Course à la direction des Verts: la chef intérimaire souhaite un vainqueur clair

La cheffe intérimaire du Parti vert du Canada, Jo-Ann Roberts
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La cheffe intérimaire du Parti vert du Canada, Jo-Ann Roberts

La cheffe intérimaire du Parti vert du Canada, Jo-Ann Roberts, espère qu’un vainqueur clair se dégagera du vote, samedi, pour apaiser les craintes entourant la légitimité de la course à la direction du parti.

La course de huit mois pour succéder à Elizabeth May se conclura ce week-end à Ottawa, après avoir été assombrie par les événements des deux dernières semaines.

L’avocate montréalaise spécialisée en immigration Meryam Haddad a été temporairement mise à l’écart et l’ancien maire de Winnipeg, Glen Murray, a découvert que le parti n’avait pas transféré tous les dons destinés à sa campagne.

Jo-Ann Roberts admet être préoccupée par de récents rebondissements, mais ne croit pas que l’investiture du prochain chef s’en verra amoindrie.

La formation a fait de son mieux pour gérer ces ennuis, soutient Mme Roberts, qui ne cache toutefois pas sa déception face à ces complications.

« Je suis la première à l’admettre, dit-elle. Je pense que lorsque les gens entendront les résultats, ce sera génial d’avoir choisi un nouveau chef. J’espère que ce sera un choix évident en fin de compte. »

L’unité constitue possiblement l’un des plus gros défis auxquels le parti est confronté, car les huit aspirants-chefs ne se sont pas tous engagés à se ranger derrière l’éventuel vainqueur.

Glen Murray, qui a déjà servi comme ministre libéral en Ontario et qui cherche à revenir en politique pour prôner des mesures environnementales plus audacieuses, compte parmi les potentiels dissidents. Il a déjà affirmé qu’il ne se présenterait peut-être pas aux élections si Dimitri Lascaris, un avocat montréalais spécialisé en actions collectives, l’emportait. « Je resterais impliqué dans le parti, mais je ne suis pas sûr que je serais prêt à être candidat dans ces circonstances », a-t-il indiqué.

Elizabeth May, dont les différends avec M. Lascaris n’avaient rien de secret ces dernières années, ne se dit pas prête à soutenir son successeur, quel qu’il soit. Questionnée à ce sujet, elle a répondu : « J’en doute. »

Cela serait sans grande importance, a-t-elle toutefois ajouté, car le chef n’aura pas beaucoup d’influence sur l’orientation du parti et ne serait pas son « patron ». Mme May conservera pour l’instant ses fonctions de leader parlementaire puisqu’aucun des candidats ne siège à la Chambre des communes.

M. Lascaris déplore que le parti soit devenu trop centriste et ait intégré le courant dominant sous Mme May. Il y a quatre ans, cette dernière l’avait démis de ses fonctions de porte-parole vert en matière de justice en raison de son soutien au mouvement de boycottage, de désinvestissement et de sanctions contre Israël, jugé antisémite.

En 2018, le premier ministre Justin Trudeau avait accusé M. Lascaris de « salissage ignoble et antisémite » lorsqu’il avait accusé deux députés libéraux juifs d’être fidèles à l’État israélien d’« apartheid ».

C’est une étiquette que M. Lascaris rejette. Il maintient que sa critique du traitement réservé aux Palestiniens par Israël est légitime.

Il est d’ailleurs considéré comme l’un des meneurs de la course, avec Annamie Paul. Les deux ont connu le plus de succès dans leur campagne de financement, tant sur le plan des sommes amassées que du nombre de donateurs.

Mme Paul, une femme noire et juive, mère de deux enfants, qui a déjà travaillé à la Cour pénale internationale, veut injecter de la diversité — qui fait selon elle cruellement défaut — au sein du parti. Elle rapporte avoir été la cible de beaucoup de haine tout au long de la campagne, en particulier par le biais de commentaires antisémites sur les réseaux sociaux.

Bien que Mme May n’ait pas officiellement donné son appui à Mme Paul, elle l’a aidée à lever des fonds, ce qui lui a valu des critiques puisqu’on lui avait demandé de rester neutre.

Unir les différentes factions du parti ne s’annonce pas aisé, reconnaît Mme Roberts. Elle croit toutefois que le parti donnera une chance au coureur.