Ottawa cherche à colmater la faille de la PCMRE

En coulisses, une source libérale estime qu’il risque d’y avoir peu de travailleurs revenant du Sud qui seront admissibles à la PCMRE.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En coulisses, une source libérale estime qu’il risque d’y avoir peu de travailleurs revenant du Sud qui seront admissibles à la PCMRE.

Le retour des Fêtes pour le gouvernement Trudeau n’est pas de tout repos. L’équipe libérale travaille sur de nombreux scénarios pour rapidement rendre inadmissibles à son congé de maladie payé les voyageurs devant se placer en quarantaine à leur retour. Mais déjà, les 1000 $ d’Ottawa ne sont pas offerts à tous et ne représentent pas nécessairement une bonne affaire pour les travailleurs.

Le gouvernement libéral est aux abois depuis samedi, quand des médias québécois ont révélé que rien dans la loi n’empêche les Canadiens de retour de voyage de réclamer la nouvelle Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE). La PCMRE consiste en un paiement de 500 $ par semaine, pendant deux semaines, pour soutenir les travailleurs devant s’isoler.

En coulisses, une source libérale indique au Devoir que plusieurs équipes sont à pied d’œuvre pour trouver rapidement une solution, en premier lieu le ministère de l’Emploi responsable de la prestation, la ministre Carla Qualtrough, le bureau du premier ministre ainsi que Pablo Rodriguez. Ce dernier est impliqué à titre de lieutenant québécois puisque c’est au Québec que cette histoire a fait le plus couler d’encre.

« Ça n’a aucun sens, confie cette source. Ça joue sur toutes nos faiblesses. Par rapport à ceux qui rient de nous parce qu’on donne de l’argent, la gestion de la frontière… Ça ne pouvait pas arriver ! »

Plusieurs solutions sont envisagées, notamment celle d’inscrire dans les critères d’admissibilité qu’un voyage récent disqualifie le demandeur. Une autre source confirme que, pour débusquer les demandes mensongères, le ministère de l’Emploi pourrait envisager de croiser ses données avec celles de l’Agence des services frontaliers. Mais rien n’est assuré. « Ce n’est pas si facile. Le ministère de l’Emploi utilise le numéro d’assurance sociale (NAS) des gens. L’Agence des services frontaliers utilise le numéro de passeport. » Les deux ne sont pas liés : on ne fournit pas son NAS lors d’une demande de passeport.

Pas si simple

La PCMRE a été instaurée cet automne pour les personnes malades de la COVID-19, celles qui doivent s’occuper d’un proche atteint ou encore celles qui doivent se placer en quarantaine préventive et pour lesquelles le télétravail n’est pas une option. Elle est destinée aux travailleurs (donc pas aux retraités qui reviendraient de Floride) qui n’ont pas de congé de maladie payé par leur employeur. Ottawa dit qu’il sera capable, avec la déclaration de revenus des contribuables, de détecter les personnes qui auraient réclamé la prestation tout en obtenant un congé payé de leur employeur.

Les normes du travail au Québec garantissent seulement deux jours de congé maladie payés. Mais une étude effectuée par le Conference Board du Canada datant de 2011 a conclu que les travailleurs du secteur public jouissent en moyenne de 11,6 jours de congé maladie par année et ceux du secteur privé, de 8,2. Un nombre important de travailleurs sont donc déjà couverts et n’ont pas besoin de la prestation fédérale.

Il est vrai que rien n’oblige un travailleur à d’abord épuiser ses congés payés avant de réclamer la PCMRE. Toutefois, il faut garder à l’esprit que la prestation n’est que de 500 $ par semaine, et qu’elle est imposable comme un revenu ordinaire. C’est donc dire que tout travailleur gagnant plus de 26 000 $ par année serait financièrement désavantagé en optant pour la PCMRE plutôt que pour ses congés.

En coulisses, une source libérale estime que, pour toutes ces raisons, il risque d’y avoir peu de travailleurs revenant du Sud qui seront admissibles à la PCMRE. « Mais on ne peut pas plaider ça. On se fera répondre que, même s’il n’y a qu’un cas, ce sera un cas de trop. »

La PCMRE a été disponible à partir du 27 septembre. Il y a eu au départ une moyenne de 68 000 demandeurs par semaine, puis les chiffres ont diminué pour osciller entre 35 000 et 40 000 bénéficiaires par semaine. Il n’y en a eu que 25 000 dans la première semaine de décembre. Au total, 298 000 personnes s’en étaient prévalues en date du 2 janvier pour un débours totalisant 254 millions de dollars. À titre de comparaison, 8,9 millions de personnes ont réclamé de la PCU pour un coût total de presque 82 milliards de dollars (323 fois plus cher).

Des avions pleins, mais sécuritaires

Depuis le 1er juillet, les compagnies aériennes canadiennes ne condamnent plus un siège sur deux dans leurs appareils pour espacer les passagers, comme cela se fait encore aux États-Unis, par exemple. Faut-il craindre une hausse des risques ? Pas du tout, assure le cabinet du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. « Les systèmes de ventilation utilisés dans les avions modernes ont un nombre très élevé d’échanges d’air, qui sont semblables à ceux des chambres d’isolement des hôpitaux et utilisent des filtres HEPA très efficaces pour capturer les particules virales », indique-t-on. Air Canada précise que l’air des cabines est renouvelé toutes les deux ou trois minutes et que les filtres HEPA bloquent 99,9 % de tous les types de particules. Le port du masque est en outre obligatoire pendant le vol. Néanmoins, Air Canada offre la possibilité à ses clients de changer de vol, sans frais supplémentaires, si le leur est en voie d’être rempli au maximum. Selon Ottawa, 1,8 % des cas de contamination au coronavirus sont attribuables à des voyageurs et 1 % à des personnes ayant été en contact avec un voyageur. Hélène Buzzetti

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