Voyages non essentiels à l’étranger: pas de nouvelles mesures d’Ottawa

Malgré les critiques qui se multiplient, le gouvernement fédéral ne se dote pas de nouvelles règles pour interdire les voyages non essentiels à l’étranger ou pour surveiller plus étroitement les voyageurs de retour au pays. Du moins, pas pour l’instant. Le premier ministre Justin Trudeau se limite encore à demander aux Canadiens d’annuler volontairement leurs plans de voyage, de crainte de créer des problèmes d’approvisionnement au pays.

« Toutes les options sont sur la table et on va annoncer de nouvelles mesures très bientôt », a-t-il déclaré mardi en conférence de presse. « Évitez tout voyage non essentiel, que ce soit à l’étranger ou dans une autre province. Annulez vos projets de vacances dans le Sud. Il y aura d’autres occasions de voyager, à des moments plus opportuns et même plus agréables pour vous, quand la pandémie sera maîtrisée. »

Le cabinet fédéral s’est réuni lundi soir et d’aucuns croyaient qu’une décision à propos des voyages avait été prise. Ça ne semble pas être le cas. Selon nos informations, le cabinet n’a pas encore choisi une option précise.

M. Trudeau a expliqué qu’il doit s’assurer de ne pas créer de problèmes d’approvisionnement au pays en voulant interdire les voyages non essentiels. « Il faut s’assurer que les mesures qu’on va mettre en plus seront les bonnes parce qu’on dépend d’avions qui viennent de partout dans le monde pour notre nourriture, nos biens pharmaceutiques, les livraisons de biens essentiels. On ne veut pas interrompre les chaînes d’approvisionnement sur lesquelles les Canadiens dépendent. […] Dans beaucoup d’avions qui assurent des vols commerciaux avec des passagers dedans, il y a des biens qui sont transportés aussi. »

Du cargo en soute à bagages

Les compagnies aériennes remplissent effectivement l’espace de soute non utilisé par les bagages de voyageurs par du cargo. Il s’agit d’un segment très rentable de leur industrie. Selon un rapport daté de juin 2020 de l’Association internationale du transport aérien (IATA), le cargo représentait 12 % des revenus de l’industrie en 2019, mais ce taux a bondi à 26 % en 2020 à cause de la pandémie. Selon le site de journalisme spécialisé dans les chaînes d’approvisionnement TheLoadStar, la réduction du nombre de vols de passagers pendant la pandémie a réduit de moitié la capacité cargo des compagnies aériennes, ce qui a fait bondir les prix. Toujours selon TheLoadStar, les revenus découlant du cargo varient beaucoup d’une compagnie aérienne à l’autre. En 2018, ils étaient de 4 % pour Air Canada, mais de 2 % pour Delta, par exemple. Air Transat a indiqué au Devoir qu’un vol standard en Airbus A330 peut transporter entre cinq et 15 tonnes de marchandises, en particulier des produits périssables qui ont besoin d’être acheminés rapidement comme le poisson. Air Canada s’est limité à dire que tous ses vols réguliers transportent de la marchandise, en particulier ses vols internationaux.

M. Trudeau a réitéré mardi la position que plusieurs chuchotent en coulisse à Ottawa, à savoir que les voyages, bien que non recommandés, ne contribuent pas de manière importante à la propagation du coronavirus. « Il ne faut pas oublier aussi que c’est surtout la transmission communautaire qui continue de propager le virus, a dit M. Trudeau.  Il y a encore des gens qui se permettent des exceptions aux règles et malheureusement, cela fait augmenter le nombre de cas. »

À l’heure actuelle, il est permis à tout citoyen canadien de quitter le pays et d’y revenir à sa guise, quelle que soit la raison. Aux yeux de la loi, un voyage pour aller retrouver un proche très malade à l’étranger est tout aussi valable qu’un voyage d’agrément pour aller profiter du soleil des tropiques. Les Canadiens souhaitant rentrer au pays par avion doivent obtenir avant leur embarquement un résultat de test de dépistage de la COVID-19 négatif. Ils doivent se placer en quarantaine pendant 14 jours à leur arrivée, sans sortir de leur domicile.

Plusieurs voix demandaient qu’Ottawa interdise les voyages non essentiels à l’extérieur du pays, ce qui aurait nécessité de définir ce qui constitue un voyage essentiel. D’autres demandaient que les voyageurs de retour au pays soient placés en quarantaine surveillée, dans des hôtels et à leurs frais, comme cela se fait en Nouvelle-Zélande, par exemple. Le premier ministre François Legault demandait cette seconde option à défaut d’obtenir la première.

Mardi, le Bloc québécois a indiqué qu’il réclamait les deux : un interdit de voyage, mais aussi une quarantaine surveillée. Les personnes parties en voyage d’agrément devraient, selon le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, payer de leurs poches la quarantaine, tandis que ceux partis pour des raisons professionnelles devraient pouvoir refiler la facture à leur employeur. Ceux partis pour des raisons « humanitaires » ne devraient pas avoir à payer, selon M. Blanchet.

M. Trudeau a nié qu’il ne mettait pas en place ces mesures par crainte que ce soit compliqué. « Oui, il se peut que ce soit compliqué, mais la pandémie, c’est compliqué. Nous allons nous assurer que ce sera fait de la bonne façon. Ce ne sont pas les complexités pour gérer cette pandémie qui nous empêchent de faire les bonnes choses pour protéger les Canadiens. » Il s’est dit ouvert aux suggestions, en particulier celles faites par les premiers ministres provinciaux.