Le gouvernement fédéral admet qu’il est redevable aux compagnies aériennes

Air Canada, Air Transat, WestJet, Sunwing et Nolinor suspendront à compter de dimanche et pour 90 jours leurs vols vers le Mexique et les Caraïbes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Air Canada, Air Transat, WestJet, Sunwing et Nolinor suspendront à compter de dimanche et pour 90 jours leurs vols vers le Mexique et les Caraïbes.

Ottawa a admis vendredi qu’il était redevable aux compagnies aériennes de s’être pliées volontairement à la suspension de leurs vols vers le sud et laisse entendre que cela paraîtra dans son futur plan d’aide à l’industrie du voyage.

Bien que « volontaire et aucunement conditionnelle » à cet éventuel plan d’aide fédéral, la décision d’Air Canada, Air Transat, WestJet, Sunwing et Nolinor de suspendre à compter de dimanche et pour 90 jours leurs vols vers le Mexique et les Caraïbes « ajoutera au stress et à la pression subis par les compagnies aériennes », a constaté en conférence de presse le nouveau ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra.

« Il est important de leur être reconnaissant de cette collaboration volontaire », a-t-il estimé. « Je ne peux pas déjà dire quelle forme prendra notre plan d’aide, mais nous reconnaissons que des milliers d’emplois sont en jeu, que l’économie canadienne et la sécurité canadienne sont en jeu », a-t-il dit de l’état dans lequel l’industrie sortira de la crise avant d’ajouter qu’il « espérait trouver une réponse à ces problèmes bientôt ».

Le sentiment de collaboration et de compréhension mutuelle affiché par Ottawa semblait partagé par les compagnies aériennes. « Le gouvernement reconnaît à quel point notre industrie a été durement touchée et est conscient de nos efforts pour freiner la propagation du virus », a déclaré dans un communiqué de presse le patron de WestJet, Ed Sims, en confirmant l’interruption, du 31 janvier au 30 avril, de deux douzaines de liaisons entre le Canada et des destinations comme Cancún, Montego Bay et Varadero.

Le retour s’organise

Les clients touchés seront entièrement remboursés, ont promis les compagnies. Les répercussions financières pour Air  Canada de l’interruption d’une quinzaine de liaisons ne sont « pas considérables, étant donné le volume de passagers réduit résultant de la COVID-19 et des restrictions de voyage », a déclaré le président et chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu.

« Grâce à la consultation, nous avons établi une approche qui nous permettra de réaliser une réduction méthodique du service pour ces destinations qui réduira au minimum les répercussions sur nos clients », a-t-il expliqué. Pour les voyageurs qui pourraient rester bloqués dans ces destinations étrangères où les services seront suspendus, la compagnie a dit compter exploiter un certain nombre de vols unidirectionnels à partir des villes touchées afin de les ramener au Canada.

Air Transat, de son côté, « exploitera plusieurs dizaines de vols au cours des deux prochaines semaines pour rapatrier ses clients au Canada ». Le voyagiste mettra « en place les mesures demandées par le gouvernement canadien », a indiqué dans un communiqué son président et chef de la direction, Jean-Marc Eustache, mais cela équivaudra à la contraindre « à suspendre tous nos vols temporairement, y compris vers l’Europe ».

La pandémie de COVID-19 avait déjà forcé la compagnie québécoise à mettre à pied 75 % de son personnel. Ce sera finalement plus, a-t-elle déploré, non sans rappeler « la situation désastreuse » dans laquelle se trouve l’industrie canadienne et « le déséquilibre important » qui la plombe, ses concurrents étrangers recevant depuis longtemps de leurs propres gouvernements l’aide qu’elle réclame d’Ottawa.

Les hôteliers en plein brouillard

Ottawa s’est défendu de laisser entendre, par sa nouvelle mesure, que les destinations soleil sont plus à risque de contagion. « Il s’agit seulement des destinations les plus populaires au Canada », a expliqué le ministre Omar Alghabra. « Mais nous demandons à tous les Canadiens de ne pas voyager à l’étranger, quelle que soit la destination. »

Censés désormais héberger les voyageurs canadiens de retour du Sud jusqu’à trois jours, le temps qu’ils reçoivent les résultats de leurs tests de dépistage à l’arrivée au Canada, les hôteliers s’avouaient, vendredi, encore en plein brouillard. « Nous n’avons pas encore eu plus d’informations que ce qui a été annoncé par le premier ministre Trudeau », a expliqué par courriel au Devoir le porte-parole de l’Association hôtellerie Québec, Nicolas Dufour.

Quand faut-il s’attendre à l’arrivée des premiers voyageurs ? Quels hôtels seront retenus ? Les frais de surveillance supplémentaire seront-ils remboursés ? Les hôteliers n’en savaient rien. « Nous sommes heureux de la mesure, mais assurément, nous aimerions plus de clarté. »

Avec Marie Vastel