Une élection fédérale au printemps? Les partis s’y préparent.

Les libéraux de Justin Trudeau, en avance dans les plus récents sondages, ont déjà commencé à recruter de nouveaux candidats.
Lars Hagberg Agence France-Presse Les libéraux de Justin Trudeau, en avance dans les plus récents sondages, ont déjà commencé à recruter de nouveaux candidats.

Bien que les prochaines élections fédérales puissent théoriquement se tenir aussi tard qu’à l’automne 2023, les libéraux de Justin Trudeau et les partis d’opposition à Ottawa se préparent à l’éventualité d’un scrutin qui pourrait survenir dans les prochains mois, contexte de gouvernement minoritaire oblige.

« Si vous croyez dans l’espoir et le travail acharné, j’aimerais que vous réfléchissiez à vous présenter en tant que libéral lors de la prochaine élection », a lancé Justin Trudeau, en guise de main tendue, dans une vidéo diffusée peu avant Noël en marge d’une nouvelle campagne de financement politique.

On peut y voir le premier ministre, portant une cravate au nœud légèrement relâché et sans veston, inviter ses partisans à profiter des Fêtes pour réfléchir à la possibilité de se lancer en politique au sein de son équipe. Sur le site Web du parti, il est aussi possible de suggérer des noms de « leaders communautaires engagés » qui pourraient souhaiter siéger au Parlement sous la bannière libérale.

Candidats recrutés

L’effort de recrutement de candidats était en route depuis déjà un bon moment au sein des troupes libérales. À l’automne, des candidats pressentis ont reçu pareille invitation, sous forme d’une lettre qui leur était adressée. C’est le cas de Florence Gagnon, femme d’affaires figurant parmi les 20 candidats libéraux déjà investis pour la prochaine élection. L’annonce a été faite le 22 décembre.

« On se prépare dans l’éventualité d’une élection. On est prêts à tout moment », confirme au Devoir celle qui se présentera dans Longueuil—Saint-Hubert, une circonscription actuellement détenue par le Bloc québécois, mais jugée « prenable » par les libéraux étant donné le résultat serré lors du dernier rendez-vous électoral.

Dans une entrevue de fin d’année à la télévision publique de CBC, à peine quelques jours plus tôt, Justin Trudeau a laissé échapper un lapsus, évoquant « l’élection de l’an prochain », avant de corriger son erreur, rapidement, par « la potentielle élection de l’an prochain ». Même si le premier ministre a précisé lors de la même interview, diffusée le 20 décembre, ne pas désirer une élection aussi rapidement puisque cela n’est pas la priorité des Canadiens, selon lui, il admet que la situation minoritaire de son gouvernement pourrait le forcer à rendre visite à la gouverneure générale, Julie Payette, pour déclencher une campagne électorale.

La lecture des sondages des derniers mois fait d’ailleurs dire au blogueur spécialisé dans les projections électorales Philippe J. Fournier que Justin Trudeau peut espérer remporter plus de sièges, voire former un gouvernement majoritaire, quoique de justesse, à condition qu’un scrutin hâtif vienne confirmer les intentions de vote mesurées. « Si j’étais un stratège libéral, je me dirais que ça ne peut que descendre [les intentions de vote pour ce parti]. Donc, pourquoi ne pas lancer une élection ce printemps ? », explique M. Fournier.

D’autant que, selon son analyse, les différentes enquêtes d’opinion montrent que les électeurs de différentes allégeances politiques sont généralement satisfaits de la gestion de la pandémie par le gouvernement actuel. En plus, l’arrivée du nouveau chef conservateur, Erin O’Toole, ne s’est pas traduite par une hausse des intentions de vote pour son parti. Tant d’aspects dont pourraient profiter les libéraux lors d’une élection hâtive.

Investitures

Il se trouve que l’opposition, elle aussi, se prépare sérieusement à mener une lutte électorale aussi tôt que ce printemps. À l’exception du Parti vert, tous les partis fédéraux ont commencé à choisir des candidats pour la prochaine élection.

« On sait que le gouvernement a des démangeaisons, il aimerait ça pouvoir aller en élections sans que ce soit de sa faute, qu’on l’ait fait tomber », a évoqué Yves-François Blanchet, peu avant le congé des Fêtes, dans l’anticipation du déclenchement d’une campagne électorale au début de 2021, pour lequel il serait tenu responsable.

Son parti n’a pas attendu ce moment pour commencer les préparatifs. Deux candidats du Bloc québécois ont déjà été investis dans des circonscriptions que le parti entend bien ravir aux libéraux, soit Hochelaga et Gaspésie—Les Îles-de-la-Madeleine, actuellement détenues par Soraya Martinez Ferrada et Diane Lebouthillier. Douze autres investitures sont déjà au calendrier pour février, confirme l’attaché de presse du Bloc, Julien Coulombe-Bonnafous. Dans les coulisses, on dit se préparer à un scrutin en mars.

Au chapitre des investitures, le Parti conservateur du Canada a une bonne longueur d’avance sur ses rivaux. Plus de 80 circonscriptions ont déjà un candidat conservateur, soit environ le quart de tout le pays, fait remarquer le porte-parole du parti, Cory Hann. Sans grande surprise, les députés québécois Alain Rayes, Gérard Deltell, Joël Godin, Bernard Généreux, Luc Berthold et Jacques Gourde ont tous été désignés comme candidats dans la circonscription qu’ils représentent en ce moment.

Au NPD, où les députés élus doivent passer par le même processus que les autres candidats lors des investitures, trois candidats ont été confirmés, en Ontario et en Colombie-Britannique. Aucun candidat n’a encore été investi au Québec, mais l’exercice est prévu pour le mois de janvier, explique la porte-parole Mélanie Richer.

On sait déjà que les députés néodémocrates qui ont perdu leur siège en 2019 — soit l’ensemble du caucus à l’exception du député de Rosemont—La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice — ne seront pas tous volontaires pour mener la prochaine bataille électorale fédérale. L’ex-chef parlementaire et candidat à la dernière course à la chefferie du NPD Guy Caron a, par exemple, choisi de se consacrer à la politique municipale. Le militantnéodémocrate de longue date qui a été élu une première fois lors de la vague orange de 2011 a annoncé en novembre son intention de se présenter plutôt pour la mairie de Rimouski, lors du prochain scrutin municipal de 2021.

Le Parti vert du Canada, dont la nouvelle cheffe, Annamie Paul, est en poste depuis octobre, n’a toujours pas commencé le processus d’investiture de ses candidats en vue des prochaines élections. Le parti promet toutefois des annonces en début d’année.

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