Champagne promet d’assurer le fait français dans son ministère

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne

Le ministre des Affaires étrangères du Canada a remercié Le Devoir pour son enquête sur l’absence de francophones dans les postes les plus névralgiques d’Affaires mondiales Canada. Dans un entretien, mardi, François-Philippe Champagne a promis d’assurer le fait français « à tous les échelons » de la diplomatie canadienne, et invite les francophones insatisfaits au sein de son ministère à lui faire part de leurs critiques.

« Mon cabinet, les gens autour de moi, c’est 60, 70 % francophone. Et quand je vais à l’étranger, avec un nom comme le mien et sachant que je viens de la Mauricie, je pense que beaucoup de gens s’adressent à moi en français. Mais ceci dit, j’ai aimé ce que vous avez fait ressortir [dans l’enquête du Devoir], je suis content que les gens s’expriment. Vous m’aidez parce que j’ai ma réunion annuelle avec l’ensemble du personnel diplomatique, où je veux parler d’inclusion et de diversité, et évidemment l’aspect linguistique et l’importance de faire de la diplomatie en français », a réagi le ministre, joint par téléphone.

Pas acceptable

Lundi, Le Devoir révélait que la haute direction d’Affaires mondiales Canada est presque uniquement composée d’anglophones et ne fait accéder que d’autres anglophones aux postes stratégiques. Une dizaine d’employés d’expérience, cadres et ex-cadres d’Affaires mondiales Canada, dont un ambassadeur en fonction, ont témoigné d’un climat où les francophones sentent qu’ils doivent écrire leurs rapports en anglais s’ils souhaitent être lus, et où des comités entièrement composés d’anglophones, parfois unilingues, doivent juger les candidats à une promotion. Une situation qui n’est pas acceptable, répond François-Philippe Champagne.

« Absolument pas. J’inviterais même ceux qui ont fait état de cette situation à venir me faire part de ces enjeux-là qu’ils vous ont décrits. Ça va de soi que les gens puissent faire ces examens dans la langue de leur choix et qu’on ait un panel de l’autre côté qui peut comprendre les gens dans les deux langues. S’il y a eu des manquements, on va s’y attaquer c’est clair. »

François-Philippe Champagne dit pratiquer une diplomatie en français à toutes les occasions. Il entrevoit déjà de parler sa langue avec le futur chef de la diplomatie américaine choisi par Joe Biden, Antony Blinken, qui parle aussi français.

« C’est important que le fait français se reflète à tous les échelons de la fonction publique, dans les institutions. […] Moi, je peux vous dire que je fais de la diplomatie en français ; avec la Suisse, avec les Belges, avec plusieurs collègues de l’Union européenne, tous nos échanges sont en français. J’essaie de prêcher par l’exemple. Donc, ceux [parmi les hauts cadres du ministère] qui sont sur ces appels réalisent que la diplomatie se fait aussi en français. »

Dans une réponse fournie au Devoir en vue de l’article, Affaires mondiales Canada a fait de nombreuses comparaisons entre la proportion de cadres francophones en son sein et la proportion de francophones au Canada, un objectif également étayé dans son Plan d’action pour les langues officielles 2019-2022. Pourtant, la Loi sur les langues officielles n’aborde jamais ce critère, mais prévoit plutôt que les 42 % de francophones qui y travaillent « aient des chances égales d’emploi et d’avancement dans les institutions fédérales ».

« Je n’en fais pas une histoire de chiffres, c’est plus une question de vision, explique M. Champagne, contredisant l’interprétation de son ministère. S’il y a des barrières, systémiques, ou des enjeux systémiques, [on doit] voir comment on peut faire face à ces enjeux, et d’enlever ces barrières-là. Comme francophone, ça m’interpelle beaucoup [l’avancement de] nos jeunes diplomates, et ça se reflète à tous les échelons du ministère, ici à Ottawa ou à travers le monde. »

Finalement, le ministre Champagne ne voit aucune contradiction entre une francisation de la haute direction d’Affaires mondiales Canada et l’accession à ces postes par des personnes issues de la diversité, « deux piliers » pour « un corps diplomatique qui reflète mieux le Canada d’aujourd’hui ».

En entrevue à Radio-Canada, lundi soir, le premier ministre Justin Trudeau a affirmé être « troublé par le rapport » du Devoir. Questionné sur le fait de savoir pourquoi aucun ambassadeur francophone de carrière n’est en poste dans un pays du G20, excluant les « nominations politiques » de Stéphane Dion en Allemagne et d’Isabelle Hudon en France, M. Trudeau a dit « continuer à chercher » des francophones pour représenter le Canada dans le monde. « On est en train de travailler pour qu’on réaligne [sic] un petit peu les chiffres. »

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