Ford rejette la méthode Legault

Tout en taillant en pièces l’idée d’un couvre-feu, une solution jugée trop stricte, le gouvernement de l’Ontario exhorte ses citoyens à rester à la maison en tout temps à partir de jeudi, sauf pour les déplacements essentiels, mais n’interdit ni les rassemblements extérieurs de moins de cinq personnes, ni les promenades, ni la vente de quelconques biens durant le jour.

Malgré une situation dans les urgences qui a « complètement dérapé », une chose était sûre pour le premier ministre ontarien : pas question d’imiter le Québec. En sommant les Ontariens de rester chez eux, jamais sa province n’était allée aussi loin en matière « d’État policier », a-t-il expliqué, avant de se lancer dans une longue tirade contre l’idée d’un couvre-feu.

« Après 20 h, vous voyez ce qui se passe au Québec, les routes sont vides. Je n’ai jamais été en faveur d’un couvre-feu [parce que] c’est un sévère, sévère confinement. […] Aussitôt que vous dites aux gens de l’Ontario que vous n’avez plus confiance en eux et que la police peut les chasser lorsqu’ils conduisent, voilà, la partie est terminée. […] La dernière chose à laquelle je crois, c’est à un couvre-feu qui va vous pincer dans votre entrée, à 20 h, avec la police qui vous court après dans la rue. Je ne crois pas à ça », a dit Doug Ford.

Amendes

Les contrevenants qui seraient tentés de se déplacer à leur guise pour des raisons non essentielles pourraient théoriquement être mis à l’amende dès jeudi, à minuit et une minute, selon le communiqué du gouvernement ontarien. Or, à entendre M. Ford, les citoyens raisonnables n’ont pas à craindre trop de répression de la part des policiers et des agents municipaux désormais munis de pouvoirs supplémentaires, notamment celui de disperser les rassemblements de plus de cinq personnes.

« Si vous avez besoin de vous étirer les jambes, de marcher dans votre quartier, allez-y. Tout ce qu’on demande, c’est votre coopération : s’il vous plaît, restez à la maison », a précisé M. Ford.

Il reste toujours à savoir si des personnes risquent une amende si elles se rendent dans des commerces non essentiels, comme des quincailleries. Ces établissements peuvent pourtant rester ouverts, mais selon des heures réduites, soit entre 7 h et 20 h. Des détails supplémentaires sont attendus mercredi.

Clarté

Pour le moment, les consignes du gouvernement ontarien sont beaucoup moins claires que celles du couvre-feu québécois pour le public, aux dépens de leur efficacité, selon deux politologues ontariennes consultées par Le Devoir.

« C’est assez peu clair pour les citoyens, ce que l’annonce d’aujourd’hui veut dire. On répète de rester à la maison, de ne faire que des sorties essentielles. Il pourrait y avoir des amendes, mais c’est laissé à la discrétion des forces de l’ordre. Si j’ai bien compris, ce sera au cas par cas. Un policier peut nous demander ce qu’on fait là et juger si c’est essentiel ou pas. Ça donne une énorme marge de manœuvre aux policiers, et ça risque de créer des dérives », analyse Stéphanie Chouinard, professeure au Collège militaire royal du Canada de Kingston, en Ontario, jointe par Le Devoir.

« L’annonce est inachevée, je crois. M. Ford se fie à la bonne volonté des gens pour les persuader qu’il faut changer leurs comportements. On a l’impression qu’il n’y aura pas de sanctions, que les mesures sévères manquent. Les personnes récalcitrantes ne changeront certainement pas d’idée avec ce qui a été annoncé aujourd’hui », ajoute Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Les deux expertes soulignent que le plan de l’Ontario est entaché de contradictions, notamment en n’accordant pas de jours de congé de maladie payés aux travailleurs de la province la plus populeuse du pays. De tels congés sont demandés tant par la Santé publique ontarienne que par l’opposition officielle néodémocrate.

Le gouvernement de l’Ontario estime qu’environ 30 % de sa population est toujours réfractaire aux différentes mesures de santé publique mises en place pour combattre le coronavirus. Cela représente quatre millions et demi d’Ontariens, selon ce calcul, qui seraient responsables de la hausse vertigineuse des infections. Mardi, l’Ontario signalait 2903 nouveaux cas de COVID-19.

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