C'est Québec qui devrait s'excuser pour la crise d'Octobre, estime Gérard Deltell

Il y a cinquante ans, l’entrée en vigueur de la Loi sur les mesures de guerre a permis à l’armée canadienne d’aider les autorités policières à arrêter 500 citoyens québécois.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Il y a cinquante ans, l’entrée en vigueur de la Loi sur les mesures de guerre a permis à l’armée canadienne d’aider les autorités policières à arrêter 500 citoyens québécois.

Si la majorité des élus fédéraux refusent d’offrir leurs excuses aux victimes des rafles policières de la crise d’Octobre, c’est parce qu’ils estiment que la Loi sur les mesures de guerre n’a été promulguée qu’à la demande du gouvernement du Québec. Libéraux et conservateurs ont rejeté la demande d’excuses officielles des bloquistes. Le conservateur Gérard Deltell a plutôt argué qu’il revenait au Québec de présenter ces excuses.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a profité d’une journée d’opposition de son parti jeudi pour inviter la Chambre des communes à sommer le gouvernement canadien de s’excuser d’avoir décrété cinquante ans plus tôt l’entrée en vigueur de la Loi sur les mesures de guerre, ce qui a permis à l’armée canadienne d’aider les autorités policières à arrêter 500 citoyens québécois.

« Le gouvernement fédéral, ce même gouvernement qui se proclame contre la violence et l’extrémisme à travers le monde, doit faire montre de compassion à l’égard des 497 citoyens québécois ainsi qu’à leurs familles qui ont vécu des moments de terreur et qui ont dû vivre avec les séquelles de ces agressions. C’était inadmissible il y a 50 ans et ça l’est toujours aujourd’hui. Ottawa doit s’excuser », a scandé M. Blanchet.

Les députés du gouvernement libéral et du Parti conservateur ont cependant tour à tour rejeté cette demande, en accusant le Bloc d’oublier le contexte de l’époque.

À Québec de s’excuser

Libéraux et conservateurs ont martelé qu’outre ces arrestations de citoyens, il fallait aussi se souvenir de l’ancien vice-premier ministre québécois Pierre Laporte enlevé par le Front de libération du Québec et mort en leurs mains, ainsi que de la dizaine d’autres victimes « d’actes terroristes » commis par des felquistes. Et les deux partis fédéralistes ont insisté que le gouvernement fédéral n’a promulgué la Loi sur les mesures de guerre qu’à la demande écrite du premier ministre québécois de l’époque Robert Bourassa.

« C’est le gouvernement du Québec qui a fait la demande de l’armée au fédéral », a insisté le conservateur Gérard Deltell, lors du débat en Chambre sur la motion bloquiste. « C’est le gouvernement du Québec qui a reconnu sa responsabilité, en donnant une compensation aux victimes », a-t-il renchéri. « Et c’est la Sûreté du Québec qui a mené les opérations policières », a-t-il tranché, en parlant plus tôt de « dérive policière ».

Les conservateurs estiment donc que « le gouvernement fédéral ne doit pas présenter des excuses. […] Quand vient le temps de reconnaître la responsabilité pour présenter des excuses, nous estimons que dans ce cas précis la responsabilité appartient au gouvernement provincial puisque c’est lui qui l’a demandé », a conclu M. Deltell.

Le leader en Chambre du gouvernement libéral, Pablo Rodriguez, n’a pas été aussi loin. Tout au plus a-t-il accusé le Bloc québécois de présenter « une vision tronquée de l’histoire et de l’ensemble des événements […] en occultant une grande partie des faits et de notre histoire ».

Les bureaux de M. Rodriguez et du premier ministre Justin Trudeau ont refusé d’indiquer s’ils jugent eux aussi que le gouvernement du Québec devrait présenter les excuses réclamées.

M. Trudeau avait cependant lui aussi noté début octobre, lorsque les demandes en ce sens ont commencé à être formulées, que le fédéral n’était pas seul responsable de ce moment de l’histoire. « Le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec et le gouvernement municipal ont tous eu leur rôle à jouer pendant les événements de la crise d’Octobre », avait-il affirmé.

Le premier ministre québécois François Legault a réclamé des excuses du gouvernement fédéral, comme le Bloc québécois, le Parti québécois et Québec solidaire. M. Legault n’a cependant pas réagi à l’invitation du Parti conservateur fédéral de le faire plutôt de son côté.

Ottawa aurait pu refuser

La motion bloquiste a en revanche profité de l’appui des néodémocrates. Le député Alexandre Boulerice a répliqué aux libéraux et aux conservateurs que le premier ministre canadien de l’époque, Pierre Elliott Trudeau, aurait pu refuser la demande du Québec afin de protéger les libertés qu’il a plus tard enchâssées dans sa Charte des droits et libertés.

« Il y a eu des bavures policières, il y a eu des excès. Mais ces excès et ces bavures policières, ces rafles n’auraient pas été possibles sans la suspension des libertés fondamentales et l’imposition de la Loi sur les mesures de guerre », a-t-il argué.

Le Parti vert n’a pas précisé sa position. La motion bloquiste devrait faire l’objet d’un vote lundi.