Cinq promesses de Trudeau qui n’ont pas abouti en raison de la pandémie

Non seulement le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a fait moins de promesses pendant la dernière campagne, mais plusieurs sont restées en suspens.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Non seulement le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a fait moins de promesses pendant la dernière campagne, mais plusieurs sont restées en suspens.

En septembre 2019, un groupe de 20 universitaires québécois concluaient que Justin Trudeau avait réalisé 92 % des 353 promesses électorales qu’il avait faites aux Canadiens quatre ans plus tôt. Le chef libéral pouvait se targuer d’avoir obtenu un score supérieur à ceux de ses trois prédécesseurs. Un an plus tard, il est difficile d’imaginer que le premier ministre pourra égaler sa performance. Non seulement a-t-il fait moins de promesses pendant la dernière campagne, mais plusieurs sont restées en suspens pour cause de pandémie. Survol de ces idées demeurées… au stade d’idées.

Les familles avaient été l’objet de surenchère électorale en 2019. Les libéraux, s’inspirant d’une promesse d’Andrew Scheer, s’étaient engagés à ne plus prélever d’impôt à la source sur les prestations de congé de maternité et de congé parental afin d’aider financièrement les nouveaux parents. Mais ils avaient de plus grandes ambitions encore.

Congé parental payé

Pour se qualifier au congé parental payé à même la caisse d’assurance-emploi, il faut avoir accumulé un certain nombre d’heures travaillées. Environ un quart des mères n’y parviennent pas, selon Statistique Canada. Justin Trudeau avait promis de remédier à la situation « dès la première année de [son] retour au pouvoir » en échafaudant un « système national de congé familial payé garanti ». « Cela sera un programme ambitieux pour s’assurer que personne n’est laissé pour compte », avait-il annoncé. Un an plus tard, rien de tout cela n’a vu le jour. Le cabinet du ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social assure qu’il continue de travailler avec ses autres partenaires fédéraux pour « évaluer les besoins des parents et des familles ».

Du camping en famille

Les libéraux avaient fait sourciller bien des commentateurs en promettant de dépenser 525 millions de dollars sur quatre ans pour bonifier le programme Apprendre à camper, destiné aux jeunes du secondaire. En vertu de cette promesse électorale, les libéraux auraient offert à 75 000 enfants défavorisés un voyage en famille d’au plus quatre jours dans certains des parcs nationaux les plus éloignés, comme ceux de Banff, de Forillon ou encore de Gros-Morne, à Terre-Neuve. Le gouvernement promettait de financer l’achat d’équipement de camping et d’offrir une bourse de voyage pouvant atteindre 2000 $ par famille. Eût-elle été réalisée que cette promesse aurait été bien vaine en 2020, les parcs nationaux ayant été fermés une partie de l’été pour cause de pandémie, puis rouverts avec des accès parfois limités.

Productions culturelles locales

Les libéraux voulaient aussi encourager les jeunes à consommer des productions culturelles locales. Ils envisageaient de donner à chaque enfant de 12 ans un « passeport culturel » doté d’un crédit de 200 $ avec lequel ils auraient pu s’acheter des billets de spectacle ou des entrées au musée. La mesure aurait coûté 135 millions de dollars par année. Mais elle aurait été inutile en 2020, l’industrie culturelle ayant été mise à l’arrêt par la pandémie. Selon l’Association canadienne des organismes artistiques, le secteur a subi un recul de 35,2 % cette année, ce qui en fait le secteur le plus touché, devant ceux de l’hébergement et de la restauration.

Assurance inondation

Les troupes de Justin Trudeau avaient aussi pris acte des crues printanières ayant affecté le Québec, notamment la région de la capitale fédérale, en 2017, puis en 2019. Ils avaient promis de créer un programme national d’assurance inondation, géré par la Société canadienne d’hypothèques et de logement, qui se serait adressé aux 61 % de propriétaires domiciliaires n’ayant pas accès à une telle assurance. Les résidents de zones inondables et de zones à risque élevé auraient été admissibles. Le Parti libéral du Canada (PLC) n’avait toutefois pas précisé ce que les propriétaires auraient eu à payer pour souscrire cette assurance, ni la hauteur des dommages qui auraient été couverts.

Cette promesse n’a pas été remplie. Tout au plus, Ottawa a-t-il annoncé à la fin novembre la création d’un groupe de travail, composé de représentants des provinces et du secteur de l’assurance, pour suggérer des moyens d’y parvenir.

Dans le même ordre d’idées, le PLC avait proposé d’instaurer une nouvelle prestation d’assurance-emploi qui aurait permis aux personnes aux prises avec une inondation de s’absenter du travail pour gérer le sinistre. Le PLC n’avait pas dit à combien de jours de congé les travailleurs auraient eu droit ni de combien les cotisations à la caisse d’assurance-emploi auraient dû augmenter pour éponger ce programme. Le groupe de travail n’a pas de mandat précis à ce sujet.

Frénésie immobilière

Enfin, les libéraux s’étaient engagés à lutter contre la spéculation qui rend inaccessibles certains marchés immobiliers, en particulier ceux de Vancouver et de Toronto. S’ils étaient reportés au pouvoir, les libéraux promettaient d’instaurer une taxe annuelle de 1 % sur les propriétés détenues par des non-Canadiens ne résidant pas au pays.

Cette promesse n’est toutefois pas morte complètement. Dans sa mise à jour économique présentée fin novembre, le gouvernement s’est dit « résolu à s’assurer que les propriétaires étrangers non résidents qui se servent tout simplement du Canada comme d’un endroit où stocker passivement leur richesse dans le logement paient leur juste part ». Il s’est engagé à prendre « des mesures » en 2021, mais il n’est fait aucune mention du taux promis de 1 %.

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