Les libéraux devront se méfier de leurs adversaires, observent les sondeurs

Les sièges laissés vacants par l’ancien ministre libéral Bill Morneau et son ex-collègue Michael Levitt resteront dans le giron libéral de Justin Trudeau. 
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les sièges laissés vacants par l’ancien ministre libéral Bill Morneau et son ex-collègue Michael Levitt resteront dans le giron libéral de Justin Trudeau. 

Les libéraux de Justin Trudeau ont conservé deux de leurs circonscriptions de la région de Toronto, à l’issue d’élections partielles lundi soir, mais de justesse. Certains estiment que le Parti libéral doit y voir un sérieux avertissement que ses appuis ne sont plus acquis et que ses adversaires sont prêts à jouer dur pour les déloger. D’autres nuancent cependant que ces scrutins isolés ne permettent pas nécessairement d’y voir un présage pour la suite.

Les sièges laissés vacants par l’ancien ministre libéral Bill Morneau et son ex-collègue Michael Levitt resteront dans le giron libéral. Les candidates du parti Marci Ien et Ya’ara Saks ont remporté les élections partielles déclenchées à la suite de ces démissions.

Dans le premier cas, dans Toronto-Centre, le Parti vert a toutefois causé la surprise puisque sa nouvelle cheffe Annamie Paul est arrivée deuxième avec 33 % des voix, derrière Mme Ien avec 42 %. Du côté de York-Centre, Mme Saks a dû attendre la fin de la soirée pour crier victoire car le candidat conservateur Julius Tiangson s’est faufilé en première place à quelques reprises au fil du décompte des votes. Mme Saks a été élue avec 45,7 % des voix, contre 41,8 % pour le conservateur Tiangson.

Le premier ministre Trudeau n’a pas voulu analyser ces résultats plus serrés qu’espéré. Le Parti libéral a perdu 4,5 points de pourcentage dans York-Centre et 15,4 points dans Toronto-Centre. « Des élections partielles, c’est toujours particulier. En période de pandémie, c’est encore plus particulier », s’est contenté de réagir M. Trudeau mardi.

Le chef conservateur Erin O’Toole a cependant plaidé, sur Twitter, que « ces résultats dans deux des sièges libéraux les plus sûrs du pays montrent que les Canadiens perdent confiance en Justin Trudeau ». La circonscription de Toronto-Centre était libérale depuis 27 ans, mais celle de York-Centre est passée entre les mains des conservateurs brièvement en 2011 lors de l’élection qui a permis au parti de remporter un gouvernement majoritaire.

Un avertissement ou un vote isolé ?

Le sondeur Nik Nanos croit que les élections partielles de lundi démontrent que les électeurs du Parti conservateur et du Parti vert « sont enthousiastes à l’idée de soutenir leur propre parti et de faire la lutte aux Libéraux ». Et les libéraux, qui étaient tentés d’aller en élections plus tôt que tard, devraient en prendre acte selon le fondateur de la firme Nanos Research. « Ce que l’on comprend de ces élections partielles, c’est que si l’élection porte sur les libéraux et sur Justin Trudeau, s’il s’agit d’un référendum à leur endroit, ils seront peut-être en difficulté. Parce que les partisans des autres partis sont très motivés. »

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a fait valoir qu’une « élection partielle c’est toujours compliqué en termes de participation ». Seul 31 % des électeurs inscrits ont voté dans Toronto-Centre et 25,6 % de ceux dans York-Centre.

M. Nanos prévient qu’il ne faut pas pour autant en ignorer les résultats. À son avis, les libéraux ne sont pas sortis voter en grand nombre car le sort du gouvernement minoritaire n’était pas en jeu mais aussi parce que ces électeurs sont un peu démotivés par l’affaire WE Charity (UNIS en français).

Shachi Kurl, de la maison de sondage Angus Reid, ne fait pas la même lecture des scrutins de lundi soir. « Les élections partielles sont déjà l’une des pires façons de quantifier des tendances politiques à long terme », observe-t-elle. « Je ne tirerais pas trop de conclusions de celles-ci. Non seulement les élections partielles suscitent-elles généralement de faibles taux de participation, mais il s’agit cette fois-ci de partielles en pleine pandémie. »

Un sondage Léger mené pour La Presse canadienne révélait mardi que la majorité des Canadiens ne veulent pas d’élections générales en ce moment. Ainsi, 25 % des répondants ont dit souhaiter des élections au printemps prochain, 18 % à l’automne 2021, 10 % en 2022 et pas moins de 47 % ont dit préférer attendre que les libéraux terminent leur mandat dans trois ans.

Mme Kurl note toutefois, comme M. Nanos, que les conservateurs ont démontré dans York-Centre qu’ils « sont prêts à jouer dur et qu’ils peuvent être dangereux en Ontario, dans des régions urbaines comme la grande région de Toronto ».

Pour ce qui est des résultats de la cheffe des Verts Annamie Paul, qui a plus que quadruplé ses appuis dans Toronto-Centre, Shachi Kurl juge qu’elle s’est peut-être mérité le vote de néodémocrates ou de conservateurs qui voulaient surtout faire perdre un siège aux libéraux.

Chacun crie victoire

Mme Paul a préféré y voir la preuve que le Parti vert peut être compétitif. D’autant plus que les libéraux ont mis le paquet dans cette circonscription château fort et que le NPD y a aussi profité de l’aide de ses collègues ontariens qui détiennent la circonscription provinciale équivalente. « Ces résultats ont démontré que nous sommes capables, sans aucune faveur de la part des autres partis, d’obtenir un très bon résultat », s’est réjouie Mme Paul. « Il devient de plus en plus clair que nous sommes l’option progressiste, surtout en ce moment où le NPD se comporte comme un partenaire junior du gouvernement minoritaire du Parti libéral », a-t-elle raillé.

Un reproche qu’a rejeté le chef néodémocrate Jagmeet Singh. Bien que son parti ait perdu des plumes dans les deux circonscriptions, il a choisi de souligner que ce sont les libéraux qui ont perdu des appuis.

Maxime Bernier était lui aussi de la course, dans York-Centre, en tant que chef de son Parti populaire du Canada. Il n’a récolté que 642 votes. « Maxime Bernier devient de plus en plus une sorte de note de bas de page politique », a statué M. Nanos.