Le fédéral va refuser de s’excuser officiellement pour la crise d’Octobre

«Nous méritons des excuses. Nous demandons des excuses. Et nous allons le faire de façon très élaborée [jeudi]», a martelé le chef bloquiste Yves-François Blanchet.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Nous méritons des excuses. Nous demandons des excuses. Et nous allons le faire de façon très élaborée [jeudi]», a martelé le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Le Bloc québécois réclamera jeudi que les Communes exigent officiellement des excuses de la part du gouvernement canadien pour l’arrestation de centaines de Québécois pendant la crise d’Octobre. La requête semble toutefois vouée à l’échec, puisque déjà les libéraux et les conservateurs préviennent qu’ils s’y opposeront. Nonobstant, le Bloc ira de l’avant, estimant que les deux partis politiques paieront le prix de cette décision aux prochaines élections.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet avait promis, début octobre, de revenir à la charge « tous les jours » du mois pour réclamer des excuses fédérales au premier ministre Justin Trudeau. Le chef du gouvernement québécois François Legault avait lui aussi dit juger « qu’il devrait y avoir des excuses ».

L’offensive du Bloc arrivera finalement à deux jours de la fin du mois. Le parti indépendantiste profitera d’une journée d’opposition jeudi pour présenter une motion demandant « que la Chambre réclame des excuses officielles du premier ministre au nom du gouvernement du Canada pour la promulgation, le 16 octobre 1970, de la Loi sur les mesures de guerre et le recours à l’armée contre la population civile du Québec afin d’arrêter de façon arbitraire, d’incarcérer sans accusation et d’intimider près de 500 Québécoises et Québécois innocents ».

« Nous méritons des excuses. Nous demandons des excuses », a martelé M. Blanchet mercredi.

Justin Trudeau avait cependant déjà prévenu, lorsque les demandes en ce sens ont commencé à être formulées au début du mois marquant les 50 ans de la crise d’Octobre, qu’il n’avait pas l’intention d’offrir de telles excuses au nom du gouvernement canadien.

Le premier ministre a réitéré, aux Communes jeudi, qu’il se souvenait surtout de l’ancien ministre québécois Pierre Laporte « enlevé et assassiné par une cellule terroriste » du Front de libération du Québec. « C’est ça, les événements de la crise d’Octobre dont nous devons nous souvenir. » M. Trudeau a en outre rappelé que le gouvernement du Québec et celui de Montréal avaient « demandé au fédéral d’envoyer des Forces armées pour assurer l’ordre au Québec », se trompant au passage sur la position de René Lévesque dans le débat de l’époque et plaidant, à tort, qu’il était alors chef de l’opposition à Québec.

« Il y a encore bien des débats politiques qui continuent », a rétorqué M. Trudeau aux demandes du Bloc québécois. « Nous, de ce côté de la Chambre, nous allons continuer de nous préoccuper des Québécois. »

Le Parti conservateur loge à la même enseigne que les libéraux et compte voter contre la motion bloquiste lui aussi. Le député Gérard Deltell a rappelé à son tour que, pour les conservateurs, « la crise d’Octobre c’est d’abord et avant tout l’assassinat politique par des terroristes de Pierre Laporte ». M. Deltell a fait valoir qu’il y avait « plein de nuances à apporter dans ce débat », nuances qu’il compte présenter lors du débat en Chambre jeudi.

Son collègue Pierre Paul-Hus a accusé le Bloc québécois de vouloir « faire de la politique avec ça, alors que c’est beaucoup plus complexe ».

Une accusation rejetée par le chef Blanchet. « Je m’offusque qu’on pense qu’il s’agisse d’une démarche partisane. J’ai la prétention qu’il s’agit d’une démarche nationale. J’ai la prétention qu’en telle matière nous portons une voix largement consensuelle [au Québec] ».

L’Assemblée nationale a tenté d’adopter une motion unanime le 1er octobre pour réclamer des excuses du fédéral, mais le Parti libéral du Québec s’y était opposé.

Le Bloc n’oubliera pas

Le Nouveau Parti démocratique pourrait donc être le seul parti aux Communes à soutenir l’initiative bloquiste. Le chef Jagmeet Singh s’était en effet dit d’avis, il y a trois semaines, que le fédéral devrait s’excuser du fait que plusieurs aient « été arrêtés sans aucune preuve ». Ce qu’il avait qualifié d’« injustice ».

M. Blanchet a promis que ses troupes tenteront de s’assurer « que l’entièreté des Québécois soit bien au courant » du refus des libéraux fédéraux et des conservateurs de faire pareil.

Si les troupes de Justin Trudeau s’opposent à sa motion, le chef du Bloc compte en conclure que « le gouvernement canadien, le Parti libéral en particulier, Justin Trudeau en très particulier n’ont pas le respect requis pour avoir une relation acceptable avec la nation québécoise ». Quant au Parti conservateur, M. Blanchet rappelle que son propre chef de l’époque Robert Stanfield avait regretté avoir appuyé la Loi sur les mesures de guerre — qui a permis l’arrestation de 500 Québécois souvent pour la seule raison qu’ils avaient des penchants souverainistes ou communistes. « Le Parti conservateur, qui a toutes les raisons d’être d’accord en vertu de sa propre histoire et de son propre chef de l’époque, devrait être d’accord avec la motion. »

Dans les deux cas, M. Blanchet estime que le Québec « va porter son propre jugement. Et le jugement des électeurs, ça s’exprime lors des élections ».

Le Parti vert n’a pas précisé sa position sur la motion bloquiste, mercredi. Le vote devrait se tenir lundi.

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