Legault se défend d'avoir boudé l'aide d'Ottawa pour la recherche de contacts

François Legault, son ministre de la Santé, Christian Dubé, et les directions de santé publique déplorent depuis des semaines que les équipes épidémiologiques peinent à retrouver tous les contacts de nouveaux cas de COVID-19 de la deuxième vague.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault, son ministre de la Santé, Christian Dubé, et les directions de santé publique déplorent depuis des semaines que les équipes épidémiologiques peinent à retrouver tous les contacts de nouveaux cas de COVID-19 de la deuxième vague.

François Legault se défend d’avoir boudé l’aide offerte par Ottawa pour prévenir les personnes qui ont été en contact avec des malades du coronavirus. Son ministre de la Santé plaide qu’il a fallu du temps avant de s’entendre avec Ottawa pour avoir recours à ses téléphonistes. Mais du côté fédéral, on rétorque que l’offre d’aide a été ignorée jusqu’à la fin septembre.

Le Devoir révélait jeudi que le gouvernement québécois ne s’est prévalu que d’une infime part des téléphonistes de Statistique Canada mis à sa disposition cet été par le gouvernement de Justin Trudeau pour aider à la recherche de contacts dans la province. L’agence fédérale fait présentement 14 000 appels de recherche de contacts par jour dans trois provinces, dont seulement 1000 appels au Québec.

« Toute la main-d’œuvre qu’on peut aller chercher pour le traçage, incluant au fédéral, on va aller la chercher », a assuré M. Legault. « On a déjà des personnes du fédéral [mobilisées] puis, s’ils en ont plus de disponibles, on va les prendre. »

Son gouvernement n’a cependant pas su expliquer pour quelle raison cette aide n’a pas encore été davantage retenue. M. Legault, son ministre de la Santé Christian Dubé et les directions de santé publique déplorent depuis des semaines que les équipes épidémiologiques peinent à retrouver tous les contacts de nouveaux cas de COVID-19 de la deuxième vague.

« Je vais être franc avec vous, je trouve que ça a été très long de s’entendre avec le fédéral », a fait valoir le ministre Dubé. « Je ne sais pas exactement ce qui est arrivé. »

Aide ignorée

À Ottawa, on réplique que le retard « ne vient pas de chez nous ». Statistique Canada a au contraire soumis une offre d’entente le 12 juin, mais Québec n’y a répondu que le 21 septembre, selon une source fédérale. Les deux gouvernements ont signé le 23 septembre — soit deux jours après que le Québec a déclaré être en deuxième vague.

La ministre fédérale du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, a sommé le gouvernement québécois d’accepter dès maintenant davantage d’aide fédérale. « Il y a des options sur la table, des ressources qui sont offertes. Et il est important de pouvoir les utiliser, parce qu’encore aujourd’hui il y a 1078 [nouveaux] cas [au Québec] », a-t-elle argué. « Que ce soit un fonctionnaire de Québec ou d’Ottawa qui appelle une personne pour dire qu’elle a été en contact avec un cas de COVID-19, ça importe peu. »

À Québec, on répète qu’il « est faux » de laisser entendre qu’on refuse l’aide juste parce qu’elle est fédérale. Une centaine d’agents de Statistique Canada sont mobilisés pour le moment et d’autres s’ajouteront prochainement. Le gouvernement a en outre lancé un appel aux bénévoles via la plateforme Je Contribue et tente de dénicher des renforts au sein de divers ordres professionnels. Une fois les réponses à ces appels reçues, le ministère de la Santé déterminera s’il demande plus d’aide à Ottawa.

Statistique Canada offre aux provinces de faire jusqu’à 20 000 appels de recherche de contacts par jour dans leurs juridictions, et même plus si la demande était plus grande.

 

Je Contribue sera revu

Le ministre Dubé a par ailleurs reconnu que la plateforme Je Contribue n’a pas permis de recruter des renforts assez rapidement. Quelque 10 000 Québécois y ont soumis leur nom, depuis deux semaines, mais seulement 500 d’entre eux ont été contactés.

Le ministre a expliqué que le système filtrait les offres d’aide par proximité aux CIUSSS en manque de main-d’œuvre, plutôt que de jumeler des gens aux compétences recherchées avec les centres qui en ont le plus besoin. Le premier tri de ces candidatures sera donc transféré au ministère de la Santé. « Parce qu’en ce moment, ce n’est pas encore assez efficace et j’ai peur qu’on perde des bonnes personnes », a affirmé le ministre.

D’anciens professionnels de la santé ont justement rapporté au Devoir avoir tenté d’offrir leur aide, en vain.

Une ancienne infirmière s’est inscrite au site Je Contribue il y a deux semaines, avant d’être invitée par le CIUSSS de la Capitale-Nationale à remplir un formulaire d’offre de services où elle a précisé avoir de l’expérience en enquête. Le document dûment rempli a été retourné le 25 septembre. Malgré un accusé de réception, cette personne demeure sans nouvelle du CIUSSS. Un courriel de relance est également resté sans réponse.

Une médecin retraitée a quant à elle déploré avoir contacté par courriel la direction de la santé publique de Montréal il y a dix jours, en proposant ses services à temps partiel. Elle non plus n’a toujours pas de nouvelle.

Avec Isabelle Porter
  

À voir en vidéo