La liste quasi définitive des politiciens canadiens blâmés pour avoir voyagé

Cinq députés albertains du Parti conservateur uni de Jason Kenney ont dû démissionner ou ont perdu leurs responsabilités parlementaires pour avoir eux aussi voyagé à l’extérieur du Canada. Il s’agit des députés Jeremy Nixon, Jason Stephan, Tanya Fir, Pat Rehn et Tany Yao.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Cinq députés albertains du Parti conservateur uni de Jason Kenney ont dû démissionner ou ont perdu leurs responsabilités parlementaires pour avoir eux aussi voyagé à l’extérieur du Canada. Il s’agit des députés Jeremy Nixon, Jason Stephan, Tanya Fir, Pat Rehn et Tany Yao.

Tous ont en commun de siéger au Parlement, soit au fédéral, soit au provincial, et d’être actuellement sous les feux des projecteurs pour avoir voyagé à l’extérieur du pays, alors que les autorités publiques martèlent que l’on doit éviter les déplacements non essentiels. Les raisons de leur voyage varient, tout comme le moment de leur absence et, plus généralement, la légitimité de leur départ du pays en pleine deuxième vague de la pandémie mondiale de COVID-19.

Le Devoir a fait appel à deux spécialistes de l’éthique pour distinguer quels voyages représentent une entorse au principe selon lequel les élus doivent donner l’exemple à la population, et, au contraire, quelles sorties du pays sont justifiables.

Selon Daniel Weinstock, philosophe et directeur de l’Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé de l’Université McGill, on doit d’abord observer la raison du voyage, puis se demander si les règles étaient clairement établies, tant par les autorités que par leur parti.

« On peut avoir un avis un peu plus sévère à l’endroit des gens qui sont partis tout en sachant qu’il fallait éviter les déplacements [et] qui voulaient simplement se changer les idées au bord de la plage », tranche le spécialiste de l’éthique, qui passerait l’éponge sur les voyages ayant pour but la réunification avec un conjoint (comme le député québécois Youri Chassin) ou la visite à un proche mourant (comme la députée fédérale Niki Ashton). Selon lui, les chefs de ces députés doivent aussi assumer une part de responsabilité s’ils n’ont pas édicté des règles claires sur les voyages hors du Canada. Finalement, il estime entre la fin de septembre et le début d’octobre le moment après lequel il n’était plus sage de voyager, compte tenu de l’imminence d’une seconde vague de COVID-19.

Exemplarité

Plus sévère, l’auteur et éthicien René Villemure s’en remet à la consigne, qui déconseille tout voyage. « Il n’y a personne [dans cette liste] qui est un délinquant solide. Compte tenu du fait qu’un élu doit être exemplaire, sauf lors de cas exceptionnels, j’aurais de la difficulté à dire qu’un seul de ces voyages était essentiel, et que ces cas [médiatisés] ne représentent pas des manques d’éthique. »

Il admet que certaines situations, comme la mort d’un proche, peuvent représenter des drames personnels et des situations très tristes. Mais puisque, dans une pandémie, « chaque petite délinquance met la population à risque », il croit que les plus hauts standards de l’éthique doivent s’appliquer aux élus. « Quand on est élu, ça suppose qu’on s’oublie un petit peu pour le bien public », conclut l’éthicien. Il place toutefois le moment à partir duquel un voyage ne devient plus acceptable à la fin du mois de novembre, estimation du moment où les gouvernements ont commencé à rappeler les consignes sur les voyages.

Au fédéral

Sameer Zuberi, député libéral de Pierrefonds—Dollard (Québec)

Voyage : du 18 au 31 décembre, au Delaware (États-Unis)

Raison du voyage : visite du grand-père de sa conjointe dont l’état de santé s’était détérioré

Conséquences : perte de ses responsabilités au sein de deux comités parlementaires

Kamal Khera, députée libérale de Brampton-Ouest (Ontario)

Voyage : du 23 au 31 décembre, à Seattle (États-Unis)

Raison du voyage : assister au service commémoratif pour son père et son oncle, décédés plus tôt dans l’année

Conséquences : perte de ses fonctions de secrétaire parlementaire de la ministre du Développement international

Alexandra Mendès, députée libérale de Brossard—Saint-Lambert (Québec)

Voyage : en juillet, au Portugal

Raison du voyage : régler des détails administratifs en lien avec la mort de la mère de son conjoint

Autorisation : Mme Mendès dit avoir avisé le whip libéral et le président de la Chambre des communes

Lyne Bessette, députée libérale de Brome—Missisquoi (Québec)

Voyage : en août, au Mexique

Raison du voyage : s’occuper des biens d’un parent hospitalisé

Patricia Lattanzio, députée libérale de Saint-Léonard—Saint-Michel (Québec)

Voyage : en septembre, en Irlande

Raison du voyage : aider sa fille à déménager

Ron Liepert, député conservateur de Calgary Signal Hill (Alberta)

Voyage : à deux reprises depuis mars, en Californie (États-Unis)

Raison du voyage : s’occuper d’une « réparation urgente » dans une propriété qu’il possède

David Sweet, député conservateur de Flamborough—Glanbrook (Alberta)

Voyage : date inconnue, États-Unis

Raison du voyage : une « question de propriété »

Conséquences : démission à présidence du comité parlementaire de l’éthique

Niki Ashton, députée néodémocrate de Churchill—Keewatinook Aski (Manitoba)

Voyage : fin décembre, en Grèce

Raison du voyage : visite à sa grand-mère malade

Conséquences : perte de son rôle de porte-parole pour les questions de transport et de langues officielles


À l'Assemblée nationale

Pierre Arcand, député libéral de Mont-Royal–Outremont

Voyage : durant les Fêtes, à la Barbade

Raison du voyage : tourisme

Conséquences : démis de ses fonctions au sein du cabinet fantôme du PLQ

Youri Chassin, député de la CAQ de Saint-Jérôme

Voyage : durant les Fêtes, au Pérou

Raison du voyage : visite à son mari, qu’il n’avait pas vu depuis un an

Autorisation : M. Chassin dit avoir obtenu l’approbation du whip et du bureau du premier ministre


Dans les législatures provinciales du reste du pays

Rod Phillips, (ex-)ministre des Finances de l’Ontario

Voyage : du 13 au 31 décembre, Saint-Barthélemy (Antilles françaises)

Raison du voyage : tourisme

Conséquences : a perdu son poste de ministre du gouvernement Ford

Joe Hargrave, ministre des Transports de la Saskatchewan

Voyage : depuis le 22 décembre, en Californie (États-Unis)

Raison du voyage : vente d’une propriété

Conséquences : a perdu son poste de ministre du gouvernement Moe

Tracy Allard, ministre des Affaires municipales de l’Alberta

Voyage : en décembre, à Hawaï (États-Unis)

Raison du voyage : congé du temps des Fêtes en famille

Conséquences : perte de son poste de ministre du gouvernement Kenney

En plus, 5 députés albertains du Parti conservateur uni de Jason Kenney ont dû démissionner ou ont perdu leurs responsabilités parlementaires pour avoir eux aussi voyagé à l’extérieur du Canada. Il s’agit des députés Jeremy Nixon, Jason Stephan, Tanya Fir, Pat Rehn et Tany Yao. Le chef de cabinet du premier ministre de l’Alberta, Jamie Huckabay, a également dû présenter sa démission, lundi, après avoir été sous le feu des critiques pour un voyage en Grande-Bretagne.

Avec Hélène Lequitte et La Presse canadienne

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