Ottawa refuse d’être «complice» de la répression de Pékin envers les Ouïghours

La Chine s’est attiré l’ire de la communauté internationale en emprisonnant dans des camps des membres de la minorité ouïghoure.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse La Chine s’est attiré l’ire de la communauté internationale en emprisonnant dans des camps des membres de la minorité ouïghoure.

Emboîtant le pas aux États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni ont dévoilé mardi des mesures visant à empêcher les échanges de marchandises liées au travail forcé de la minorité musulmane ouïghoure en Chine. « Les Ouïghours sont victimes d’une politique d’internement massif par un État policier », explique, en entrevue avec Le Devoir, l’anthropologue Adrian Zenz qui par ses recherches a contribué à lever le voile sur l’existence des camps de Ouïghours dans la région du Xinjiang.

Par voie de communiqué, François-Philippe Champagne, nouveau ministre canadien de l’Industrie, qui était jusqu’à mardi matin en charge des Affaires étrangères a déclaré que « le Canada est profondément préoccupé par la détention arbitraire massive et les mauvais traitements infligés aux Ouïghours et aux autres minorités ethniques par les autorités chinoises. »

Le gouvernement canadien a ainsi annoncé de nouvelles mesures afin de « [s’]assurer de ne pas être complices des mauvais traitements infligés aux musulmans ouïghours du Xinjiang ».

En plus d’interdire l’importation des biens issus en tout ou en partie du travail forcé, Ottawa exercera désormais des contrôles à l’exportation, donnera des conseils aux entreprises canadiennes, en plus d’entamer une étude sur le travail forcé et sur les risques posés aux chaînes d’approvisionnement.

Les mesures annoncées par Ottawa ne prévoient toutefois pas de sanction financière pour les entreprises récalcitrantes, même si le Royaume-Uni a quant à lui choisi d’opter pour cette approche.

Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, a dénoncé une « barbarie que l’on espérait reléguée au passé qui est pratiquée aujourd’hui », évoquant « la détention arbitraire, la rééducation politique, le travail forcé, la torture et la stérilisation forcée » des Ouïghours « à l’échelle industrielle ».

Malgré les actions prises par le Canada et le Royaume-Uni, Adrian Zenz estime que « les gouvernements occidentaux agissent lentement et sont hésitants à poser des actions concrètes », citant l’exemple de l’Union européenne qui a récemment conclu un accord sur les investissements avec la Chine, en dépit de la politique de répression menée par Pékin à l’égard des Ouïghours.

Insuffisant

Pour Mehmet Tohti, directeur général de l’organisme Uyghur Rights Advocacy Project, l’annonce du gouvernement canadien constitue « un pas dans la bonne direction », même s’il estime que les mesures prises par Ottawa demeurent insuffisantes face à l’ampleur du problème.

La seule façon efficace d’agir est de partir du principe que le travail au Xinjiang est forcé et c’est ensuite aux entreprises de démontrer le contraire.

« Avec ces nouvelles mesures, le Canada vient interdire les importations de biens qui sont prouvées comme étant reliées à du travail forcé — ce qui est difficile à démontrer considérant l’opacité qui règne en Chine. Aux États-Unis, le fardeau de la preuve est inversé. Washington barre d’entrée de jeu la porte aux importations du Xinjiang, à moins que les entreprises ne soient capables de prouver qu’elles ne sont pas reliées à du travail forcé » explique M. Tohti, qui croit que le Canada devrait appliquer la même logique.

Un avis que partage Adrian Zenz. « Le Uyghur Forced Labor Prevention Act, qui est en lecture au Congrès américain, se base sur d’importantes recherches qui ont mis en évidence le travail forcé des Ouïghours au Xinjiang », souligne le chercheur.

« La seule façon efficace d’agir — et c’est l’option qui a été choisie [dans le projet de loi américain] — est de partir du principe que le travail au Xinjiang est forcé et c’est ensuite aux entreprises de démontrer le contraire », ajoute-t-il.

Cet automne, le gouvernement américain a déjà adopté une série de décrets afin de bloquer l’importation de biens en provenance du Xinjiang, notamment des produits tels que du coton, du textile, des produits capillaires et des pièces informatiques.

En mars, deux rapports — l’un publié par la Commission exécutive du Congrès américain sur la Chine, l’autre par l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) — révélaient que des multinationales comme Nike, Apple ou Kraft Heinz Company — bénéficieraient directement ou indirectement du travail forcé des Ouïghours.

Démenti de Pékin

Selon des experts, la région du Xinjiang où vivent les Ouïghours est la cible d’une politique répressive par le régime chinois. Ce sont près d’un million d’entre eux qui auraient été placés en détention ces dernières années dans des camps de rééducation politique.

Pékin nie les accusations et affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle destinés à éloigner les Ouïghours de la tentation de l’islamisme, du terrorisme et du séparatisme.

Les mesures prises par Londres et Ottawa pourraient envenimer des relations déjà tendues avec l’empire du Milieu. Entre le gouvernement canadien et la Chine, la situation est déjà houleuse en raison de l’affaire Huawei et de la détention des deux Michael — tandis que du côté du Royaume-Uni, la situation est aussi sous tension, à la suite des critiques formulées à l’égard de la répression chinoise contre les mouvements prodémocratie à Hong Kong.

Avec l’Agence France-Presse

 

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3 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 13 janvier 2021 10 h 09

    En voilà une bonne raison pour les extrémistes religieux de manifester leur colère et brûler des drapeaux..
    Pourtant depuis des années, silence radio sur le génocide Ouighour dans la communauté musulman dans le monde.

    Bientôt, y en a qui vont regretter les méchants américains avec leur maudit accord de paix, leur maudite négociation économique pis leur maudite liberté d'expression ...

  • Richard Piper - Abonné 13 janvier 2021 11 h 21

    Who is Zenz?

    Adrian Zenz, votre source, se dit croyant dans "La Rapture" à la Fin du Temps. Il se dit guidé par Dieu dans ses attaques contre la Chine. Avez-vous pas pensé de consulter l'ambasse chinois ?

  • Lola Thiffault - Abonnée 13 janvier 2021 15 h 56

    Complice.

    Depuis quant dites-moi Ottawa refuse-t-il d'être complice de Pékin ?