La part québécoise de l'immigration continue de diminuer

Le Québec avait accepté 14,4% de toutes les personnes arrivant au Canada pour rejoindre leur famille en 2018 et 10,6% en 2019, mais ce taux passera à 9,6% en 2021.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le Québec avait accepté 14,4% de toutes les personnes arrivant au Canada pour rejoindre leur famille en 2018 et 10,6% en 2019, mais ce taux passera à 9,6% en 2021.

Le présent texte comporte des données inexactes à la suite d’une information erronée communiquée par la porte-parole de la ministre de l’Immigration. Vous pouvez lire le texte de suivi avec les informations adéquates ici.

Le Québec n’a peut-être pas accueilli autant d’immigrants qu’il le souhaitait en 2020 à cause de la pandémie, mais il n’en accueillera pas plus l’année prochaine que ce qu’il avait initialement prévu. Du coup, parce qu’Ottawa, lui, entend procéder à un rattrapage, la part québécoise de l’immigration canadienne diminuera encore.

Québec a reconnu fin octobre qu’il recevra cette année entre 30 % et 40 % moins d’immigrants que prévu et qu’il effectuerait un « rattrapage » de 7000 dossiers au cours des deux prochaines années. Plusieurs en ont déduit que ces 7000 personnes s’ajouteraient aux 44 500 à 47 500 personnes que Québec avait planifié d’accueillir en 2021. Ce ne sera pas le cas, a appris Le Devoir.

« Nous maintenons le cap sur les seuils d’immigration. En effet, la cible d’admission pour 2021 demeure la même, soit entre 44 500 et 47 500 immigrants », précise par courriel Flore Bouchon, l’attachée de presse de la ministre québécoise de l’Immigration, Nadine Girault. « L’ajustement des 7000 personnes est pour compenser la baisse des admissions qu’on pourrait avoir. » En d’autres mots, on pense que l’effet de la pandémie pourrait se prolonger en 2021 : garder la même cible constitue donc en soi un « rattrapage » aux yeux de Québec.

Or, le gouvernement fédéral entend vraiment, au cours des trois prochaines années, augmenter le nombre d’immigrants reçus par rapport à ce qu’il avait initialement prévu. Ainsi, il vise 401 000 admissions en 2021 (au lieu de 351 000), 411 000 en 2022 (au lieu de 361 000) et 421 000 en 2023 (les anciennes projections n’allaient pas jusque-là).

Ces hausses feront donc en sorte que Québec recevra une part plus faible qu’avant de nouveaux arrivants au Canada. En 2018, Québec avait reçu 15,9 % du total canadien. Ce taux a chuté à 11,9 % en 2019 et il sera seulement de 11,5 % en 2021 si les cibles des deux gouvernements sont atteintes. Pour l’année 2020 en cours, Ottawa pense être en mesure de respecter sa cible de 341 000 admissions, alors que Québec prévoit d’arriver bien en deçà, dans une fourchette de plus ou moins 25 000 à 30 000 arrivants, ce qui représenterait alors environ 8 % du total canadien.

La baisse de l’apport québécois à l’immigration canadienne se fera surtout sentir dans la catégorie des réfugiés et de la réunification familiale. Le Québec avait accepté 14,4 % de toutes les personnes arrivant au Canada pour rejoindre leur famille en 2018 et 10,6 % en 2019, mais ce taux passera à 9,6 % en 2021. Le déclin est de même amplitude du côté des réfugiés. La part québécoise était de 17,8 % en 2018 et de 13,6 % en 2019, mais ne sera plus que de 12,1 % en 2021.

L’accord entre Ottawa et Québec sur l’immigration commande que Québec accepte plus ou moins 20 % de tous les réfugiés venant au pays. Même si Québec est loin du compte, le gouvernement de Justin Trudeau accepte ses cibles, indique le bureau du ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino. « Le plan des niveaux d’immigration du gouvernement du Québec a été intégré au plan des niveaux d’immigration 2021 annoncé par le ministre Mendicino 30 octobre dernier. Nous collaborons avec le Québec afin de nous assurer de leur permettre de recevoir les immigrants nécessaires à la prospérité des entreprises », indique le porte-parole du ministre, Alexander Cohen.

Des craintes

Stephan Reichhold, qui dirige la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, trouve « très inquiétante » cette diminution. « Depuis deux ou trois ans, le Québec privilégie beaucoup plus l’immigration temporaire », note-t-il. Ces gens viennent travailler au Québec, mais attendront des années avant que leur statut soit régularisé, faute de place. Cela aura un impact sur leurs droits démocratiques et leur accès aux programmes sociaux ou encore les soins de santé.

Aussi M. Reichhold dit-il à ceux qui seraient tentés de se réjouir de cette diminution des seuils d’immigration que « c’est de la poudre aux yeux ». « Il y a autant de bodies sur le territoire québécois que lorsque les niveaux d’immigration étaient plus élevés. C’est ça que les gens ne comprennent pas. Ils sont déjà parmi nous. Ils vivent parmi nous. Ce sont nos voisins, ils sont là, ils participent, ils travaillent. […] Mais tout ça précarise beaucoup de personnes. »

La hausse des cibles d’immigration d’Ottawa a été généralement bien reçue par le milieu des affaires, qui y voit une solution à la pénurie de main-d’œuvre. Mais la population semble l’accepter avec moins d’enthousiasme. Un sondage Nanos Research Group effectué pour le compte de Bloomberg au début du mois indique que seulement 17 % des répondants pensent que le Canada devrait accueillir plus d’immigrants. 40 % ont dit qu’il faudrait plutôt maintenir les niveaux actuels d’immigration, tandis que 36 % des répondants ont dit qu’il faudrait abaisser les cibles.

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8 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 12 novembre 2020 07 h 52

    Est-ce qu'on se résigne

    à ne plus faire que 10 ou 15% de la population du Canada d'ici dix ans, à ne pas plus compter que le Nouveau-Breunswick?

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 novembre 2020 13 h 19

      Vous avez raison l'enjeu de l'immigration va bien au-delà d'une simple question de main-d’œuvre disponible. C'est une question de poids démographique dans cette mer Nord-américaine. L'immigration est un question vitale pour le Québec (souverain ou pas). Une nation en décroissance démographique n'a pas un avenir radieux. Il en va aussi des régions. Je suis d'accord pour que l'immigration soit favorisée en région. Une immigration concentrée en métropole est un risque énorme de fracture sociale. Ce que nous dit l'article « Les demandeurs d’asile, des cibles faciles à exploiter » nous sensibilise à ce à quoi sont soumis les travailleurs temporaires. Accueillir ainsi des immigrants ne peut être une solution. Les accueillir de façon permanente où ils savent qu'ils pourront se faire une vie raisonnable au Québec relève non seulement d'une volonté humaniste mais aussi de notre avenir. Pour cela il faut mettre les moyens requis pour que l'intégration se fasse. On a de beau succès dans les régions où l’accueil est bien supporté et le résultats est en conséquence.

    • Luc Bertrand - Abonné 12 novembre 2020 14 h 23

      Nous sommes déjà marginalisés et nous le serons toujours de plus en plus au Canada, monsieur Terreault. Nous n'avions pas le choix, car nous ne parvenons plus à intégrer et franciser les immigrants en tant que province dans le Canada. Il importe d'abord de refaire notre cohésion sociale en intégrant et francisant mieux les immigrants et réfugiés qui sont déjà ici, ce qui leur permettra de mieux contribuer à notre effort collectif en travaillant dans le même sens que la majorité francophone, plutôt que d'ajouter du poids au boulet anglophone et allophone de Montréal qui canadianise le Québec.

      D'ailleurs, que craint-on exactement de voir diminuer encore plus vite notre poids démographique - et politique - au sein du Canada? En étant libérés de l'illusion de faire partie du "pouvoir" en votant pour les partis fédéralistes aspirant à former un gouvernement, les Québécois verront plus clairement les avantages de devenir un pays. Et ce n'est pas en continuant à se réfugier dans le déni sur notre dissolution comme peuple original de langue et de culture françaises et de faire le jeu du Conseil du patronat que nous pourrons bâtir un pays qui nous ressemble et nous distingue du multiculturalisme apatride et unilingue anglais du Canada. On veut faire un pays pour être davantage maîtres chez nous, pour cesser de se faire dicter la volonté d'une majorité étrangère et d'un régime colonial vieux de 260 ans. Pas pour faire une copie de celui que nous voulons quitter!

      Luc Bertrand

  • Léonce Naud - Abonné 12 novembre 2020 09 h 02

    Un titre d'article qui vise à tromper le lecteur

    Le titre de l’article, tout comme le texte lui-même, vise à cacher une réalité qui déplaît aux maîtres du nouveau Devoir. Cette réalité, c’est que 83 % des Canadiens sont CONTRE une augmentation des flux d’immigration étrangère au pays.

  • François Beaulne - Abonné 12 novembre 2020 10 h 39

    Pour une politique d'immigration assumée, au diapason d'un Québec minoritaire résilient

    Le débat sur les seuils d'immigration adéquats pour le Québec s'enlise depuis plus d'une décennie. En voici quelques raisons: les mythes qui entourent sa contribution réelle à la croissance économique du Québec; les tabous qui freinent toute discussion objective sur son apport effectif à la pérennité de la spécificité linguistique et culturelle du Québec nourris par un manque de volonté politique des gouvernements <provinciaux> et des partis politiques de prioriser les enjeux collectifs; l'absence de contrôle du gouvernement du Québec sur plus de 50% des immigrants qui entrent au Québec (les réfugiés et les réunifications de familles) et, enfin, l'identification première des nouveaux immigrants aux institutions fédérales canadiennes qui contrôlent leur processus d'admission en territoire canadien, que ce soit par les premières formalités d'octroi de visas d'entrée, l'image multiculturaliste et bilingue du Canada qu'on leur projette ou les cérémonies d'assermentation de citoyenneté qui en font d'abord et avant tout des citoyens <canadiens> jurant fidélité à la reine d'Angleterre.

    Faute d'une politique d'immigration assumée qui place la pérennité de la nation québécoise comme société distincte en Amérique du Nord, une immigration inadaptée à cet objectif fondamental nous conduira inéluctablement à une minorisation et une marginalisation politique accrue au sein du Canada.
    Et c'est déjà commencé: la proportion des francophones au Canada, toutes origines confondues, se réduit d'environ 1% chaque dix ans. Faites le calcul.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 12 novembre 2020 12 h 12

    « l'immigration continue de diminuer … »



    … Tandis que la demande de livreurs de pizza ne cesse d'augmenter

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 12 novembre 2020 15 h 50

    Je pense que le manque de main d'oeuvre est bénéfique à court moyen terme, l'offre et la demande: les salaires augmentent, les conditions s'améliorent, l'employé à plus de choix et de poid car l'entreprise manque soudainement de kleenex jetable.

    Je reste convaincue que Trudeau derrière son image de sauveur, rempli plutôt la demande de cheaplabor des grandes entreprises avec sa fixation sur l'augmentation des quotas d'immigration.
    C'est une opportunité unique, comme en Suisse, de voir les salaires monter en flèche.