Ottawa pressé de serrer la vis aux voyageurs

Des tests directement à l’aéroport, une surveillance accrue des voyageurs et une suspension étendue des vols : les propositions de gouvernements provinciaux et des partis d’opposition à Ottawa font augmenter la pression pour imposer plus de restrictions aux voyageurs après la découverte, au Royaume-Uni, d’un nouveau variant du coronavirus responsable de la COVID-19.

Même si le gouvernement fédéral a interrompu le trafic aérien du Royaume-Uni jusqu’à mercredi soir et a décrété que les passagers en provenance de ce pays ces derniers jours devront faire l’objet d’une vérification approfondie de leur plan de quarantaine, les partis d’opposition à Ottawa trouvaient ces nouvelles mesures insuffisantes lundi.

Le Bloc québécois a par exemple dit souhaiter que les vols du Royaume-Uni soient restreints pour une plus longue période et qu’une surveillance accrue soit imposée aux voyageurs.

« On pourrait envisager l’option d’imposer ces restrictions-là à l’Europe en entier », suggère la porte-parole bloquiste en matière de Sécurité publique, Kristina Michaud, jointe par Le Devoir.

Le Parti conservateur, pour sa part, demande au gouvernement de rendre publique l’information fournie par Londres sur le variant du coronavirus. Selon le chef du NPD, Jagmeet Singh, « tant que nous n’en saurons pas plus, les vols venant du Royaume-Uni doivent être suspendus ».

Il n’a fallu que quelques heures, dimanche, entre le moment où le secrétaire à la Santé britannique, Matt Hancock, a déclaré que le nouveau variant du coronavirus était « hors de contrôle » dans son pays et l’appel du Bloc québécois, de l’autre côté de l’Atlantique, exigeant une interdiction des voyageurs depuis ce pays. « Déjà en mars, on avait demandé au gouvernement de fermer les frontières, et c’est plusieurs jours plus tard que le gouvernement Trudeau l’a fait. On ne voulait pas rejouer dans ce film-là », explique la bloquiste Kristina Michaud.

Réuni d’urgence dimanche après-midi avec le premier ministre, le Groupe d’intervention en cas d’incident a suspendu tous les vols en provenance du Royaume-Uni vers le Canada pour 72 heures, comme l’avaient déjà fait plusieurs pays européens. Le fédéral précise bien que la suspension pourrait être prolongée si l’Agence de la santé publique l’exige, bloquant potentiellement des ressortissants canadiens à l’étranger.

« Nous ne pouvons aller nulle part, aucun d’entre nous », a par exemple déclaré lundi l’entrepreneur canadien Mark Sultana, administrateur du groupe « Canadiens à Londres » sur Facebook, en entrevue à La Presse canadienne. « Nous sommes tous confinés sur cette île, et beaucoup de Canadiens sont touchés. »

L’Ontario prend les devants

La critique la plus virulente de la gestion des arrivées internationales est toutefois arrivée de Toronto, lundi. En conférence de presse pour annoncer un confinement strict de l’Ontario après Noël, le premier ministre ontarien, Doug Ford, s’est montré complètement scandalisé que des passagers puissent encore débarquer au Canada sans être dépistés pour la COVID-19.

« Notre frontière est comme une passoire à spaghettis », a déclaré M. Ford, avant de promettre aux Ontariens qu’il « n’attendrait pas Ottawa » pour mettre en place des tests de dépistage dans les aéroports.

Dans une déclaration, la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, s’est dite surprise par les commentaires du premier ministre de l’Ontario, et explique préparer justement un tel projet pilote à l’aéroport Pearson de Toronto.

« Les mesures fortes mises en place aux frontières depuis mars 2020 fonctionnent : seulement 1,3 % des cas de COVID-19 en Ontario sont le résultat de personnes ayant voyagé à l’extérieur du Canada. Avec une quarantaine de 14 jours, les mesures au pays sont parmi les plus robustes au monde », selon la ministre Hajdu.

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