cache information close 

Un salaire à vie de 150 000 $ par an sera versé à Julie Payette

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau

Bien qu’elle eût officiellement quitté son emploi de son plein gré jeudi, l’ex-gouverneure générale du Canada Julie Payette pourra empocher un salaire d’au moins 150 000 $ par an, à vie, en tant qu’ancienne représentante de la Reine au Canada.

Cette compensation, qui doit également être indexée chaque année, est ainsi versée à tous les anciens gouverneurs généraux du pays. « C’est inscrit dans la Loi sur le gouverneure général », a confirmé le porte-parole du Bureau du Conseil privé du Canada, Pierre-Alain Bujold.

Le départ de Julie Payette, annoncé jeudi, survient en marge du dépôt d’un rapport sur les relations de travail au sein de son personnel, dont des sections devraient être rendues public la semaine prochaine. L’été dernier, CBC a rapporté les témoignages anonymes d’une douzaine d’employés de Rideau Hall selon lesquels le climat de travail était devenu invivable sous la gouverne de Julie Payette. La gouverneure générale aurait par exemple crié contre des employés et les aurait humiliés devant des collègues. Dans sa lettre de démission, Mme Payette semble réfuter une part du blâme qu’on lui adresse.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui a téléphoné à la Reine Élisabeth II vendredi matin pour lui apprendre que le juge en chef du Canada remplira les fonctions de gouverneur général de façon intérimaire, a défendu son choix d’avoir nommé l’astronaute en 2017. Pourtant, à ce moment, des employés du Centre des sciences de Montréal, qu’elle avait dirigé jusqu’en 2016, s’étaient déjà plaints d’un climat de travail toxique. En conférence de presse, vendredi, M. Trudeau a promis de « regarder » si le processus de nomination peut être amélioré, même s’il maintient que celui ayant posé son dévolu sur l’ex-astronaute était « rigoureux ».

L’opposition souhaite être consultée

L’opposition souhaite avoir son mot à dire lorsque viendra le temps de nommer le remplaçant de Julie Payette. « Compte tenu des problèmes rencontrés avec sa dernière nomination et du Parlement minoritaire, le premier ministre devrait consulter les partis d’opposition et rétablir le Comité des nominations vice-royales », a réagi le chef de l’opposition à la Chambre des communes, Erin O’Toole, dans une déclaration transmise au Devoir vendredi.

Si le leader de l’opposition souhaite ainsi être consulté, c’est que la personne occupant la fonction de gouverneur général « est le commandant en chef de nos Forces armées et joue un important rôle constitutionnel. » Cette vision est à l’opposée de celle du Bloc québécois, qui souhaite au contraire saisir l’occasion pour demander d’abolir ce poste hérité de la monarchie.

« Maintenant, le poste vacant de gouverneur général est une belle occasion de remettre en question l’utilité d’une fonction dépassée et qui n’a pas sa place en démocratie », selon le député Rhéal Fortin, porte-parole en matière de Justice et du Conseil privé.

Bien que le chef du NPD, Jagmeet Singh, se soit déjà dit sympathique à l’idée d’abolir la monarchie au Canada, il a indiqué que cela n’était pas sa priorité à l’heure de la pandémie de COVID-19, lors d’une rencontre virtuelle avec les médias vendredi. Il s’est toutefois insurgé contre le pouvoir exclusif du premier ministre de nommer des candidats à cette fonction.

« Au niveau fédéral, pour les nominations [de postes importants], le système est profondément problématique. Peu importe qui est au pouvoir peut choisir qui il veut. On aurait avantage à adopter un meilleur système », a évoqué M. Singh.

Justin Trudeau a donné un peu plus de détails, vendredi, sur sa version des évènements qui ont entraîné la démission de la gouverneure générale qu’il a nommée.

« J’ai eu la chance de m’asseoir en personne avec Mme Payette pour parler de la situation. Elle a exprimé qu’elle croyait que pour le bien de l’institution et du pays, elle devait remettre sa démission, et je l’ai acceptée. »

Une source bien au fait du dossier a plutôt indiqué au Devoir que Mme Payette n’a pas eu de véritable choix que de quitter son poste.

À voir en vidéo