De nouveaux passeports avec des données biométriques

Ottawa — Dès l'an prochain, le Canada prévoit émettre des passeports à la fine pointe de la technologie, qui comporteront des données biométriques.

Le passeport dit «électronique», parce qu'il comporte une puce électronique, sera d'abord distribué, à titre expérimental, aux diplomates canadiens au cours du premier semestre de 2005, a fait savoir Dan Kingsbury, porte-parole du Bureau des passeports. Si tout se passe bien, le nouveau passeport sera émis pour le reste de la population par la suite, a ajouté M. Kingsbury.

Il s'agit du plus récent projet fédéral visant à mieux contrôler la circulation des personnes aux frontières, à la suite des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

Le gouvernement va de l'avant avec son projet, malgré les objections soulevées par des spécialistes de la protection de la vie privée et de l'information, qui soutiennent qu'il porte atteinte à la vie privée et n'améliorera pas la sécurité nationale.

Avec l'inclusion d'une photo numérisée, le nouveau passeport fait appel à la technologie controversée de la biométrie, un processus de reconnaissance de caractéristiques personnelles comme les empreintes digitales, la reconnaissance du visage ou la lecture de l'iris, permettant de confirmer l'identité des voyageurs.

Le nouveau passeport inclura une puce électronique contenant la photographie du titulaire et les informations personnelles apparaissant sur le passeport existant, selon des notes internes dont la Presse canadienne a pris connaissance grâce à la Loi d'accès à l'information.

Les autorités responsables aux postes frontaliers pourraient prendre connaissance de ces données en passant le passeport devant un lecteur électronique. L'objectif de ce passeport nouvelle version est de réduire le risque d'altération des passeports et de fraude sur l'identité, a dit M. Kingsbury.

En mai 2003, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), basée à Montréal, avait décrété que le processus de reconnaissance faciale constituait la norme de sécurité biométrique minimale pour les passeports.

Initialement, certains craignaient que les États-Unis n'obligent les visiteurs canadiens à détenir des passeports conformes aux normes de l'OACI.

Bien que le Canada soit exempté des exigences américaines, le gouvernement fédéral a décidé d'agir sans attendre une décision des États-Unis d'accentuer leurs contrôles frontaliers, indiquent les notes sur le nouveau passeport canadien.

«On peut raisonnablement penser que d'autres pays, outre les États-Unis, exigeront bientôt que tous les documents de voyage se conforment aux normes de l'OACI», mentionnent ces notes. L'initiative est assortie d'un financement de 10,3 millions de dollars sur trois ans.

Mais le projet suscite des inquiétudes, parce que l'inscription de données personnelles sur des puces électroniques ouvre la voie à une circulation beaucoup plus large de ces données, prévient Andrew Clement, un professeur de l'université de Toronto. Il déplore que les conséquences du projet n'aient pas été analysées et discutées ouvertement.

Selon Valerie Steeves, professeure de droit à l'université Carleton, à Ottawa, plusieurs sont convaincus, à tort, que la technologie résoudra les problèmes de sécurité. La création, par les gouvernements, de toute une infrastructure de surveillance technologique a de réelles conséquences pour notre mode de vie démocratique, et personne n'a vérifié si cela nous a vraiment aidés à intercepter des terroristes, a-t-elle souligné.