Conjoints et étudiants étrangers pourront entrer au Canada

Ottawa élargira les permissions d’entrée au Canada d’ici quelques semaines.
Photo: Rob Gurdebeke La Presse canadienne Ottawa élargira les permissions d’entrée au Canada d’ici quelques semaines.

Les conjoints qui ne sont pas mariés, les étudiants étrangers et ceux qui ont un proche en fin de vie au Canada pourront bientôt entrer au pays, bien que la frontière soit fermée et risque de le demeurer encore longtemps. Ottawa élargira les permissions d’entrée au Canada d’ici quelques semaines.

Les cas de familles séparées en raison de la fermeture des frontières internationales du Canada depuis le mois de mars ne cessaient de se multiplier. Justin Trudeau a reconnu, vendredi, que ce sont « des histoires qui déchirent le cœur ». Et pour y remédier, son gouvernement a annoncé de nouvelles exemptions.

À compter du 8 octobre, les membres de la famille élargie de Canadiens ou de résidents permanents pourront entrer au Canada : les enfants majeurs, les petits-enfants, les frères et sœurs, ou les grands-parents, de même que les conjoints (avec ou sans enfant) qui ne sont pas encore mariés ou conjoints de fait. Ces derniers devront certifier, dans une note notariée, qu’ils sont dans une « relation exclusive » depuis au moins un an et qu’ils ont habité la même adresse pendant « une certaine période de temps » (laquelle sera précisée à une date ultérieure). Cette attestation devra être approuvée par les autorités canadiennes avant de tenter de traverser la frontière. Tout membre d’une famille élargie qui voudra revenir au Canada devra s’isoler 14 jours en arrivant, comme toute personne entrant au pays.

D’ici jeudi prochain, Ottawa permettra également aux proches d’un Canadien ou d’un résident permanent en fin de vie de venir leur dire adieu, d’assister à leurs funérailles ou de prodiguer des soins à une personne au pays qui en a besoin. Dans ces cas d’exemptions d’ordre humanitaire, la quarantaine obligatoire de 14 jours à leur arrivée pourrait être écourtée, si les autorités de santé publique locales et de la province concernée y consentissent.

Le gouvernement fédéral répond en outre aux nombreux étudiants internationaux qui déploraient de ne plus pouvoir revenir au pays poursuivre leurs études. Ils pourront rentrer au Canada dès le 20 octobre, s’ils sont inscrits auprès d’un établissement scolaire dont le plan de réponse à la COVID-19 a été approuvé par le gouvernement provincial – un plan qui assurerait par exemple un lieu de quarantaine à ces étudiants.

Un risque, en deuxième vague ?

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a minimisé le risque que ces proches de citoyens canadiens rapportent avec eux la COVID-19 alors que le Canada est en pleine deuxième vague du coronavirus.

M. Blair a fait valoir que seul trois pour cent des cas de transmission au Canada l’ont été par des gens ayant voyagé à l’étranger.

Le rapport épidémiologique de Santé Canada sur la pandémie rapporte en effet que 3,8 % des cas de COVID-19 répertoriés au pays étaient des personnes ayant voyagé à l’extérieur du Canada et 1,1 % représentait des personnes ayant été en contact avec un voyageur. Mais ce rapport note également que 34 % des malades ont été infectés par une « source d’exposition inconnue ».

Quoi qu’il en soit, la ministre de la Santé, Patty Hajdu, a fait valoir que la quarantaine obligatoire de 14 jours servirait justement à éviter tout pourcentage de cas de COVID-19 importés de l’étranger. « Certaines personnes deviendront peut-être effectivement malades une fois au Canada. C’est un virus sournois », a-t-elle reconnu. « Mais la quarantaine de 14 jours est une mesure de protection, parce que lorsque les gens deviennent malades ils sont en isolement et cela veut dire que l’on peut prévenir la transmission à la population. » Tout personne qui enfreint la Loi sur la quarantaine s’expose à une amende pouvant atteindre 1000 $, ou encore 750 000 $ et six mois de prison en cas d’infractions répétées.

Des répercussions critiquées

Depuis que le Canada a fermé ses frontières internationales, au mois de mars, plusieurs Canadiens séparés de leurs proches ont dénoncé le manque de flexibilité des règles fédérales. Car seuls les Canadiens ou résidents permanents, membres d’un équipage d’avion ou des Forces armées, diplomates, étudiants ou travailleurs étrangers avec un permis valide peuvent depuis entrer au pays. Les travailleurs essentiels sont quant à eux autorisés à traverser la frontière canado-américaine.

En juin, Ottawa a ajouté de nouvelles exemptions pour permettre à la famille immédiate de Canadiens ou de résidents permanents de pouvoir les rejoindre au pays — une exemption pour les conjoints, conjoints de fait, un enfant mineur, un parent ou un tuteur.

Cette exemption excluait cependant toujours de la réunification familiale les frères et sœurs ou les couples qui ne sont pas encore mariés ou conjoints de fait. C’était le cas de Sarah Campbell, une jeune femme ontarienne atteinte d’un cancer qui est séparée de son fiancé coincé en Grande-Bretagne depuis février alors qu’elle a dû subir des traitements médicaux sans lui au pays. Le couple devait se marier en juin mais a reporté ses noces. Début juillet, Mme Campbell s’est vue diagnostiquer un cancer de la glande thyroïde. Son histoire a fait les manchettes au Canada anglais. Et plusieurs autres cas ont aussi été rapportés par les médias et les partis d’opposition fédéraux.

Le ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, s’est défendu d’avoir mis trop de temps à ajuster les mesures frontalières. « On a pris le temps nécessaire pour mettre en place un plan qui est responsable », a-t-il rétorqué vendredi, en arguant qu’il fallait aussi consulter les provinces et les agences de santé publique.

« On va toujours chercher à faire le bon équilibre entre la protection des gens et la compréhension du drame humain qui survient souvent à cause de ces fermetures des frontières », a quant à lui fait valoir M. Trudeau.

Bien que la réunification familiale soit de compétence partagée entre les gouvernements fédéral et québécois, les membres de familles élargies qui souhaiteront se prévaloir de la nouvelle exemption n’auront pas besoin d’un Certificat de sélection du Québec puisqu’ils se procureront simplement un visa temporaire.

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