Les conflits d’intérêts des membres du Groupe d’experts sur les vaccins désormais publics

Plusieurs reprochaient à ce comité d’experts censés conseiller le gouvernement du Canada sur les vaccins les plus prometteurs son manque de transparence.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Plusieurs reprochaient à ce comité d’experts censés conseiller le gouvernement du Canada sur les vaccins les plus prometteurs son manque de transparence.

Le Groupe de travail sur les vaccins contre la COVID-19 fait finalement volte-face et rend publics les conflits d’intérêts de ses membres. Plusieurs reprochaient à ce comité d’experts censés conseiller le gouvernement du Canada sur les vaccins les plus prometteurs son manque de transparence, laquelle étant plus nécessaire que jamais compte tenu des enjeux que soulèvent la question des futurs vaccins contre la COVID-19 et les sommes d’argent que leur achat impliquera.

Jusqu’à mardi, 22 septembre, le Groupe de travail qui rassemble à dessein des universitaires « en vaccination et en immunologie et des chefs d’entreprise chevronnés dans le domaine de la mise au point et de la commercialisation de vaccins » se soumettait à un processus de déclaration des conflits d’intérêts à l’interne, ne faisant part de leurs liens avec l’industrie pharmaceutique qu’aux autres membres du comité ainsi qu’au gouvernement. Toutefois, les membres du comité n’étaient pas astreints à révéler leurs conflits d’intérêts à la population, comme doivent le faire les politiciens et les fonctionnaires, étant donné que leur participation à ce comté est bénévole.

D’autres médias, tels que Global News et CBC, avaient souligné ce manque de transparence lorsque l’éminent immunologue québécois Gary Kobinger a confié au Devoir s’être retiré du comité en raison de son malaise devant cette façon de faire qui, à ses yeux, risquait de miner la confiance du public envers les vaccins que les autorités sanitaires nous proposeront de recevoir pour combattre la pandémie.

Dans la foulée de ces témoignages, le Groupe de travail a révisé ses règles, mardi 22 septembre. « Compte tenu de l’intérêt important que suscite le processus du Groupe de travail sur les vaccins contre la COVID-19, celui-ci a pris la mesure exceptionnelle de publier un registre des intérêts. Ce registre sera mis à jour sur le site Web du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) après chaque annonce de vaccin basée sur une recommandation du Groupe de travail », a précisé au Devoir le département des relations avec les médias du CNRC.

Il est donc désormais possible de consulter la liste des conflits d’intérêts réels ou apparents que les membres du comité ont divulgués lors des rencontres portant sur un candidat-vaccin ayant fait l’objet d’une entente entre le gouvernement et la compagnie qui le fabrique.

Ainsi, la population pourra constater que, lors de la réunion du 3 septembre, durant laquelle le Groupe de travail a discuté du candidat-vaccin préparé par Sanofi et GSK, et pour lequel Ottawa a annoncé, mardi 22 septembre, la signature d’une entente pour l’obtention de 72 millions de doses, le coprésident du Groupe de travail, Mark Lievonen qui était président de Sanofi Pasteur limitée, la division canadienne des vaccins de Sanofi, jusqu’en 2016, de même que le Dr Benjamin Rovinski qui a travaillé pour Sanofi, il y a 20 ans, se sont retirés de la séance de discussions en raison de leurs liens passés avec l’entreprise.

Par contre, la coprésidente du Groupe, la Dre Joanne Langley, a participé aux discussions malgré le fait qu’elle a été consultante pour Sanofi lors de la campagne de vaccination contre la grippe, en 2018, et qu’elle détient une chaire de recherche en vaccinologie pédiatrique des IRSC en partenariat avec GlaxoSmithKline inc. (GSK), à l’Université Dalhousie, laquelle institution a collaboré avec Sanofi Pasteur et GSK pour des essais cliniques, par le passé, et est dotée d’une clinique de pointe destinée à l’essai de vaccins qui porte le nom de Sanofi Pasteur. Comme la chercheuse n’a pas reçu d’argent personnellement dans ces arrangements et que les fonds de sa chaire de recherche sont détenus par l’Université Dalhousie, on a considéré qu’il n’y avait pas de conflits d’intérêts, c’est pourquoi elle était présente à la rencontre du 3 septembre.

L’ensemble des discussions du Groupe de travail ne seront toutefois pas rendues publiques, comme le souhaitait Gary Kobinger, car aux dires de certains, cela pourrait compliquer, voire compromettre les négociations que le gouvernement du Canada pourrait engager avec certaines compagnies pharmaceutiques.

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