Les libéraux prévoient un scrutin dans moins de 24 mois

Ottawa — Aux prochaines élections fédérales, que les députés eux-mêmes anticipent dans 18 à 24 mois, le Parti libéral pourrait présenter à peu de chose près les mêmes candidats qu'au dernier scrutin dans les circonscriptions du Québec. Les figures de proue du PLC battues dans la province le 28 juin dernier comptent bien toutes être sur les rangs quand les prochaines élections seront déclenchées, donnant aux électeurs un choix presque conforme au scrutin de cette année.

Si le Parti libéral se dit officiellement en reconstruction au Québec, où il a subi une raclée le 28 juin dernier, la formation politique semble par contre en voie de rebâtir avec les mêmes pierres. Les informations captées ici et là par Le Devoir laissent clairement voir une équipe rouge aux prochaines élections semblable à celle de cette année.

Hier, à l'occasion du caucus national tenu à Ottawa, et la semaine dernière, lors du caucus provincial du Québec à Knowlton, les députés libéraux et les candidats défaits ont longuement discuté de l'état des troupes sur le terrain. Et le sentiment général est que des élections viendront assez rapidement, soit entre 12 et 24 mois, ce qui favorise la reconduction de «l'excellente équipe de candidats mise en place cette année», comme l'affirment plusieurs libéraux de la province.

Denis Coderre, député de Montréal-Nord, confirme cet appétit des candidats défaits pour un retour dans l'arène dès que possible. «Nous avons eu un bon meeting la semaine dernière à Knowlton et nous en avons parlé, a-t-il dit au Devoir. Oui, beaucoup de candidats veulent se représenter.»

Selon lui, rien de plus normal avec une telle brochette de candidats. «On avait une équipe assez exceptionnelle de gens compétents dans des domaines différents cette année, a-t-il soutenu. Évidemment, dans un gouvernement minoritaire, les chances de faire quatre ans au pouvoir sont minces.» Ce qui les encourage à rester près du parti en attendant le retour des élections.

Le président du PLC au Québec et nouveau député d'Honoré-Mercier, Pablo Rodriguez, a senti lui aussi ce courant pour un retour des candidats défaits. «Le constat chez nous est qu'on a bâti une équipe exceptionnelle, c'est pour ça qu'on est très déçus d'avoir perdu autant de potentiel partout au Québec, a-t-il dit au Devoir. Évidemment, la porte est grande ouverte [pour les retours]. On a senti aujourd'hui et la semaine dernière que les gens veulent revenir.»

L'ex-ministre de la région de Québec, Hélène Chalifour Scherrer, ainsi que ses ex-collègues Carole-Marie Allard à Laval et Nick Discepola dans Vaudreuil-Soulanges ont tous confirmé hier leur retour pour le prochain scrutin. «Dans 12 à 18 mois, aux prochaines élections, je vais être là. Oui, absolument», a tranché Nick Discepola, juste avant de participer à son dernier caucus au Parlement. Même son de cloche du côté d'Hélène Chalifour Scherrer. «Pour moi, c'était émotionnel aujourd'hui. Nous nous sommes dit: nous serons là la prochaine fois. [Car] certainement que je serai là la prochaine fois. J'ai toujours été présente dans la vie publique et je vais continuer en attendant. Je vais poursuivre la lutte sur le terrain, même si je n'ai plus une aussi grosse équipe.»

Carole-Marie Allard va elle aussi remonter son équipe de comté avant le prochain scrutin. «Oui, certainement, je vais me représenter, a-t-elle dit à la sortie du caucus. [...] Le message de notre premier ministre est qu'il faut être là pour la reconstruction du PLC et aider à convaincre les Québécois.»

«Les candidats défaits nous ont assuré qu'ils veulent continuer et qu'ils seront présents sur le terrain [d'ici aux prochaines élections], a souligné Liza Frulla. Certains ont perdu par une faible marge, alors que d'autres ont été emportés par la vague.»

Est-ce qu'une équipe de candidats très semblable aux prochaines élections enverrait un mauvais message aux Québécois, comme si le PLC ne pouvait pas se renouveler? Non, disent les députés et candidats interrogés. Le raz-de-marée bloquiste est dû au scandale des commandites, pas à la compétence des postulants. «Il ne faut pas que les candidats prennent cette défaite comme un échec personnel, a mentionné Denis Coderre. Ces gens ont beaucoup de potentiel. C'est le contexte qui a joué.»

Même le premier ministre Paul Martin semble ravi de pouvoir revoir ses candidats défaits dans quelques mois. Dans un inhabituel discours devant les caméras avant la tenue de son caucus, le dernier avec les nouveaux et anciens députés, le chef du PLC a martelé à ses collègues qu'il ne s'agissait que d'une période et que son gouvernement allait agir pour que «ce soit plus facile de gagner vos sièges» la prochaine fois.

«Je vous assure qu'un de nos buts comme gouvernement, c'est de donner aux Canadiens un gouvernement dont ils pourront être fiers puisqu'aux prochaines élections vous serez de retour», a lancé Paul Martin, dont les propos ont suscité une ovation bien appuyée.

Pablo Rodriguez croit que la détermination des ex-députés et candidats est bon signe, même s'il refuse de s'avancer sur le nombre d'entre eux qui seront de retour. «Je ne peux pas présumer que ce sera la même équipe exactement, car c'est aux comtés de décider de leur candidat, mais on est encouragés que ces gens veuillent revenir, a-t-il dit. Ça démontre qu'il y a beaucoup de détermination, car il faut bien avouer qu'on a fait la campagne le vent de face, ç'a brassé pas mal. C'est tout à leur honneur de vouloir revenir et c'est un atout en politique.» Ce dernier doit bientôt rencontrer Jean Lapierre pour faire le tour de la situation dans chaque circonscription.

Le caucus libéral national d'hier a tourné autour des mêmes thèmes que celui du Québec, tenu la semaine dernière dans les Cantons-de-l'Est. Certains affirment que la date du scrutin n'a pas aidé la situation au Québec, où le vent du scandale des commandites soufflait encore passablement fort. Georges Farrah, ex-député des îles de la Madeleine, aurait préféré des élections à l'automne. Le mot d'ordre était «réconciliation avec le Québec», tout en cherchant le moyen de remotiver les troupes qui ne se sont pas déplacées pour aller voter libéral comme d'habitude, trop frustrées par le scandale des commandites. Nick Discepola avoue que cette grogne l'a privé de plusieurs bénévoles qui n'auraient pas été de refus.

Par ailleurs, Paul Martin a confirmé hier que le Parlement allait reprendre ses travaux le 4 octobre avec l'élection du président de la Chambre des communes. Le 5 octobre, ce sera la lecture du discours du Trône. Comme Le Devoir l'expliquait mardi, les travaux parlementaires devaient à l'origine reprendre le 21 septembre, mais le premier ministre a justifié ce report en disant avoir besoin de temps pour la conférence des premiers ministres sur la santé et une participation à une rencontre des Nations unies.
1 commentaire
  • Claude L'Heureux - Abonné 15 juillet 2004 17 h 07

    La soif du pouvoir

    ''L'équipe exceptionnelle'' libérale a l'intention de se représenter aux prochaines élections qu'elle juge très proche. Est-ce-à-dire que ce gouvernement n'a pas l'intention de respecter l'opinion des canadiens et des québécois qui leur ont demandés de gouverner avec les autres partis dont le Bloc Québécois, au Québec? Il sera très intéressant de voir la réflexion de ''l'équipe exceptionnelle du Québec'' qui, pour le moment, n'a que la soif du pouvoir et voudrais bien obtenir un autre mandat de quatre ans pour n'en faire qu'à sa tête et ignorer le Québec. Ils n'ont donc rien compris!