Jeanne Lougheed, ancienne première dame de l’Alberta, meurt à 92 ans

Peter et Jeanne Lougheed en 1979
Photo: La Presse canadienne Peter et Jeanne Lougheed en 1979

Jeanne Lougheed, la femme de l’ancien premier ministre de l’Alberta, Peter Lougheed, est décédée à l’âge de 92 ans, le 27 décembre dernier. Un chapitre de l’histoire de la politique de la province se tourne.

Bien connue pour avoir été la femme de l’une des figures emblématiques de la politique albertaine, Jeanne Lougheed, c’était fait aussi un nom à titre de défenseure des Arts.

Durant ses 15 années au pouvoir comme premier ministre (1971-1985), son mari, un conservateur aux idées libérales très marquées, « avait mis en place un programme politique interventionniste en matière économique et culturel », rappelle Frédéric Boily, spécialiste de la politique canadienne et québécoise et professeur titulaire au Campus Saint-Jean. «Sa femme agissait comme un accélérant de la mise en place de ce programme », développe-t-il.

Née à Forestburg en 1928, Jeanne Lougheed grandit dans la ville de Camrose. Étudiante à l’Université de l’Alberta, c’est là qu’elle rencontrera son futur mari. Femme au foyer et mère de quatre enfants, elle appuiera toute sa vie sa politique.

Elle était impliquée pour «tout ce qui touche au patrimoine, aux fêtes multiculturelles (la communauté ukrainienne notamment) afin de développer le sentiment de fierté des Albertains », se remémore Léo Piquette, Franco-Albertain de souche.

Selon lui, le couple Lougheed a apporté un vent de jeunesse dans la politique albertaine, imprégnée alors de l’esprit du parti politique du moment : le Crédit social. À l’époque, le mari de Jeanne Lougheed incarne un nouveau visage.

«C’était une droite interventionniste. Ils étaient dans une logique où l’Alberta avait des ressources naturelles, mais devait passer à un autre stade de son développement. Créer une sorte de bourgeoisie d’affaire albertaine qui ne soit plus dépendante des États-Unis ou des compagnies pétrolières de l’extérieur», met en contexte Frédéric Boily.

Économie et culture

Jeanne Lougheed a oeuvré énormément en tant que mécène, en subventionnant les artistes et en développant son patrimoine de la province. «Cette aide culturelle pour développer l’Alberta non seulement sur le plan économique, mais aussi culturel, c’est la Révolution tranquille albertaine des années 1970, un peu sur le modèle québécois », compare Frédéric Boily. C’est dans ce sens que l’héritage de la famille Lougheed est atypique.

La passion de Jeanne Lougheed pour les arts et la culture locale a laissé son empreinte. Sa contribution au monde de l’art a été immense et reconnue par l’entremise de bourses et de prix, comme la médaille du jubilé de diamant de la Reine.

Le Jeanne and Peter Lougheed Performing Arts Centre, à Camrose, et le Peter and Jeanne Lougheed Building, qui se trouve au Banff Centre, témoignent de l’implication du couple sur la scène albertaine des arts, notamment dans le développement d’infrastructures.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a exprimé le 28 décembre sa tristesse à l’annonce du décès de l’ancienne première Dame albertaine.

«Jeanne était surtout connue des Albertains comme l’épouse de l’un des premiers ministres les plus réputés du Canada, le regretté Peter Lougheed (décédé en 2012). Au dire de tous, Jeanne était à la fois sa meilleure amie et sa conseillère la plus proche», a-t-il-déclaré.

Aujourd’hui, la famille Lougheed reste un modèle et une référence aux yeux de nombreux politiciens, tant du côté des conservateurs que du Nouveau parti démocratique.

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