Trudeau somme les Canadiens de se reprendre en main pour freiner la COVID-19

L’adresse à la nation est chose rare au Canada. Peu de premiers ministres y ont eu recours au fil de l’histoire. Mais l’accélération rapide de la pandémie de COVID-19 au pays le justifiait, de l’avis de Justin Trudeau, qui a réquisitionné les ondes télévisuelles mercredi soir pour exhorter les citoyens à corriger le tir afin de freiner la recrudescence du nombre de cas au Canada.

« On est à la croisée des chemins et l’avenir est entre nos mains », a lancé le premier ministre aux Canadiens. « Au printemps, on a tous travaillé ensemble pour aplatir la courbe et nos efforts ont porté fruits. Mais maintenant, le virus est en train de revenir en force dans plusieurs parties du pays. Dans quatre de nos provinces les plus populeuses, la deuxième vague ne fait pas que commencer ; elle est déjà entamée », a déclaré M. Trudeau d’un ton sobre mais insistant.

La santé publique du Canada avait déjà sonné l’alarme, mardi, en prévenant que la situation est « préoccupante » et que la deuxième vague de la pandémie pourrait faire encore plus de ravages que la première, au printemps.

Les autorités prédisent que, si les Canadiens ne changent pas leur comportement, la pandémie pourrait faire 3000 nouveaux malades par jour d’ici deux semaines. La moyenne se chiffre actuellement à 1100 nouveaux cas quotidiens, alors qu’on n’en comptait qu’un peu moins de 400 à la mi-août.

« Les chiffres sont clairs », a répété M. Trudeau dans son adresse à la nation. « Je sais que ce ne sont pas les nouvelles que nous voulions entendre. Et on ne peut pas changer les chiffres d’aujourd’hui ou même de demain — ceux-ci ont déjà été déterminés par ce que l’on a fait, ou pas fait, il y a deux semaines. Mais on peut changer l’état de la situation dans laquelle nous nous trouverons au mois d’octobre et cet hiver. Il est fort probable qu’on ne pourra pas se réunir pour l’Action de grâce, mais nous avons encore une chance pour Noël », a-t-il dit lors de son discours d’une douzaine de minutes.

Le premier ministre a ainsi prié les Canadiens de continuer de porter un masque, de télécharger l’application de recherche de contacts Alerte COVID (qu’a rejetée le gouvernement québécois) et d’éviter de courir des risques inutiles. « Ce n’est pas le temps de faire des partys. Personne n’est invincible. Et vos proches ne le sont pas non plus. »

Discours du Trône

Justin Trudeau a aussi profité de cette tribune exceptionnelle pour réitérer les principaux pans de son discours du Trône, lu plus tôt dans la journée.

Les chefs des partis d’opposition s’étaient vu offrir les ondes à leur tour pour répliquer au premier ministre. Plutôt que de renchérir sur l’appel à la prudence de Justin Trudeau, Erin O’Toole, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh ont saisi l’occasion pour critiquer le discours du Trône et le plan de relance du gouvernement.

Le nouveau chef conservateur, Erin O’Toole, s’est en outre attaqué de façon générale au bilan du gouvernement libéral des cinq dernières années. L’adresse de M. O’Toole ressemblait davantage à un discours électoral qu’à une allocution visant à rassurer les Canadiens en pleine pandémie — en passant des doléances des provinces des Prairies à la politique canadienne face au régime chinois.

M. Blanchet, du Bloc québécois, est allé dans le même sens en arguant que le discours du Trône ne mérite pas l’appui du Québec, notamment à cause des nombreuses ingérences dans les champs de compétence provinciaux qu’il implique.

M. Singh, pour sa part, s’il a lui aussi réservé des critiques à M. Trudeau, s’est néanmoins montré plus empathique en commençant son allocution en disant comprendre l’inquiétude des citoyens et vouloir y répondre.

La dernière adresse à la nation remonte à décembre 2008. Fraîchement réélu à la tête d’un gouvernement minoritaire, Stephen Harper avait omis de présenter un plan de relance en prévision de la crise économique qui se profilait à l’horizon. Furieux, les partis d’opposition s’étaient ligués en coalition et menaçaient de le renverser et de le remplacer sans retourner aux urnes. M. Harper avait utilisé ce discours pour demander de n’en rien faire.

Cette adresse à la nation a marqué les esprits en particulier à cause de la réplique ratée du chef libéral, Stéphane Dion. Son allocution est arrivée très en retard, mal filmée et mal cadrée, ce qui a contribué à miner la crédibilité de M. Dion en tant que possible premier ministre de remplacement.

C’était la seconde fois de l’histoire qu’un premier ministre réquisitionnait les ondes pour sauver sa carrière politique. La première remontait à 2005, quand Paul Martin, englué dans le scandale des commandites, faisait face à un vote de confiance qu’il risquait de perdre. Il s’est finalement maintenu en poste en recrutant la conservatrice Belinda Stronach.

Et il y a 25 ans, Jean Chrétien s’était adressé avec passion au pays quelques jours avant le référendum sur la sécession du Québec. Il avait imploré les Québécois de ne pas « détruire » le Canada et promis de reconnaître que le Québec forme une société distincte.

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1 commentaire
  • Raymond Chalifoux - Inscrit 24 septembre 2020 09 h 06

    Pas demain la veille!

    "Il faut se reprendre en main!" qu'il dit...

    Eh bien coudonc...

    J'ai passé le plus clair de la journée d'hier à faire toutes les courses à St-Georges-de-Beauce:
    2 banques, une pharmacie, un concessionnaire automobile, un vendeur de piscines, un resto de mal-bouffe, un réparateur d'aspirateurs, une quincaillerie, et pour finir, un Wal-Mart.

    Des "pas de masque", des masques sous le nez, des conversations à "six pouces du nez", et notamment à la banque où l'employée, pour aider une madame qui semblait être âgée de près de 80 ans, avait littéralement les mains dans la sacoche de la pauvre vieille qui ne s'y retrouvait pas elle-même...

    Des accrocs flagrants aux consignes répétées "non-stop" et depuis des mois, j'en ai donc vus plus que je puis z'en rapporter!

    PS: Chaudière- Appalaches, que l'on sache, EST DÉJÀ en zone orange!

    On est foutu?
    Ça c'pourrait!