Allégations à l’endroit du ministre Alghabra: Blanchet persiste et signe

Yves-François Blanchet estime que ses questions étaient légitimes.
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Yves-François Blanchet estime que ses questions étaient légitimes.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, ne regrette aucune de ses allégations à l’endroit du nouveau ministre des Transports, Omar Alghabra. Il estime que ses questions étaient légitimes, et ce, même s’il a lui-même déjà soutenu qu’il était injuste de demander publiquement à quelqu’un de se défendre de quelque chose qui ne s’est jamais produit.

« Les Québécois ont des inquiétudes en matière de laïcité et en matière de sécurité, et j’ai posé poliment, de façon irréprochable, une question légitime et le gouvernement, le premier ministre, a l’obligation d’y répondre », a déclaré le chef bloquiste en point de presse mardi. M. Blanchet a soutenu qu’on lui faisait « un procès d’intention » en laissant entendre que ses remarques à l’égard d’Omar Alghabra visaient à le faire passer pour un terroriste islamiste en puissance. M. Blanchet n’a pas répondu lorsqu’on lui a indiqué que son prédécesseur, Gilles Duceppe, avait exprimé un malaise quant à sa façon de procéder. « J’ai beaucoup trop d’affection et de respect pour Gilles pour faire autre chose que de lire les avis et recommandations qu’il peut formuler privément ou publiquement », a-t-il dit.

Dans la foulée du remaniement ministériel qui a fait accéder le député torontois Omar Alghabra à la table du cabinet, M. Blanchet avait écrit dans un communiqué de presse qu’il « refuse d’accuser qui que ce soit », tout en enchaînant néanmoins que « des questions se posent sur la proximité du nouveau ministre des Transports, Omar Alghabra, avec le mouvement islamique politique dont il a été un dirigeant pendant plusieurs années ».

Le Bloc québécois n’a jamais étayé ses allégations, renvoyant seulement les journalistes à deux chroniques de Québecor n’appuyant pas davantage ses dires et à un article du Globe and Mail concluant qu’il n’y avait rien à reprocher à M. Alghabra. « M. Alghabra a longtemps fait l’objet d’accusations qu’il est un extrémiste même si ses positions sur la question israélo-palestitienne sont très courantes, écrivait le Globe en 2016. Le directeur général du Centre consultatif des questions juives et israéliennes, Shimon Fogel, a publiquement minimisé les inquiétudes. » M. Blanchet n’a pas davantage été capable de fournir de preuves mardi.

M. Alghabra a dirigé en 2004-2005 la Fédération canado-arabe (FCA), une organisation laïque qui a d’ailleurs déjà été dirigée par un chrétien. Un média d’extrême droite a déclaré que M. Alghabra se serait dit favorable à l’instauration de tribunaux islamiques en Ontario, mais aucune citation de M. Alghabra allant en ce sens n’a pu être retrouvée. On prétend aussi que M. Alghabra, alors qu’il présidait la FCA, se serait prononcé contre l’inscription du Hamas sur la liste des entités terroristes. Aucune citation n’a pu être retrouvée en ce sens non plus. À cette époque, l’inscription du Hamas sur cette liste faisait l’objet de débats dans le monde. La France, notamment, s’y opposait. En 2016, M. Alghabra a déclaré à la Chambre des communes qu’il était pour l’inscription du Hamas sur ladite liste.

Yves-François Blanchet s’est fait demander mardi par les journalistes s’il n’était pas injuste de sa part de demander à un ministre de prouver que quelque chose qui ne s’est pas produit ne s’est effectivement pas produit. En juillet dernier, lorsque M. Blanchet a fait l’objet d’allégations d’inconduite sexuelle, il avait lancé aux journalistes qui le questionnaient qu’« on ne peut pas demander à une victime d’allégations d’expliquer un récit qui ne s’est jamais produit », qu’« on ne peut pas prouver la non-existence de quelque chose » et que les victimes comme lui « de diffamation » vivaient « l’enfer » : « C’est à glacer le sang, parce que ça n’a pas besoin d’être vrai. »

Pour toute défense, M. Blanchet a déclaré mardi que « comparer des allégations à caractère sexuel qui ont été retirées par leurs propres auteurs à une question à caractère politique formulée courtoisement à un ministre du gouvernement est un procédé fort incertain ».

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