Le français au fédéral, victime d’un problème « systémique »

Selon l’Alliance de la fonction publique du Canada, qui représente près de la moitié des fonctionnaires fédéraux, le bilinguisme devrait être mieux reconnu comme une compétence à part entière.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Selon l’Alliance de la fonction publique du Canada, qui représente près de la moitié des fonctionnaires fédéraux, le bilinguisme devrait être mieux reconnu comme une compétence à part entière.

Les fonctionnaires francophones sont victimes d’un problème « systémique » au fédéral, désavantagés par rapport à leurs collègues anglophones, remarque le commissaire aux langues officielles du Canada. Pour y remédier, le principal syndicat des fonctionnaires propose de revoir de fond en comble la prime offerte aux employés gouvernementaux bilingues.

Le droit de travailler en français se porte encore très mal au cœur de la fonction publique fédérale, conclut le plus récent rapport du Commissaire aux langues officielles du Canada, publié jeudi. De nombreux postes supposés bilingues sont encore pourvus par des candidats qui ne maîtrisent pas le français, et les exigences linguistiques fixées par la loi sont encore incomprises par des gestionnaires mal formés.

Plaintes en hausse

Le nombre de plaintes relatives à l’article 91 de la Loi sur les langues officielles, qui précise par exemple quand les institutions fédérales doivent embaucher du personnel bilingue, a explosé pour l’année 2019-2020, à 420 plaintes du public et d’employés. La majorité d’entre elles proviennent de la région d’Ottawa (74 %) et Gatineau (13 %). Loin derrière vient le reste du Québec, avec moins de 3 % du total. La plupart des plaintes étaient fondées, précise-t-on dans le rapport.

Parmi les problèmes, on note l’affichage des postes. Il est régulièrement précisé que la connaissance du français n’est pas requise pour effectuer le travail. « On sous-entend que la langue de travail est l’anglais et que le français est l’exception qui doit être accommodée », analyse le commissaire Raymond Théberge. Selon lui, les compétences linguistiques sont encore considérées au fédéral comme moins importantes que les autres compétences à l’embauche, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. Résultat : l’anglais continue de prédominer.

« La pandémie a encore aggravé le problème, témoigne le vice-président exécutif régional de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) pour le Québec, Yvon Barrière. Beaucoup de rencontres sur Teams ou sur Zoom ne se passent maintenant qu’en anglais. Il n’y a pas de traduction ou elle est de mauvaise qualité. »

Meilleure reconnaissance

Selon ce syndicat qui représente près de la moitié des fonctionnaires fédéraux, le bilinguisme devrait être mieux reconnu comme une compétence à part entière, et être associé à une prime plus importante. À l’heure actuelle, les postes bilingues au fédéral sont associés à une prime de 800 $ par an, à condition de réussir l’examen linguistique.

« Ça n’a pas changé depuis les années 1990. C’est l’équivalent de 40 cents de l’heure, après impôt », calcule M. Barrière. Il remarque que certains fonctionnaires renoncent à la prime, par crainte de devenir traducteurs de service et d’hériter d’une plus grande charge de travail. Un meilleur bonus, associé à de meilleures formations linguistiques, aiderait ainsi à établir le statut du français dans la fonction publique, selon lui.

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, a également conclu le mois dernier à des lacunes dans la communication gouvernementale en français en temps de crise, comme durant la pandémie de COVID-19. Questionné par des élus en comité parlementaire, vendredi, le commissaire a insisté sur la nécessité de moderniser la Loi sur les langues officielles, qui a fêté ses 50 ans l’an dernier. Sans une révision en profondeur de la loi, avance-t-il, « on va se retrouver effectivement dans la même situation dans 1 an, 3 ans, 5 ans. Trop souvent le commissaire se retrouve devant le comité avec les mêmes questions, avec les mêmes problèmes. »

Le Bureau du Président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, a répondu par courriel que la défense du français est au cœur des priorités du gouvernement Trudeau. « Nous analyserons le rapport du commissaire tout en continuant d’appuyer les organisations par l’entremise de séances de formation et d’ateliers afin de bien cerner les exigences linguistiques des postes », promet-on.