Un pari risqué pour l’Ontario

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé mardi l’état d’urgence et un confinement de 28 jours dans la province.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé mardi l’état d’urgence et un confinement de 28 jours dans la province.

Les experts en santé publique ont un avis partagé sur les mesures de confinement annoncées par l’Ontario mardi. Si certains y voient un pas en avant pour freiner la propagation de la COVID-19 et éviter un débordement dans les hôpitaux, d’autres trouvent que le gouvernement Ford ne va pas assez loin pour renverser la tendance.

« On revient globalement aux restrictions du printemps dernier, qui avaient plutôt bien fonctionné. C’est sûr que ça aurait dû être mis en place plus tôt. Mais je suis rassuré qu’on fasse quelque chose », laisse tomber le Dr Hugues Loemba, clinicien et chercheur en virologie.

Dès jeudi, de nouvelles mesures entreront en vigueur en Ontario. Pendant 28 jours, les Ontariens devront rester chez eux. Il sera tout de même permis de se rendre au travail pour ceux qui exercent un service essentiel, d’aller à la pharmacie ou à l’épicerie, d’accéder aux services de santé ou encore de faire de l’entraînement extérieur.

Les rassemblements extérieurs de moins de cinq personnes seront par contre toujours permis afin de s’adonner à des activités hivernales. La vente de biens non essentiels sera aussi autorisée, mais les commerces devront réduire leurs heures d’ouverture. Enfin, les écoles seront fermées jusqu’au 25 janvier dans la province et jusqu’au 10 février pour les régions du sud plus touchées par la pandémie.

« C’est logique d’appliquer des restrictions sur toute la journée, qu’on demande d’éviter les déplacements non essentiels et de porter le masque même dehors si on ne peut garder ses distances. C’est mieux qu’un couvre-feu strict à 20 h. Le virus, il ne se promène pas juste entre 20 h et 5 h du matin ! » estime le Dr Loemba, en référence au couvre-feu en place depuis samedi au Québec.

Celui qui est aussi professeur de médecine à l’Université d’Ottawa accueille ainsi favorablement les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement Ford mardi.

Il espère maintenant que les Ontariens s’y plieront sans rechigner. Car si des amendes sont prévues pour les contrevenants, un flou entoure leur application et on comprend que le gouvernement compte surtout sur la bonne foi de ses concitoyens.

Un pari plutôt risqué à ce niveau de contaminations, croit pour sa part Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Surtout lorsqu’on sait qu’environ 30 % de la population ne respecte pas les mesures déjà en place, selon les chiffres du gouvernement ontarien. « Plus on est coercitif, plus on a des chances de faire baisser le nombre de cas. Quand on joue sur la base du volontarisme, on ouvre la porte à l’interprétation et au non-respect des mesures », fait valoir la professeure, qui estime que le gouvernement Ford ne va pas assez loin.

La professeure s’inquiète surtout de la présence du nouveau variant de la COVID-19, découvert le mois dernier au Royaume-Uni, qui a déjà été détecté chez plusieurs Ontariens. Reconnu pour être plus contagieux, il pourrait contribuer à faire augmenter encore plus vite le nombre de contaminations et surcharger le système de santé déjà sur le point de craquer. « Je n’aime pas l’idée de fermer des écoles, mais dans ce contexte, avec ce variant qui rend les enfants aussi contagieux que les adultes, c’est au moins une bonne chose de fermer les écoles du sud de la province jusqu’au 10 février », reconnaît-elle.

L’Ontario rapportait mardi 2903 nouveaux cas de COVID-19, dont 8 du nouveau variant détecté au Royaume-Uni. La province a également déclaré 41 décès liés au virus.

Selon des projections présentées mardi matin par des experts peu avant l’annonce du gouvernement, le nombre de cas quotidiens de COVID-19 pourrait atteindre entre 20 000 et 40 000 d’ici la fin de février si aucune restriction supplémentaire n’était prise. Des chiffres qui pourraient même doubler à cause de la présence du nouveau variant du virus.

À voir en vidéo