Annamie Paul remplacera Elizabeth May à la tête du Parti vert du Canada

Annamie Paul succède à Elizabeth May à la tête du parti.
Photo: Cole Burston Archives La Presse canadienne Annamie Paul succède à Elizabeth May à la tête du parti.

Les militants du Parti vert ont placé leur foi en Annamie Paul pour prendre le relais d’Elizabeth May et propulser plus avant encore leur formation sur la scène politique fédérale. Au terme d’une course à la chefferie passée largement inaperçue, c’est donc la championne du financement — et la favorite présumée de Mme May — qui a ravi le titre.

Annamie Paul, une avocate spécialisée en droit international, a été élue samedi soir au 8e tour d’un scrutin préférentiel qui mettait huit candidats en compétition. Ce sont 34 679 membres du parti qui avaient le droit de vote et 68 % s’en sont prévalus. Mme Paul a obtenu 12 090 votes au dernier tour, où elle n’affrontait plus qu’un seul autre adversaire, le montréalais Dimitri Lascaris. Les deux candidats s’étaient échangé la première place au cours des sept tours précédents.

Le fait que ces deux candidats, radicalement opposés sur le spectre idéologique, se soient retrouvés en tête démontre que les rangs du Parti vert sont divisés. Mme Paul a fait campagne comme une candidate plutôt centriste alors que M. Lascaris se présentait comme un « écosocialiste » désireux de pousser le parti encore plus à gauche.

Plusieurs analystes avaient vu en David Merner, un ex-libéral fédéral ayant viré au vert après l’achat par Justin Trudeau du pipeline Trans Mountain, le meneur de la course, mais il est arrivé en cinquième position. L’ancien maire de Winnipeg, Glen Murray, a quant à lui terminé quatrième.

Mme Paul marquera l’histoire puisque cette torontoise noire et juive, qui se présente comme une « descendante d’esclave », est la première femme racisée à diriger un parti politique fédéral au Canada. Elle est bilingue.

« Le colonialisme m’a volé mon identité originelle », a-t-elle d’ailleurs déclaré en ouverture de son discours de victoire. « Je suis une alliée prête à soutenir et suivre les dirigeants autochtones dans leurs appels à l’action et leur quête d’autodétermination. »

Annamie Paul a indiqué qu’elle aurait deux priorités : s’attaquer aux changements climatiques et réparer le filet social, qu’elle estime être « incomplet et fragile ». Elle a tendu la main aux écosocialistes, en disant que tout le monde était bienvenu au Parti vert. Mais elle a rappelé que le programme du parti à l’élection de 2019 était déjà très progressiste, en proposant un revenu minimum garanti, un programme d’assurance-médicaments, l’éducation post-secondaire pour tous et la décriminalisation de toutes les drogues.

Mme Paul avait devancé tous ses rivaux en matière de financement, récoltant 186 326 $ pendant la course. Elle a à ce chapitre bénéficié de l’aide d’Elizabeth May. Au motif qu’il fallait favoriser les candidatures issues de la diversité culturelle, la cheffe sortante a en effet participé à plusieurs activités de financement de l’avocate torontoise. Cela lui a valu des remontrances de certains camps adverses puisque Mme May était supposée demeurer neutre dans la course.

Elizabeth May quitte

Annamie Paul prend donc la relève d’Elizabeth May, qui avait annoncé son départ en novembre 2019, quelques jours seulement après le dernier scrutin fédéral. Cette dernière était à la tête du Parti vert depuis 2006. Elle a présidé aux destinées de la formation pendant quatre élections fédérales générales. Déjà après celle de 2015, Mme May avait songé à quitter son poste, mais comme elle était encore la seule élue du Parti vert et qu’aucun remplaçant potentiel ne l’avait séduite, elle avait décidé de rester pour un dernier affrontement. Elle a dit cet automne qu’elle pouvait désormais partir l’esprit en paix puisque le parti a fait élire trois députés (dont elle-même) et obtenu 6,5 % du vote, soit presque le double des 3,4 % obtenus en 2015 (mais moins que les 6,8 % obtenus en 2008, le meilleur score historique de la formation).

Un hommage vidéo lui a été rendu samedi soir, hommage dans lequel les anciens premiers ministres Brian Mulroney et Paul Martin, ainsi que l’ex-ministre libérale Jody-Wilson Raybould, ont pris la parole. Il est très rare que des politiciens d’une autre formation remercient ainsi une ex-rivale. Le libéral Paul Martin a dit qu’il était « très fier de dire qu’Elizabeth May est [s]on amie » tandis que le progressiste-conservateur Brian Mulroney a raconté comment Mme May, alors sa conseillère, avait contribué à plusieurs des initiatives environnementales mises en place par son gouvernement.

Annamie Paul ne détient pas de siège à la Chambre des communes, tout comme tous ses rivaux dans la course à la chefferie. Elle tentera toutefois de se faire élire à l’élection partielle dans Toronto Centre dans trois semaines, élection tenue pour remplacer l’ex-ministre des Finances, Bill Morneau. Ses chances électorales y sont toutefois minces : le Parti vert est arrivé quatrième dans cette circonscription en 2019 avec à peine 7 % du vote exprimé.

Controverses

La course à la chefferie du Parti vert se sera déroulée très discrètement, pandémie oblige. Le parti a d’ailleurs dû annuler le congrès de Charlottetown où devaient initialement être dévoilés les résultats, congrès qui s’annonçait comme le « plus grand rassemblement en personne de l’histoire » du Parti vert du Canada, selon la cheffe par intérim, Jo-Ann Roberts.

La course n’a pas pour autant été exempte d’anicroches : la candidate montréalaise Meryam Haddad a été expulsée, puis réintégrée, pour avoir donné son appui au nouveau Parti écosocialiste de Colombie-Britannique plutôt qu’au Parti vert provincial ; le candidat montréalais Dylan Perceval-Maxwell a été expulsé pour avoir proposé lors d’un débat que les policiers devraient donner 20 $ à chaque personne racisée qu’ils arrêtent, afin de les inciter à en arrêter moins ; et le parti a omis de transférer 35 dons totalisant presque 10 000 $ reçus pour le candidat Glen Murray.

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