Ottawa craint le pire… mais évite de critiquer Québec

Le premier ministre, Justin Trudeau, a livré un long plaidoyer invitant les citoyens à renouer avec des comportements plus sécuritaires.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre, Justin Trudeau, a livré un long plaidoyer invitant les citoyens à renouer avec des comportements plus sécuritaires.

La Santé publique du Canada craint le pire. Selon ses dernières modélisations de l’évolution de la pandémie de COVID-19, il pourrait y avoir jusqu’à 20 000 nouveaux cas par jour au Canada d’ici la fin de décembre si les citoyens ne changent pas leur comportement. Et ce nombre pourrait même tripler — jusqu’à 60 000 cas — si les citoyens augmentent leurs contacts. Pour autant, les administrateurs en chef de la santé publique du Canada refusent de jeter la pierre au Québec, qui vient de donner le feu vert aux rassemblements de 10 personnes à Noël.

Selon le modèle dévoilé vendredi matin, même en maintenant le niveau de contacts actuel, le nombre de contaminations continuera d’augmenter en flèche pour atteindre 20 000 cas dans un mois. À titre de comparaison, la moyenne du nombre de nouveaux cas quotidiens décelés au cours de la dernière semaine a été de 4788, ce qui met déjà les capacités du réseau de la santé à rude épreuve dans certaines régions. La Santé publique rappelle que les décès augmenteront lorsque le nombre de cas augmentera. De plus, Ottawa prévoit que le nombre des décès pourrait s’élever à 11 870, voire à 12 120, d’ici 10 jours. En date de jeudi, on pouvait attribuer 11 186 décès à la COVID-19 au pays depuis le début de la pandémie.

Malgré tout, ni l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, ni son adjoint, le Dr Howard Njoo, n’ont voulu critiquer la décision de Québec. « Ce sont les autorités des provinces qui sont le plus au courant et qui connaissent le mieux la réalité sur le terrain au Québec », a rappelé le Dr Njoo. Il a ajouté, un peu confusément, que, dans la mesure où les gens s’astreindraient à une quarantaine avant les Fêtes et organiseraient des rassemblements plus petits que d’habitude, il est « d’accord avec ce que le gouvernement du Québec a commencé à faire ».

Quand on a demandé aux deux médecins s’il fallait craindre que la permission donnée par Québec de se réunir pendant quatre jours ne conduise à une hausse des cas de contamination et ne rapproche la province du scénario du pire, encore là ils sont demeurés vagues. « Le nombre de 10 [convives] est seulement un repère, a répondu la Dre Tam. Je suggérerais que vous réduisiez ce nombre autant que possible. » Elle a toutefois ajouté que le nombre ne fait pas foi de tout. Tout dépendra si les gens réunis gardent leurs distances et portent un masque ou si, au contraire, ils se mélangent librement sans porter de protection.

Le premier ministre Justin Trudeau a abondé dans leur sens. Invité à dire s’il était mécontent de l’annonce de Québec, il a répondu : « Non, pas du tout. » « Le premier ministre [François] Legault est en train de faire tout ce qu’il peut pour reconnaître la réalité dans laquelle les gens vivent, encourager les gens à faire tout ce qui est nécessaire pour limiter leurs contacts cette semaine et dans les semaines à venir pour peut-être avoir un petit moment de répit à Noël qui ne va pas nous causer une autre éclosion massive de COVID-19. » M. Trudeau a ajouté que « [s]a job n’est pas de juger ou critiquer les provinces, mais de travailler avec elles ». Pour sa part, il célébrera Noël avec seulement sa famille immédiate. « On va célébrer la fin de cette année assez plate, merci. »

M. Trudeau a néanmoins livré un long plaidoyer invitant les citoyens à renouer avec des comportements plus sécuritaires. Et pour ce faire, il était de retour devant la porte noire bordée de cèdres de sa résidence, à laquelle il nous avait habitués au début de la pandémie. « Au cours des prochains jours, je travaillerai de la maison le plus souvent possible, a expliqué M. Trudeau. Et je vous parlerai depuis ces marches la semaine prochaine. »

Par ailleurs, la Santé publique du Canada a indiqué que le virus se répand sur une plus grande étendue du pays que lors de la première vague. Il y a maintenant 48 régions sanitaires présentant plus de 50 cas par 100 000 habitants, soit 9 de plus qu’il y a trois semaines. Une bonne partie du Québec présente plus de 101 cas par 100 000 habitants, tout comme désormais toute la Saskatchewan, le Manitoba et le Nunavut, ainsi que la quasi-totalité de l’Alberta.

La Santé publique s’inquiète aussi du fait que le taux de positivité des tests de dépistage dépasse maintenant les 6 % au Canada, avec des pics de 10 % dans certaines régions. Selon les autorités sanitaires, cette donnée permet de déterminer si on teste suffisamment la population. Un taux supérieur à 5 % constitue à leurs yeux la preuve qu’il faut augmenter les tests de dépistage.  

Toronto et Peel reconfinés

Toronto — L’Ontario a annoncé le confinement des régions de Toronto et de Peel à partir de lundi. Les deux régions, qui recensent depuis des semaines le plus grand nombre de cas chaque jour dans la province, devront se plier aux restrictions les plus sévères en vertu du système des niveaux d’alerte. Cela signifie, entre autres choses, qu’il ne pourra pas y avoir d’événements publics intérieurs organisés ni de rassemblements sociaux. Il est recommandé aux résidents de sortir de leur domicile uniquement pour des besoins essentiels. Le confinement restreindra les activités des détaillants non essentiels. Les écoles et les centres de garde d’enfants demeureront ouverts.

La Presse canadienne