L’arrêt de Keystone XL: Jason Kenney en voie de perdre son pari

Le 20 janvier, l’annonce officielle par TC Energy de suspendre les travaux de pipeline de Keystone XL à la suite du décret du président américain, Joe Biden, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel albertain.
Photo: Chris Machian et Omaha World-Herald Associated Press Le 20 janvier, l’annonce officielle par TC Energy de suspendre les travaux de pipeline de Keystone XL à la suite du décret du président américain, Joe Biden, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel albertain.

Avec la suspension officielle de Keystone XL, critiqué de toutes parts, Jason Kenney se retrouve dans une ornière politique et économique.

Le 20 janvier, l’annonce officielle par TC Energy de suspendre les travaux de pipeline de Keystone XL à la suite du décret du président américain, Joe Biden, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel albertain. La veille, en point presse, le premier ministre, Jason Kenney, en a fait appel au gouvernement fédéral et à Justin Trudeau, afin d’user de son influence auprès du gouvernement américain.

« Le gouvernement de l’Alberta demande au gouvernement fédéral et au premier ministre Trudeau d’entamer immédiatement des pourparlers avec le gouvernement Biden sur l’annulation de l’oléoduc Keystone XL dans le cadre d’un accord plus large sur l’approvisionnement énergétique et l’action climatique », déclare-t-il.

Jason Kenney continue d’y croire et blâme tantôt le gouvernement américain pour ne pas avoir pris la peine de s’asseoir avec l’un de ses grands alliés de toujours, arguant au passage la perte de centaines de milliers d’emplois, tantôt le gouvernement fédéral pour ne pas avoir fait preuve de fermeté, dès 2015.

Cependant, la décision du président américain, Joe Biden, ne surprend pas en Alberta. « Les politiciens aiment tenir leurs promesses, non, je ne suis pas surprise et un grand nombre d’Albertains ne le sont pas non plus », déclare sans détour Jacquie Fenske, cheffe de l’autre parti conservateur de la province, l’Alberta party.

Quand Donald Trump décida de ressusciter le projet Keystone XL, après sa suspension déjà en 2015 sous le mandat de Barack Obama avec comme vice-président, Joe Biden, « il l’a fait par ordre direct et non par le biais d’un processus environnemental », rappelle Mme Fenske.

 

Cette ancienne représentante municipale s’est dite inquiète de l’effet de cette situation sur des communautés déjà fragilisées économiquement, issues du secteur minier. Jason Kenney avait apporté beaucoup d’espoir par la promotion de ce projet. « Mon cœur est auprès des petites communautés dans l’est de l’Alberta qui essayent de s’en sortir et sont désespérées. Tout le monde l’est, quand quelqu’un parie 1,5 milliard de dollars », décrie-t-elle. 

Un risque prévisible mais ignoré

Un sentiment qu’elle n’est pas la seule à partager. « Les gens lui ont fait confiance et ont découvert qu’il jouait avec l’argent public », lance David Khan, l’ancien chef du Parti libéral en Alberta et avocat pour l’organisation à but non lucratif Ecojustice, en Alberta.

Lors de la conférence de presse, il a été demandé au premier ministre s’il avait des regrets concernant le 1,5 milliard investi l’an passé dans le projet Keystone. La réponse a été claire : « non », rétorquant que « si le projet est annulé, ça représentera un coût d’environ 30 milliards de dollars à l’économie albertaine d’ici 2030 ». Jason Kenney comptait plus que tout sur ce projet qui l’a fait élire.

Cependant, le calcul de risques engagé dans l’investissement de mars dernier n’avait pas convaincu les premiers acteurs concernés.

« Nous savons que le secteur privé n’avait pas l’intention de miser dessus, en particulier durant une année d’élection », raconte la cheffe de l’Alberta party.

David Khan y voit, « une incroyable erreur de jugement et la plus dangereuse décision dans l’histoire du gouvernement albertain depuis plusieurs dizaines d’années », décrit-il. Selon lui, le premier ministre a joué à la roulette, « à la roulette il y a une chance sur deux, mais ici c’était 95 % de chance de perdre », critique-t-il.

Dans ce genre d’investissements, une analyse de risque est toujours de mise. « Un investissement sans analyse de risques serait déclaré une pratique inacceptable dans le secteur privé. », met de l’avant le consultant en énergie, Marc Lacrampe.

Rachel Notley avait déjà fait savoir sur les médias sociaux qu’elle demandait à consulter un tel document. Mais d’après Jacquie Fenske, « il n’y a pas eu d’analyse de risque de cet investissement. Cela s’est fait en une nuit comme la suppression de la politique charbonnière [la réglementation environnementale de 1976]. Je pense que les Albertains méritent de la transparence », assure-t-elle.

Depuis le début de la semaine, Jason Kenney semble être dans le déni concernant la décision du président américain, souhaitant utiliser des recours juridiques « solides », puis mentionnant le 20 janvier dans sa dernière conférence des sanctions économiques par l’entremise du gouvernement fédéral.

Quelles sont les prochaines avenues pour l’Alberta ? Le vendredi 22 janvier, un premier entretien téléphonique aura lieu entre le premier ministre Justin Trudeau et le président américain Joe Biden.