Une «théorie du complot» s’invite dans les rangs conservateurs

«Les Canadiens doivent se défendre contre les élites mondiales qui se nourrissent des peurs et du désespoir des gens dans le but d’imposer leur prise de pouvoir»: telle est l’invitation lancée par le député conservateur d’Ottawa Pierre Poilievre à une pétition visant à «arrêter la grande réinitialisation».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Les Canadiens doivent se défendre contre les élites mondiales qui se nourrissent des peurs et du désespoir des gens dans le but d’imposer leur prise de pouvoir»: telle est l’invitation lancée par le député conservateur d’Ottawa Pierre Poilievre à une pétition visant à «arrêter la grande réinitialisation».

La crainte d’une prise de pouvoir imposée par une « grande réinitialisation » de l’économie après la COVID-19, menée par nul autre que Justin Trudeau, sort des coins sombres du Web pour se tailler une place au sein du Parti conservateur du Canada.

« Les Canadiens doivent se défendre contre les élites mondiales qui se nourrissent des peurs et du désespoir des gens dans le but d’imposer leur prise de pouvoir » : telle est l’invitation lancée par le député conservateur d’Ottawa Pierre Poilievre à une pétition visant à « arrêter la grande réinitialisation ».

En moins de 72 heures d’existence, vendredi, la pétition hébergée sur le site Web de M. Poilievre comptait 80 000 noms.

Grande réinitialisation

L’indignation tire son origine de propos tenus par Justin Trudeau lors d’un discours à l’ONU, récemment réapparu sur les réseaux sociaux et dans les médias d’extrême droite en ligne. Le premier ministre parle de « l’occasion d’une réinitialisation » (reset), une expression qui rappelle le titre d’un sommet du Forum économique mondial, prévu en janvier, sur une reprise économique plus juste, durable et résiliente après la pandémie. En début de semaine, le seul parti à s’être scandalisé de ce discours était le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier.

Le chef de l’opposition à Ottawa, Erin O’Toole, n’a pas endossé la pétition du député Poilievre. Questionné à ce sujet, son bureau réfère à une vidéo mise en ligne mercredi dans laquelle le chef conservateur commente lui aussi les propos de M. Trudeau.

« Justin Trudeau et les libéraux veulent utiliser la pandémie pour faire une expérimentation massive et risquée afin de refaire l’économie. Ce n’est pas le moment de “réimaginer” l’économie […] une fois que la pandémie sera derrière nous, nous devrons rebâtir le plus rapidement possible. »

Selon le politologue spécialiste du mouvement conservateur, Frédéric Boily, Erin O’Toole « est encore en train de chercher ses repères » sur la question de la mondialisation.

« Depuis longtemps, on accorde un pouvoir démesuré à ces organisations [comme le Forum économique mondial], analyse le professeur à l’Université de l’Alberta. Autrefois, l’idée que les grands de ce monde se réunissaient pour tout décider, c’était plutôt du côté de la gauche ou de l’extrême gauche, mais on voit maintenant un transfert vers la droite ou l’extrême droite. »

Théorie du complot ?

Pour le premier ministre Justin Trudeau, ces critiques de la « réinitialisation » représentent des théories de la conspiration.

« À travers le monde, des gens cherchent des raisons et des solutions qui, des fois, sont des théories du complot. Si des députés conservateurs veulent se concentrer sur des théories de conspiration et du complot, ils peuvent évidemment. Nous allons nous concentrer sur les Canadiens. »

M. Trudeau a précisé sa pensée sur la réinitialisation. Il indique qu’on doit « s’ajuster pour mieux aider tout le monde » et « s’améliorer en tant que pays » durant la pandémie, par exemple sur le thème des changements climatiques. « Oui, c’est un moment pour réfléchir à comment bâtir un monde encore meilleur que celui dont on a hérité de nos parents. C’est toujours ce que je fais. »

Le député de Carleton, Pierre Poilievre, n’a pas retourné les appels du Devoir. Dans un échange de tweets avec une journaliste parlementaire, il nie propager de fausses informations. Avec en guise de preuves des propos hors contexte du premier ministre et des publications du Forum économique mondial, M. Poilievre conclut que Justin Trudeau instrumentalise la pandémie pour « imposer son programme idéologique risqué » et « menacer le mode de vie des gens. »

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