Pas de faveur du NPD pour la nouvelle cheffe du Parti vert

La nouvelle cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a été élue samedi soir.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La nouvelle cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, a été élue samedi soir.

La nouvelle cheffe du Parti vert du Canada, Annamie Paul, n’en fait pas une demande formelle, mais elle caresse l’espoir que, par courtoisie, le NPD ne lui opposera pas de candidat lorsqu’elle tentera, dans trois semaines, de se faire élire à la Chambre des communes. Après tout, sa formation avait fait cette fleur à Jagmeet Singh l’an dernier.

« Le NPD n’a pas pour tradition d’être généreux envers notre parti, c’est à eux de décider. Mais je veux juste noter que, lorsque Jagmeet Singh se cherchait un siège au Parlement, nous nous sommes tassés », souligne Mme Paul au cours d’une entrevue téléphonique avec Le Devoir.

Annamie Paul tente de se faire élire à l’élection partielle du 26 octobre dans Toronto Centre, élection rendue nécessaire par le départ de l’ex-ministre des Finances, Bill Morneau. Ses chances électorales y sont cependant minces : lorsqu’elle s’y est présentée à l’élection générale l’automne dernier, Mme Paul était arrivée quatrième avec à peine7 % du vote exprimé. Un retrait du NPD améliorerait probablement son score : le NPD était arrivé second avec 22 % du vote, quoique bien loin derrière les libéraux à 57 %. Le Parti libéral a déjà aussi désigné son candidat.

Le NPD a indiqué au Devoir qu’il avait déjà désigné son candidat, Brian Chang, et qu’il ne le retirerait pas de la partielle. En février 2019, le Parti vert n’avait présenté aucun candidat dans Burnaby-Sud contre le chef Singh, mais le vote vert y avait été insignifiant à la précédente élection (2,8 %). Le NPD rétorque qu’il n’avait rien demandé.

Lorsque Jagmeet Singh se cherchait un siège au Parlement, nous nous sommes tassés

 

Victoire historique

Annamie Paul a été choisie samedi soir pour prendre le relais d’Elizabeth May à la tête du Parti vert du Canada. Elle a été élue par les militants au 8e tour d’un scrutin préférentiel qui mettait huit candidats en concurrence. Avocate spécialisée en droit international, Mme Paul marquera l’histoire puisque, en tant que noire et juive, elle est la première femme racisée à diriger un parti politique fédéral au Canada.

Elle s’est d’ailleurs présentée comme une « descendante d’esclaves » en ouverture de son discours de victoire samedi soir. « Le colonialisme m’a volé mon identité originelle. Je suis une alliée prête à soutenir et à suivre les dirigeants autochtones dans leurs appels à l’action et leur quête d’autodétermination. »

Mme Paul est bilingue. Elle raconte au Devoir que c’est grâce à sa mère — et au divan de sa grand-mère ! — qu’elle a pu apprendre le français. Enseignante, sa mère l’avait inscrite à la seule classe d’immersion française qui existait alors à Toronto. Comme la famille habitait en banlieue, les trajets étaient très longs, et il était souvent plus pratique de rester en ville chez sa grand-mère. « Il y a beaucoup de jours où on ratait le dernier bus, ou on avait des activités. Alors, on était six dans l’appartement d’à peu près 50 mètres carrés », relate la nouvelle cheffe. « Moi, ma sœur et ma mère, on couchait sur un sofa pliant et mon frère couchait sur un autre sofa simple. »

Membres divisés

La course à la chefferie du Parti vert est passée largement inaperçue, pandémie oblige. Mais le résultat de samedi a permis de constater que son membrariat est divisé d’un point de vue idéologique. Annamie Paul a fait campagne plutôt au centre, mais le candidat arrivé à la deuxième place après lui avoir livré une chaude lutte, le Montréalais Dimitri Lascaris, se présentait comme un « écosocialiste » désireux de camper le parti radicalement à gauche.

Le parti est-il déchiré ? Mme Paul ne le pense pas. Elle voit là une force du mouvement vert. « C’est une très bonne chose pour la démocratie s’il y a des tensions entre les différentes voix [dans le parti], dit-elle en entrevue. C’est un peu plus compliqué, mais c’est clair que ça produit de meilleures politiques au final. »

Samedi, Mme Paul a indiqué qu’elle aurait deux priorités : s’attaquer aux changements climatiques et réparer le filet social qu’elle estime être « incomplet et fragile ». Elle a fait remarquer à ceux qui voudraient un Parti vert plus progressiste que le programme de 2019 l’était déjà, en proposant un revenu minimum garanti, une d’assurance médicaments, l’éducation postsecondaire pour tous et la décriminalisation de toutes les drogues.

Bien que discrète, la course au Parti vert n’a pas pour autant été exempte de controverses. Celle qui a fait le plus grand bruit a été la décision d’Elizabeth May de participer à cinq événements de financement d’Annamie Paul malgré sa promesse de demeurer neutre dans la course. Mme May a prétexté qu’il fallait aider les candidatures issues de la diversité.

Mme Paul a terminé en tête du palmarès financier en récoltant 186 326 $. L’implication de Mme May, qui a dirigé la formation pendant 13 ans et s’est attiré des sympathies de partout, peut-elle avoir favorisé son élection ? Annamie Paul ne le pense pas.

« Seulement une fraction de nos fonds sont liés aux événements avec Mme May. C’est un peu frustrant pour mon équipe de bénévoles qui a travaillé très fort pendant des mois à lever ces fonds de voir tout ça réduit à ces cinq événements. »

 

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