Crise d’Octobre: pas d’excuses de Justin Trudeau à l’horizon

De nombreuses voix se sont élevées pour réclamer d’Ottawa des excuses officielles à l’occasion du cinquantième anniversaire de la crise d’Octobre.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne De nombreuses voix se sont élevées pour réclamer d’Ottawa des excuses officielles à l’occasion du cinquantième anniversaire de la crise d’Octobre.

Justin Trudeau ne semble pas pressé d’offrir des excuses aux milliers de Québécois qui en réclament pour avoir été arrêtés ou perquisitionnés illégalement pendant la crise d’Octobre. Selon le premier ministre, il est plus urgent de penser aux victimes qu’a faites le Front de libération du Québec (FLQ).

À l’occasion du cinquantième anniversaire de cette période tumultueuse de l’histoire du Québec, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer d’Ottawa des excuses officielles.

Il y a eu par exemple Jocelyne Robert, qui a raconté avoir été arrêtée à 22 ans, alors qu’elle était enceinte, pour la seule raison qu’elle connaissait les frères Rose — sans être membre du FLQ — et qu’elle affichait des sympathies indépendantistes. Elle a été incarcérée 24 heures, en plus de voir son domicile perquisitionné deux fois par des policiers armés de mitraillettes.

Le premier ministre du Québec a ajouté sa voix à la chorale jeudi. « Il y a eu des mesures qui ont été mises en place et des personnes qui ont été arrêtées sans fondement. Donc, je pense qu’il devrait y avoir des excuses », a soutenu François Legault en point de presse.

Son homologue à Ottawa a semblé fermer la porte. « C’est certain que les évènements d’octobre 1970 ont été très difficiles pour bien des Québécois, a déclaré Justin Trudeau. Je pense qu’il faut commencer par avoir une pensée pour la famille de Pierre Laporte, pour qui cet anniversaire ramène de très douloureux souvenirs. » En anglais, M. Trudeau a pris soin de mettre ces deux éléments en opposition en les liant par un « mais ».

Le ministre québécois du Travail Pierre Laporte est mort aux mains de la cellule felquiste Chénier, qui l’avait kidnappé et séquestré pendant une semaine lors de la crise. Son corps a été retrouvé dans le coffre d’une voiture le 17 octobre 1970. La thèse de l’assassinat prémédité s’est cependant émoussée avec les années. M. Laporte s’était blessé en tentant de s’enfuir par une fenêtre ; le plan était de l’amener à l’hôpital. En tentant de le faire taire pour ne pas qu’il alerte les voisins par ses cris, un des membres l’aurait involontairement asphyxié, selon une version des faits de plus en plus reconnue.

C’est à la demande du Québec qu’Ottawa avait invoqué la Loi sur les mesures de guerre, disant appréhender une « insurrection présumée ». Ce fut la seule et unique fois de l’histoire du Canada que cette loi a été mise en œuvre pour gérer une situation interne. L’activation de cette loi a permis aux forces policières de procéder à des arrestations et à des perquisitions, parfois pour le seul fait de posséder de la littérature communiste jugée séditieuse. Le premier ministre canadien en poste à cette époque était Pierre Elliott Trudeau, le père du premier ministre actuel.

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a prédit que Justin Trudeau regretterait sa décision de refuser de présenter des excuses, estimant que les Québécois lui en tiendront rigueur et prévenant que les bloquistes le lui rappelleront tous les jours du mois d’octobre. « Il devrait au moins s’excuser au nom de valeurs qui sont supposées être consensuelles », a affirmé M. Blanchet, en déplorant des « exactions graves [commises] par l’armée canadienne il y a 50 ans ».

Un PM prompt à s’excuser

Justin Trudeau s’est pourtant montré très prompt à offrir des excuses depuis qu’il a pris le pouvoir en 2015. Il s’est excusé à Omar Khadr ; aux fonctionnaires fédéraux ayant été congédiés à cause de leur homosexualité ; aux Autochtones de Terre-Neuve ayant séjourné dans un pensionnat (à une époque où la province ne faisait pas partie du Canada) ; aux femmes autochtones dont les enfants ont été adoptés sans leur consentement ; aux Inuits pour la façon dont ils ont été soignés lorsqu’ils étaient atteints de la tuberculose ; à la communauté autochtone Tsilhqot’in pour la pendaison de six de leurs leaders en 1864.

M. Trudeau s’est aussi excusé officiellement pour le refus adressé par le Canada en 1939 de laisser entrer le navire MS St. Louis ayant à son bord quelque 900 Juifs fuyant le régime nazi.

À l’Assemblée nationale à Québec, le Parti québécois a tenté de faire adopter une motion demandant des excuses d’Ottawa parce que « pas moins de 497 Québécois ont été injustement arrêtés et emprisonnés et 36 000 personnes ont fait l’objet d’une perquisition abusive en raison de leur allégeance politique indépendantiste ». Les députés de la CAQ et de QS ont endossé la motion, mais pas les libéraux de Dominique Anglade.

Avec Marie Vastel et La Presse canadienne

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