Les partis fédéraux tous champions du fait français

Tous les partis d’opposition ont profité de ce contexte pour critiquer le Parti libéral en matière de protection du français, tout en élaborant quelques propositions.
Photo: iStock Tous les partis d’opposition ont profité de ce contexte pour critiquer le Parti libéral en matière de protection du français, tout en élaborant quelques propositions.

Le diagnostic fait consensus, mais le choix et la dose du remède divisent. Un ardent débat sur le thème de la précarité du français au Québec a tenu les députés d’Ottawa éveillés jusqu’à tard en soirée, mercredi, chaque parti s’évertuant à convaincre les Québécois qu’il représente la solution au malheureux déclin linguistique dans la province.

« Nous allons appuyer le gouvernement Legault dans ses efforts à protéger le français », a par exemple promis le chef de l’opposition Erin O’Toole, qui s’est présenté tour à tour comme ancien combattant, natif de Montréal, et fier successeur de John A. McDonald et Sir George-Étienne Cartier comme chef conservateur.

C’est son parti qui a suggéré ce véritable marathon de débats de quatre heures au parlement canadien, qui s’était entièrement déroulé dans la langue de Molière au moment où ces lignes étaient écrites. Si peu de nouvelles propositions ont été entendues, l’exercice a permis à tous les partis de vanter l’authenticité de leur engagement sur la question de la langue.

Au moment où le Québec réfléchit à renforcer sa Charte de la langue française, tous les partis d’opposition à Ottawa demandent aux libéraux de Justin Trudeau de l’appliquer aux entreprises sous juridiction fédérale. Sans appuyer l’idée ni l’écarter complètement, les libéraux font plutôt valoir qu’un profond changement de discours s’opère au sein de leur parti à l’égard du fait français au Québec.

« En un siècle et demi d’histoire, c’était la première fois que le gouvernement reconnaît sa responsabilité de protéger le français au Québec », a souligné le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Pablo Rodriguez, tout au début de la très longue soirée de joute parlementaire.

Pour une première fois, en septembre, le premier ministre Justin Trudeau a souligné, lors de son discours du Trône, le besoin de protéger la situation du français au Québec, et non plus seulement dans le reste du Canada. La semaine dernière, Justin Trudeau a dit appuyer la loi 101 « dans ce qu’elle fait au Québec », en contradiction avec la vision qu’en avait son père, Pierre Elliott Trudeau.

Le gouvernement Trudeau s’est aussi engagé à moderniser la Loi sur les langues officielles, adoptée il y a plus d’un demi-siècle, « en tenant compte de la réalité particulière du français ». Malgré les demandes répétées des partis de l’opposition, toutefois, le gouvernement n’a dévoilé aucun échéancier.

La sincérité du gouvernement sur la question du français est spécialement remise en question depuis que la députée de Saint-Laurent, Emmanuella Lambropoulos, a demandé, en anglais, de « voir des preuves » du déclin du français au Québec lors d’une séance du comité parlementaire sur les langues officielles plus tôt ce mois. La même semaine, la présidente du Parti libéral du Canada au Québec, Chelsea Craig, a dû s’excuser pour de vieux tweets qualifiant la loi 101 d’« oppressive » pour les Anglo-Québécois.

Des propositions

Tous les partis d’opposition ont profité de ce contexte pour critiquer le Parti libéral en matière de protection du français, tout en élaborant quelques propositions. Le Bloc québécois a notamment proposé un projet de loi pour exiger le français aux candidats à la citoyenneté canadienne qui vivent au Québec. L’initiative est toutefois vouée à l’échec, faute de l’appui des libéraux et du NPD.

« La proposition du Bloc vise les réfugiés et la réunification familiale. C’est inapproprié et difficilement applicable dans les faits. C’est une fausse bonne idée », a justifié le député de Rosemont, Alexandre Boulerice, lors du débat de mercredi. Le NPD propose plutôt de bonifier les fonds destinés à la francisation des nouveaux arrivants au Québec.

Pour sa part, le Parti conservateur souhaite que le fédéral crée un « tribunal administratif pour les langues nationales ». Cela fait partie des cinq suggestions du député de Richmond-Arthabaska, Alain Rayes, pour la réforme promise de la Loi sur les langues officielles.

Signe que le débat est devenu plus personnel à Ottawa, le libéral Pablo Rodriguez a exigé du chef du Bloc, Yves-François Blanchet, qu’il retire ses propos selon lesquels il préfère la ministre Mélanie Joly « comme ennemie que comme amie ».

« La contribution qu’elle peut apporter à ma cause ne vaut rien », avait lâché le chef bloquiste en entrevue à Qub Radio, mardi, évoquant que Mme Joly « est nuisible à la langue française au Québec. » En Chambre, M. Blanchet a refusé de s’excuser, jugeant qu’il a été mal cité.

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