Un projet de loi sur les suites de la PCU devrait assurer aux libéraux l’appui du NPD

Le premier ministre, Justin Trudeau, a répondu aux questions des partis de l’opposition jeudi, au lendemain, de la lecture du discours du Trône. Comme on peut le constater sur la photo, le nombre de députés en Chambre est restreint en raison des mesures sanitaires.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre, Justin Trudeau, a répondu aux questions des partis de l’opposition jeudi, au lendemain, de la lecture du discours du Trône. Comme on peut le constater sur la photo, le nombre de députés en Chambre est restreint en raison des mesures sanitaires.

Le NPD n’est pas encore prêt à clore le suspense et confirmer qu’il appuiera le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Jagmeet Singh espère d’abord convaincre les libéraux de modifier leur nouveau projet de loi établissant les suites de la PCU et des congés de maladie pour tous. Et il s’avoue du même souffle « très optimiste » d’obtenir gain de cause.

Les libéraux ont déposé jeudi le projet de loi C-2, qui vient répondre aux deux conditions qu’avaient posées les néodémocrates pour accorder leur confiance au gouvernement.

Le discours du Trône, lu mercredi au Sénat, doit obtenir l’appui d’au moins l’un des partis d’opposition. Or, le Parti conservateur a prévenu qu’il voterait contre et le Bloc québécois a l’intention de faire de même à moins que Justin Trudeau n’octroie aux provinces l’augmentation qu’elles réclament aux transferts en santé. Un scénario peu probable, de l’aveu des bloquistes.

Il reste donc le NPD comme seule bouée possible pour les libéraux. Les néodémocrates réclamaient, pour ce faire, que l’aide financière qui remplacera la Prestation canadienne d’urgence (PCU) soit tout aussi généreuse et que les Canadiens aient droit, en pleine pandémie, à dix jours de congé maladie payés.

Le projet de loi C-2 propose justement de créer pendant un an une Prestation canadienne de relance économique, offerte pour un maximum de 26 semaines, aux Canadiens qui ne peuvent toujours pas travailler à cause de la COVID-19 ou qui ont vu leurs heures de travail réduites de plus de moitié. Ottawa en avait déjà annoncé les paramètres le mois dernier. Mais le projet de loi C-2 est venu bonifier cette prestation, la chiffrant non plus à 400 $ par semaine tel qu’annoncé fin août, mais à 500 $ par semaine – soit l’équivalent de la PCU.

Cette prestation serait offerte aux travailleurs qui ne se qualifient pas au programme d’assurance-emploi, tandis que l’assurance-emploi serait elle aussi bonifiée pour offrir au minimum 500 $ aux travailleurs qui y auront recours à cause de la pandémie. Une « victoire » dont s’est réjoui Jagmeet Singh.

Le C-2 promet en outre de créer une Prestation canadienne de maladie pour la relance économique, offrant une semaine ou deux de congé aux travailleurs qui doivent s’absenter s’ils sont atteints de la COVID-19 ou qu’ils doivent s’isoler à la maison. Le projet de loi modifie également le Code canadien du travail en ce sens.

Sur ce second point, M. Singh a cependant refusé de se dire satisfait, plaidant le fait qu’il y a des « problèmes avec l’accès » à ces congés. La prestation de maladie ne serait pas universelle, mais uniquement offerte en cas de COVID-19, et les travailleurs seraient contraints d’en envoyer la demande, ce qui pourrait entraîner des délais de versement.

Nonobstant, M. Singh s’est dit « très optimiste » sur le fait de parvenir à modifier le C-2 et de décrocher cette deuxième condition qu’il avait fixée à l’appui de son caucus au discours du Trône. Ce qui semble calmer les risques d’élection imminente.

La ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, s’est défendue d’avoir augmenté l’aide prévue pour les travailleurs afin de plaire aux néodémocrates. « Nous sommes dans la deuxième vague, alors on a pris la décision de laisser le montant au même niveau que la PCU pour la continuité et pour aider les travailleurs le plus possible. »

Le fédéral estime que les trois quarts des 3,8 millions de Canadiens qui touchent encore la PCU se rabattront sur le programme d’assurance-emploi. Les quelque 900 000 restants se prévaudront de la nouvelle Prestation de relance économique.

La PCU prend fin ce samedi pour les prestataires qui y ont fait appel depuis le début de la pandémie. Les Prestations de relance économique seront versées au terme de la période de deux semaines visée, ce qui donne deux semaines au gouvernement pour faire adopter le C-2.

Le Bloc québécois s’est dit d’accord avec le principe du projet de loi, bien qu’il souhaiterait que la troisième Prestation pour les proches aidants – qui offrirait 500 $ par semaine aux parents qui s’occupent d’un enfant — ne se limite pas aux parents de jeunes de moins de 12 ans. Le Parti conservateur a quant à lui réservé son jugement.

Le projet de loi C-2 prévoit toutefois également de prolonger jusqu’à la fin de l’année 2020 les pouvoirs du fédéral de dépenser pour la pandémie sans obtenir d’abord l’accord du Parlement. Les conservateurs avaient vivement critiqué cette disposition lorsqu’elle avait été votée une première fois, au début de la pandémie à la mi-mars.

Trudeau se défend sur la santé

Accusé de ne pas en faire assez pour aider les provinces en santé et de s’immiscer dans ce champ de compétence qui est le leur, Justin Trudeau a remis les problèmes vécus en CHSLD au printemps sous leur nez. Le premier ministre fédéral s’est fait reprocher jeudi par les conservateurs, les bloquistes et les provinces de ne pas avoir promis dans son discours du Trône d’augmenter les transferts en santé tel que le réclament ses homologues. Le discours du Trône annonçait en outre qu’Ottawa chercherait à imposer des normes nationales de soins aux aînés. Lorsque le conservateur Gérard Deltell a lancé à M. Trudeau qu’il n’avait « pas sa place » dans ce champ de compétence des provinces, le premier ministre lui a rétorqué que « ce n’était pas l’opinion du premier ministre du Québec quand il nous a demandé d’envoyer les forces armées pour aider justement les aînés dans nos CHSLD ». Les premiers ministres des provinces ont déploré d’une seule voix, dans une déclaration commune jeudi, que le discours du Trône ait ignoré leur « priorité numéro un ».

Le Devoir


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