Voyage à l’étranger, des représentants du gouvernement albertain obligés de démissionner

Le premier ministre interdit dorénavant tout voyage non essentiel à l’étranger aux membres de son gouvernement.
Photo: La Presse canadienne/HO-Aaron Penson Le premier ministre interdit dorénavant tout voyage non essentiel à l’étranger aux membres de son gouvernement.

Le premier ministre albertain, Jason Kenney, a accepté lundi les démissions de Tracy Allard, ministre des Affaires municipales, de son chef de cabinet, Jamie Huckabay, et de cinq de ses députés après que tous ceux-ci eurent voyagé à l’étranger durant le temps des fêtes. Un écart de conduite qui ne passe pas auprès des Albertains.

« C’est la réaction des Albertains qui a forcé la main de M. Kenney », explique sans détour Annie McKitrick, ancienne députée sous le gouvernement de l’ex-première ministre Rachel Notley et ancienne secrétaire parlementaire.

Dès le 1er jour de l’année, l’Alberta connaissait un rebondissement sur sa scène politique. La ministre des Affaires municipales, Tracy Allard, présentait en conférence de presse ses excuses auprès des Albertains. La ministre était revenue mercredi dernier à la demande expresse du premier ministre de son congé des Fêtes, passé en famille à Hawaï.

Son voyage fait figure de désaveu aux yeux des Albertains. « Elle avait des fonctions particulières, son ministère était responsable de la gestion des situations d’urgence durant la pandémie », mentionne Annie McKitrick.

Cependant, elle n’est pas la seule à avoir pris le large en dépit des règles de confinement. Jamie Huckabay, chef de cabinet du premier ministre, revenait, lui, d’un voyage en Angleterre, avec un passage obligé par les États-Unis.

« J’assume l’entière responsabilité de ne pas avoir communiqué de directive claire aux membres de mon gouvernement », avait déclaré vendredi dernierJason Kenney, pensant ainsi atténuer la réaction de l’opinion publique concernant l’écart de conduite des représentants de son gouvernement, tandis que, depuis des semaines, les Albertains sont exhortés à rester chez eux.

Les Albertains furieux

C’était sans compter, en fin de semaine, la grogne montante des Albertains sur les médias sociaux et la pression de l’opposition politique, tant du NPD que de la droite elle-même, souligne Frédéric Boily, spécialiste de la politique canadienne et québécoise, et professeur titulaire au Campus Saint-Jean. « C’est rare de voir les conservateurs les plus à droite s’entendre avec l’opposition néodémocrate pour dénoncer l’hypocrisie de certains membres du gouvernement », explique-t-il.


Certains mots-clés sur Twitter suggéraient carrément la démission du premier ministre de la province. Depuis des mois, la cote de Jason Kenney a pris un coup dans l’aile. Le leader du Parti conservateur uni avait reporté semaine après semaine la mise en place de mesures sanitaires strictes, afin d’amortir le choc sur l’économie. 

Aujourd’hui, les 1142 décès répertoriés depuis le début de la pandémie ne font que renforcer l’idée d’un manque de considération de la part du gouvernement en place pour les habitants de la province. Au point où, ce lundi, la ministre  et le chef de cabinet n’ont pas eu d’autre choix que de présenter leur démission au premier ministre.

D’autres élus ayant voyagé à l’étranger ont vu des responsabilités leur être retirées. Ainsi, Jeremy Nixon ne sera plus secrétaire parlementaire de la société civile tandis que Jason Stephan ne siégera plus au sein du comité du Conseil du Trésor. De plus, les députés Tanya Fir, Pat Rehn et Tany Yao ont perdu leurs responsabilités au sein de comités législatifs.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

Selon le professeur Frédéric Boily, vendredi dernier, « Jason Kenney n’a pas réagi assez rapidement », n’annonçant pas directement le renvoi de ses représentants partis à l’étranger.

Cet épisode pourrait bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase et annoncer une crise politique plus importante en Alberta. « Ce n’est pas une crise seulement passagère, cela pourrait se transformer en une perception comme quoi c’est un parti qui se comporte comme si le gouvernement lui appartenait, et serait au-dessus des règles », anticipe Frédéric Boily.

Annie McKitrick, ancienne députée néodémocrate, abonde dans ce sens : « tout le monde est resté, tout le monde a obéi, mais ces députés et la ministre [Tracy Allard] du gouvernement de M. Kenney sont partis en vacances », déplore-t-elle.

Est-ce que ces démissions en rafale seront susceptibles de calmer la grogne et les esprits ?

Bien que la province n’ait pas souhaité faire de communiqué à ce sujet, sur la page Facebook du premier ministre Kenney, on pouvait lire ce 4 janvier que « les Albertains sont en droit de s’attendre à ce que les personnes occupant des postes de confiance publique soient tenues à une conduite exemplaire pendant la pandémie COVID-19 ».

Le premier ministre interdit dorénavant tout voyage non essentiel à l’étranger aux membres de son gouvernement. Le ministre albertain des Transports, Ric McIver, remplacera Tracy Allard pour le moment.

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