire à rassurer tous les Canadiens [quant au fait] que l’Union européenne est très soucieuse de respecter les contrats du Canada et [de faire en sorte] que notre approvisionnement en vaccins ne soit pas perturbé », a-t-il déclaré.

Le gouvernement fédéral assure qu’il recevra comme prévu d’ici la fin de mars quatre millions de doses du vaccin du duo Pfizer / BioNTech et deux millions de doses de celui de Moderna.

Le Canada a commandé jusqu’à 76 millions de doses du vaccin Pfizer / BioNTech, 40 millions de doses du vaccin de Moderna et jusqu’à 76 millions de doses du vaccin de Novavax. Les vaccins d’AstraZeneca (20 millions de doses) et de Johnson & Johnson (jusqu’à 38 millions de doses) sont toujours en attente d’une approbation par Santé Canada.

Les provinces ont commencé à vacciner leurs personnes âgées et leurs populations les plus vulnérables. En date du 23 janvier, 2,29 % des Canadiens avaient reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19 (dont 2,55 % des Québécois) et 0,12 % avaient reçu les deux doses nécessaires pour être immunisés.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, s’est réjoui de l’annonce du premier ministre Trudeau. « Mais ça arrive trop tard et ça nous amène à demander pourquoi le premier ministre n’a pas négocié ce même accord pour les vaccins qu’on a, comme ceux de Pfizer et Moderna », a-t-il dit.

M. Singh estime que la fabrication en sol canadien de vaccins contre la COVID-19 vaut l’investissement important qui sera fait, même si ce genre de pandémie demeure peu fréquent.

« Si nous avions notre propre capacité [de production], possédée par le peuple, pour produire des vaccins et des médicaments essentiels, on ne serait pas dans cette situation où nous sommes à la merci de Pfizer, de Moderna et maintenant d’une nouvelle compagnie. Nous avons absolument besoin de cette capacité », a-t-il affirmé.

Avec Hélène Buzzetti

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