L’ajout de gardes du corps discuté après des incidents près du Parlement fédéral

Le Service de protection parlementaire, qui assure la sécurité au Parlement et dans les lieux limitrophes, a reconnu lundi avoir «accru sa visibilité autour de l’enceinte parlementaire» à la «suite de récents incidents».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le Service de protection parlementaire, qui assure la sécurité au Parlement et dans les lieux limitrophes, a reconnu lundi avoir «accru sa visibilité autour de l’enceinte parlementaire» à la «suite de récents incidents».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, estime que les tentatives d’« arrestation citoyenne » d’élus et de membres des médias auxquelles a procédé un individu près du Parlement fédéral méritent que la sécurité des parlementaires soit rehaussée. Et pour ce faire, M. Blanchet croit qu’il est temps que les ministres et chefs de partis fédéraux aient droit à un garde du corps. Mais le chef bloquiste fait pour l’instant bande à part sur cette question.

Des vidéos d’un homme tentant d’« arrêter » le chef du NPD Jagmeet Singh et le journaliste de Radio-Canada Daniel Thibeault — en pensant qu’il s’agit du député bloquiste Mario Beaulieu — ont circulé la semaine dernière sur les médias sociaux. Les réactions y ont été vives. Car M. Singh et M. Thibeault ont ainsi été interpellés et pourchassés pendant quelques minutes dans les rues d’Ottawa à proximité des édifices parlementaires.

Invité à réagir à ces incidents, Yves-François Blanchet a observé lundi qu’à Québec les chefs de formations politiques et les ministres ont un garde du corps (qui est aussi souvent leur chauffeur). Ce qui n’est pas le cas à Ottawa.

« Je pense que c’est une réflexion qui doit être entreprise, même si parfois c’est un peu intrusif dans la vie des gens qui sont concernés », a commenté le chef bloquiste. « On ne peut pas faire comme si les risques et les menaces n’existaient pas. On les reçoit quotidiennement. On en fait plus ou moins de cas. On ne les rend pas nécessairement publiques. Mais on reçoit tous des menaces sur une base quotidienne et on ne sait jamais lequel des hurluberlus va passer à l’acte. »

Le gouvernement libéral n’a pas voulu commenter. Le whip du gouvernement, Mark Holland, a fait valoir sur Twitter samedi que « ce qui est arrivé à M. Singh est inacceptable » et a rapporté avoir demandé au Bureau de la régie interne – qui établit les règles dans l’enceinte parlementaire — de se réunir « pour discuter de la nécessité de renforcer les mesures de sécurité ». Mais M. Holland n’était pas disponible lundi pour se prononcer sur l’éventualité d’offrir un garde du corps aux chefs de partis et ministres.

Le Parti conservateur n’a pas non plus voulu s’avancer. « Ce n’est pas une décision arbitraire qui devrait être prise par des politiciens, mais bien par la Gendarmerie royale du Canada », a fait valoir un porte-parole.

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh, qui a tenté d’ignorer sourire aux lèvres l’individu qui le suivait en l’interpellant près du Parlement vendredi, s’est quant à lui montré partagé sur cette question.

Bien qu’il ne se soit pas lui-même senti inquiet lors de l’incident, M. Singh, qui maîtrise les arts martiaux, a reconnu que certains élus pourraient craindre pour leur sécurité dans de telles circonstances. Mais il hésite à réclamer que chacun soit accompagné d’un garde du corps pour l’éviter, car il dit apprécier que les élus puissent être approchés facilement au Canada par des citoyens qui voudraient simplement dialoguer. « Je suis d’accord qu’il faut s’assurer que les gens sont en sécurité et n’ont pas peur pour leur sécurité quand ils font leur travail. […] Mais en même temps, je veux qu’on reconnaisse la culture d’ouverture qu’on a comme pays démocratique », a-t-il observé.

Le Service de protection parlementaire, qui assure la sécurité au Parlement et dans les lieux limitrophes, a reconnu lundi avoir « accru sa visibilité autour de l’enceinte parlementaire » à la « suite de récents incidents ». L’organisme n’a cependant pas voulu préciser s’il rehausserait encore davantage les mesures de sécurité.

Du côté de la GRC, on a assuré prendre « tous les types de menaces au sérieux » et adapter « constamment » les mesures de sécurité. La police fédérale a toutefois elle aussi refusé toute autre précision, y compris d’indiquer si elle envisage de doter tous les ministres et chefs de parti de gardes du corps.

Une menace grandissante

À l’heure actuelle, la GRC assure un dispositif de sécurité pour le premier ministre, pour la gouverneure générale et pour le juge en chef de la Cour suprême. Dans le cas de ministres et de chefs de parti, cette protection est offerte si la situation le mérite. Ce dispositif est donc offert à tous les chefs de partis en campagne électorale, mais rarement en temps normal.

Quant aux ministres, il y a certaines exceptions. La ministre des Infrastructures Catherine McKenna a reconnu l’an dernier avoir maintenant recours à son propre dispositif de sécurité à l’occasion, après avoir été invectivée à quelques reprises en présence de ses enfants lorsqu’elle était ministre de l’Environnement.

La GRC a rapporté cet été avoir compilé 130 menaces à l’endroit du premier ministre Justin Trudeau et de ses ministres au cours des six premiers mois de l’année 2020 — soit une hausse de 30 % par rapport à pareille date l’an dernier.

En juillet, un homme est entré de force sur les lieux de Rideau Hall, où logent le premier ministre et sa famille, en défonçant les grilles avec son camion. Il a depuis été accusé de 22 chefs d’accusation, dont ceux de port d’armes à feu dans un dessein dangereux et d’avoir proféré des menaces.

L’homme qui a interpellé Jagmeet Singh et le journaliste Daniel Thibeault la semaine dernière s’est quant à lui vanté d’avoir essayé de procéder à l’« arrestation citoyenne » de Justin Trudeau à sept reprises. Il a notamment tenté le coup devant Rideau Hall en juillet dernier. Cet homme, Brian Kigger, est un adepte des théories du complot et associé au groupe The Canadian Revolution qui s’oppose notamment au port du masque et aux autres consignes imposées par le gouvernement pour contrer la COVID-19.

Avec Hélène Buzzetti