Démission de David Khan, le signe du déclin des libéraux en Alberta?

Le départ de David Khan accentue le déclin du Parti libéral de l’Alberta et renforce l’effet de division entre l’Est et l’Ouest.
Photo: La Presse canadienne Le départ de David Khan accentue le déclin du Parti libéral de l’Alberta et renforce l’effet de division entre l’Est et l’Ouest.

La démission ce week-end du chef du Parti libéral de l’Alberta, David Khan, ne surprend personne dans cette province de l’Ouest canadien. Il demeure de plus en plus difficile pour les libéraux de continuer à se faire une place au soleil sur la scène politique provinciale. Coincé entre le Parti conservateur uni (UCP) et les néodémocrates, et confronté à l’émergence du Wexit — devenu le Maverick Party —, le parti a une survie qui semble plus qu’incertaine.

« Le Parti libéral provincial de l’Alberta est en déclin profond », résume Frédéric Boily, professeur et spécialiste de la politique canadienne et québécoise, au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.

« On peut suspecter que tous les libéraux de gauche sont rendus du côté des néodémocrates  », ajoute-t-il.

Depuis plusieurs années, les deux grands partis que sont le NPD et l’UCP récoltent plus de 85 % des votes en Alberta. Si depuis 2004, le Parti libéral pouvait se maintenir à presque 25 % de ces votes, aujourd’hui, c’est la chute libre.

Le départ inopiné de David Khan aura-t-il une incidence sur le cabinet à Ottawa ? La réponse est non. Rappelons qu’en novembre 2019, Justin Trudeau avait déclaré rester à l’écoute des Prairies, en nommant l’ancien ministre de la Diversification du commerce international et député de la circonscription Winnipeg–Centre-Sud, Jim Carr, comme représentant spécial des Prairies. Par cette nomination, Justin Trudeau souhaitait surtout marquer la présence des libéraux dans les provinces de l’Ouest, où ils restent anémiques dans le paysage politique.

Cependant, ce titre demeure plus honorifique qu’exécutif, car la stratégie du Parti libéral fédéral en matière de votes et d’appui politique reste ailleurs.

La stratégie des libéraux fédéraux

« Le Parti libéral du Canada n’a pas besoin des votes dans l’Ouest canadien, [il est] en mesure d’aller chercher une majorité sans ça ; le terrain de bataille est en Ontario et au Québec. L’Ouest me semble être pas mal en retrait dans les préoccupations du Parti libéral », explique Frédéric Boily.

Selon l’expert, les libéraux fédéraux essaient surtout de s’appuyer sur les maires des villes. La décision de Don Iveson, maire d’Edmonton, de ne pas se présenter à la prochaine élection municipale va entraîner beaucoup de conjectures : passera-t-il par la scène fédérale ? « Je le vois mal diriger le Parti libéral provincial, car cela me semble être une cause perdue », dit M. Boily.

L’autre stratégie des libéraux pour asseoir leur présence dans les provinces de l’Ouest consiste à attribuer des dossiers bien précis à des ministres. Mélanie Joly, en tant que responsable du dossier pour le Campus Saint-Jean, en est un bon exemple.

Division d’est en ouest

Le départ de David Khan accentue le déclin du Parti libéral de l’Alberta et renforce l’effet de division entre l’Est et l’Ouest. D’ailleurs, le premier ministre Justin Trudeau était venu, voilà un mois, en terre albertaine rappeler la division créée par les conservateurs.

Depuis plusieurs années, le paysage politique albertain connaît bien des mutations . La dernière en date est l’apparition du Wexit Party, en 2019, devenu depuis le Maverick Party, surnommé également Bloc québécois de l’Ouest canadien. Ce parti continue de faire couler de l’encre avec l’évocation d’un séparatisme pour exprimer le ressentiment des provinces de l’Ouest envers le pouvoir central à Ottawa.

« L’idée d’une séparation est plutôt étrange, cela a plutôt l’air d’une menace que l’on brandit [mais] qu’on peut difficilement concrétiser. C’est plutôt une stratégie du bloc de l’Ouest, qui permet par la suite de se faire entendre à Ottawa », dit Frédéric Boily.

Dans un tel contexte politique, David Khan, dirigeant du parti depuis 2017, tire sa révérence après avoir accepté une offre dans le domaine juridique. Sur le site du Parti libéral, on peut lire que l’ancien chef, originaire de Calgary, a élaboré de nouvelles politiques, modernisé le fonctionnement du parti et recruté toute une nouvelle génération de jeunes Albertains au sein du Parti libéral de la province. Aujourd’hui, l’Ouest canadien est loin de faire figure de terre promise pour les libéraux.

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