Les centres de détention de l’immigration se vident

Le premier ministre Justin Trudeau et des membres de son service de sécurité marchent en direction du Centre des conférences à Ottawa. M. Trudeau a laissé entendre, mardi, qu’il cherchait des solutions de remplacement à la détention en matière d’immigration.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau et des membres de son service de sécurité marchent en direction du Centre des conférences à Ottawa. M. Trudeau a laissé entendre, mardi, qu’il cherchait des solutions de remplacement à la détention en matière d’immigration.

Vidés de leurs détenus à cause de la pandémie de COVID-19, les centres de détention de l’immigration du Canada pourraient bien rester sous-utilisés pour de bon, laisse entendre le premier ministre Justin Trudeau.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) est désormais soucieuse de trouver des manières de libérer ses détenus à la première occasion possible, pressée par le risque de contamination au coronavirus. Des données publiées par Radio-Canada montrent qu’en date de mardi dernier, seules 12 personnes étaient détenues au centre de surveillance de Laval, sur une capacité de 109, alors qu’un tout nouveau centre de 121 places doit le remplacer l’an prochain. Les centres de Toronto et de Surrey, en Colombie-Britannique, étaient similairement vacants.

« L’ASFC s’assure que les volumes restent au minimum et que toutes les options de libération soient explorées dans les cas où le risque associé à une personne peut être géré dans la communauté », précise le cabinet du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Bill Blair. On précise que « la priorité absolue est toujours la sécurité de nos communautés, des personnes en détention et du personnel des centres de surveillance ».

Déjà prévu

Il se trouve que, bien avant l’apparition du virus au pays, les autorités avaient déjà cogité sur la manière de libérer les sans-papiers, les demandeurs d’asile, les immigrants en situation irrégulière ou les personnes autrement détenues pour des raisons d’immigration. Chaque année, ils sont plusieurs milliers à être mis derrière les barreaux, pour des durées très variables, et en écrasante majorité (85 %) par crainte qu’ils ne s’envolent dans la nature, sans pour autant représenter un danger. En 2017, un « cadre national en matière de détention liée à l’immigration » prévoyait notamment de remplacer la détention par l’utilisation de nouvelles technologies, comme un programme de surveillance électronique par GPS.

Quand on lui a demandé pourquoi on avait attendu ce moment pour mettre en œuvre des solutions de remplacement à la détention, le premier ministre Justin Trudeau a évoqué un contexte qui « donne une pause pour réfléchir à ce qu’on peut mieux faire dans le futur », laissant entendre que le gouvernement ne reviendra pas à ses anciennes pratiques. « Il y a bien des systèmes qu’on va examiner dans les mois et les années à venir pour voir si on peut les améliorer », a renchéri M. Trudeau, tout en assurant que la sécurité du public ne sera pas compromise.

Une évolution

L’avocat spécialisé en immigration Stéphane Handfield y voit un signe que les choses évoluent pour le mieux. « La détention en matière d’immigration était déjà l’exception. Ces gens-là ne sont pas tous des criminels ou des gens qui constituent un risque. Il faut comprendre que, même si ce n’est pas comparable aux États-Unis, le Canada détient aussi des familles et des enfants. » L’avocat ajoute que les juges pourraient accepter plus facilement l’offre d’une solution de remplacement raisonnable à la détention si, par exemple, le prévenu connaît un garant prêt à l’héberger.

Quant à dire si le tout nouveau centre de surveillance de l’immigration de Laval, qui doit ouvrir en 2021, est destiné à n’héberger qu’une poignée de détenus, Me Handfield croit qu’il y aura toujours des besoins de places en détention. « Mais c’est sûr qu’il n’hébergera peut-être pas autant de détenus que ce qui était initialement prévu. »

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