Un ancien ministre conservateur plaide pour l’élargissement de l’aide à mourir

Steven Fletcher a été député à Ottawa de 2004 à 2015 et ministre dans le cabinet de Stephen Harper. On le voit ici en 2014.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Steven Fletcher a été député à Ottawa de 2004 à 2015 et ministre dans le cabinet de Stephen Harper. On le voit ici en 2014.

Tandis que les députés conservateurs continuent d’étirer le débat à la Chambre des communes sur l’aide médicale à mourir au nom de la protection des plus vulnérables, leur ancien collègue Steven Fletcher les met en garde contre la tentation de prétendre parler au nom de toutes les personnes handicapées. L’ancien ministre, qui se déplace lui-même en fauteuil roulant, estime qu’il faut élargir la loi tel que le propose le gouvernement libéral.

Steven Fletcher a été député à Ottawa de 2004 à 2015 et ministre dans le cabinet de Stephen Harper. Pendant son passage sur la colline, il avait proposé (en vain) deux projets de loi sur l’aide médicale à mourir avant même que la Cour suprême ne rende sa décision sur le sujet en 2015.

Il se dit aujourd’hui en faveur du projet de loi du gouvernement libéral. Même s’il le trouve inutile. Le C-7 ferait en sorte qu’il ne soit plus nécessaire d’être en fin de vie pour avoir accès à l’aide à mourir, comme l’a commandé l’an dernier un jugement de la Cour supérieure du Québec. Selon M. Fletcher, puisque le jugement initial de la Cour suprême ne faisait pas mention de la fin de vie, le C-7 constitue simplement un retour — souhaitable à ses yeux — à la case départ : « Cela nous ramènera inévitablement à ce que la Cour suprême avait dit en 2015 », dit-il.

Aussi pense-t-il qu’il est vain de s’opposer à l’élargissement de la loi, même s’il ne jette pas la pierre à ses anciens collègues qui prolongent le débat et risquent, ce faisant, d’empêcher l’adoption de la loi avant l’échéance du 18 décembre fixée par la Cour. « Chaque député a le droit de s’exprimer. Je n’ai pas vraiment de problème à ce que le débat aille de l’avant. Même si on sait déjà comment ça va se terminer. »

Regretter sa mort ?

Steven Fletcher a déjà raconté qu’à la suite de son accident de voiture l’ayant laissé quadriplégique, il avait voulu mourir : la douleur était trop intense et il n’était pas capable d’imaginer sa nouvelle vie. Mais il a vécu et est devenu ministre fédéral et député provincial. Sachant maintenant ce qu’il ne savait pas alors, aurait-ce été une bonne chose pour lui que son souhait de mort soit exaucé ? Et serait-ce une bonne chose qu’on aide à mourir des personnes se trouvant dans une situation similaire à la sienne à l’époque, mais dont l’avenir pourrait aussi s’avérer plus lumineux ?

M. Fletcher réfléchit longuement à la question et finit par dire qu’il n’est pas certain de savoir comment y répondre. « Ma réponse préférée est de dire qu’on devrait fournir les ressources nécessaires à ces personnes et qu’on élimine les obstacles systémiques qui les empêchent de vivre une vie pleine. » Néanmoins, ajoute-t-il, la bonification des soins palliatifs ne peut constituer la seule solution. « Je sais qu’il y a des situations où il n’y a pas d’espoir. Il y a juste de la souffrance. […] Quand on vit une telle douleur physique qu’on pense que notre tête va exploser, oui, la mort est mieux. Si je vivais encore dans une institution, ça aurait été un choix très raisonnable et rationnel. C’est la réponse la plus honnête que je peux vous donner. »

Un député libéral d’Ontario, Marcus Powlowski, a indiqué qu’il voterait contre le projet de loi de son gouvernement. Bien qu’en accord avec l’aide à mourir en général, ce médecin craint qu’en l’élargissant à des non-mourants, on ne tue des personnes dont le désir d’en finir n’aurait été que passager.

« Ma plus grande préoccupation, en tant que personne qui a dédié sa vie à essayer d’éviter de tuer des gens accidentellement, c’est qu’on finisse par aider à mourir des personnes qui ne veulent pas vraiment mourir », a dit M. Powlowski au réseau CBC. « Je pense qu’avec un peu de temps, des gens peuvent se faire à l’idée [de leur état de santé] et trouver qu’il y a des raisons de vouloir vivre. »

Débat

Le débat sur le projet de loi C-7 s’est poursuivi mercredi à la Chambre des communes parce que les députés conservateurs — pour la plupart des pro-vie — ont continué de prendre la parole. Le gouvernement espère encore faire adopter son projet de loi d’ici le 18 décembre et ne pas avoir à demander une autre prolongation de délai à la Cour.

Lors d’un vote intermédiaire, quatre députés québécois conservateurs ont voté contre le C-7. Steven Blaney et Richard Lehoux ont refusé d’expliquer au Devoir leur position. Mais Joël Godin a dit avoir voté ainsi pour protester contre « le manque d’ouverture du gouvernement » envers les amendements conservateurs proposés.

Jacques Gourde dit pour sa part avoir voté contre le projet de loi pour protester contre le rythme auquel le tout est adopté. « Je commence à être tanné de bâcler notre travail », dit-il. Il avait toutefois voté contre le projet de loi instaurant l’aide à mourir en 2016. Selon lui, il ne serait pas si grave de rater l’échéance du 18 décembre, car les jugements des tribunaux sont assez clairs pour offrir aux médecins des balises.

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