Pas d’élection fédérale à l’horizon

Le chef libéral Justin Trudeau jure qu’il ne déclenchera pas des élections lui-même à l'automne.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef libéral Justin Trudeau jure qu’il ne déclenchera pas des élections lui-même à l'automne.

La probabilité qu’une élection fédérale ait lieu cet automne s’amenuise encore. Le chef libéral Justin Trudeau jure qu’il n’en déclenchera pas une lui-même tandis que les velléités des partis d’opposition de renverser son gouvernement minoritaire tiédissent. Mais encore faudra-t-il que le discours du Trône à venir n’indispose pas trop, car Justin Trudeau n’est pas prêt à s’engager à limiter l’ampleur des déficits à venir.

« Je ne veux pas d’élection », a assuré M. Trudeau en point de presse mercredi. En anglais, il a ajouté « cet automne » pour plus de clarté. « Mais on est dans un gouvernement minoritaire et ce n’est pas moi qui déciderai s’il y a une élection. Ce sont les partis d’opposition qui décideront s’ils ont confiance dans notre plan pour la relance économique. […] Mais ce n’est pas notre intention d’avoir des élections. Nous voulons continuer à travailler pendant cette crise pour aider les Canadiens et relancer l’économie. »

Pour que le gouvernement libéral minoritaire tombe, il faudrait que les trois partis d’opposition s’unissent pour le renverser. Cette perspective semble de moins en moins probable.

Du côté bloquiste, on ne sent plus le même empressement que cet été. Dans la foulée de l’affaire UNIS, le Bloc avait menacé de consulter les Québécois, « dans la perspective du dépôt d’une motion de censure à l’encontre du gouvernement, dès le retour en Chambre en septembre 2020 », si Bill Morneau et Justin Trudeau ne démissionnaient pas. L’un a quitté, mais pas l’autre. Néanmoins, le chef Yves-François Blanchet a indiqué plus tôt cette semaine qu’il aimait l’idée que l’élection tarde un peu puisqu’elle permettrait aux Québécois de mieux connaître le nouveau chef conservateur, Erin O’Toole, et de réaliser ― pense-t-il ― qu’il est taillé dans la même étoffe que l’était Andrew Scheer.

Quant aux conservateurs, on dit être prêt pour une élection, mais ne pas en vouloir une. On s’inquiète toutefois de la prodigalité du plan d’aide libéral pour faire face à la pandémie. « Tout le monde reconnaît que M. Trudeau a complètement perdu le contrôle des finances publiques, a lancé le député Gérard Deltell. Je veux être clair : au début, lorsque la crise est arrivée, il allait de soi qu’il fallait faire des investissements majeurs pour les travailleurs et les entreprises. Ça va. Mais dès que la reprise est venue, M. Trudeau a continué à jouer au père Noël à longueur de journée et ça amène un coût très lourd à porter pour nos enfants, nos petits-enfants et nos arrières-petits-enfants. »

Pas de limite au déficit

Le déficit du gouvernement fédéral pour l’année en cours devrait atteindre 343 milliards de dollars. Cela représente grosso modo 100 % du budget annuel habituel d’Ottawa et environ 17 % du PIB du Canada. Or, Justin Trudeau a indiqué à de nombreuses reprises que son discours du Trône à venir contiendra de nouvelles mesures ambitieuses pour « mieux reconstruire » l’économie postpandémie. Le déficit pour l’année prochaine pourrait-il être aussi imposant ? Ou M. Trudeau pense-t-il devoir se fixer un plafond ? Le premier ministre a refusé de répondre.

« Nous allons continuer de faire ce qui est nécessaire tout en sachant que de rebâtir l’économie rapidement pour créer cette croissance économique dont on a si besoin est la meilleure façon de s’assurer d’une prospérité à long terme de notre pays », s’est contenté de répondre M. Trudeau.

Récemment, le National Post a relayé les propos de hauts fonctionnaires anonymes s’inquiétant que le gouvernement ne semble pas avoir de plan pour juguler les dépenses publiques et revenir peu à peu à un niveau plus habituel. Une source du quotidien torontois a même laissé entendre que le gouvernement libéral ne semblait avoir aucun problème à maintenir un déficit équivalent à 10 % du PIB, soit environ 200 milliards $. M. Trudeau a refusé de commenter ces fuites de la haute fonction publique.

« Je ne veux pas commenter ces rapports, a-t-il dit. […] Nous travaillons avec la fonction publique et avec tous les différents ministères pour élaborer un plan ambitieux et responsable pour répondre à la COVID-19 et pour donner une feuille de route pour notre gouvernement pour les années à venir. »

Le chef conservateur Erin O’Toole estime pour sa part que ce sont les « mesures antibusiness » mises de l’avant par le gouvernement qui ont détruit des emplois. « Nous devons démontrer aux Canadiens que nous avons un plan pour remettre le pays sur les rails », a-t-il lancé à ses troupes rassemblées en personne à Ottawa. Le caucus de 121 députés et de 21 sénateurs s’était jusqu’à présent réuni plutôt par vidéoconférence. Mercredi, les conservateurs se sont répartis dans deux salles — une pouvant contenir 89 personnes, et l’autre, une quinzaine — et les autres ont dû se joindre virtuellement à la rencontre.

Avec Marie Vastel

Statues de Macdonald : O’Toole essaie de calmer le jeu

Le chef conservateur Erin O’Toole estime que, plutôt que d’être déboulonnées, les statues de John A. Macdonald au pays feraient mieux d’être accompagnées de plaques explicatives pour rappeler l’héritage controversé de l’ancien premier ministre. Car l’histoire ne peut être effacée par la « culture du boycottage », a-t-il argué. O’Toole avait joint sa voix aux politiciens qui ont déploré qu’un bronze de Macdonald ait été renversé à Montréal, il y a dix jours, en dénonçant l’acte d’« activistes radicaux ». Il a réitéré mercredi, dans l’enceinte d’un bâtiment justement nommé l’édifice Sir John A. Macdonald, que ce geste était celui de « foules en colère qui cherchent à effacer son héritage sans même essayer de le comprendre ». Mais M. O’Toole a aussi noté que certains, comme le sénateur Murray Sinclair, qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones, ont proposé que les lieux et monuments dédiés à l’ancien premier ministre conservateur affichent une plaque rappelant que son gouvernement a instauré ce système d’écoles résidentielles. Erin O’Toole s’est montré d’accord avec cette idée, en dressant en outre un parallèle entre John A. Macdonald et Louis Riel, qui a été pendu pour trahison, mais dont plusieurs se souviennent aujourd’hui comme d’un héros du peuple métis et des francophone des Prairies. « Leur histoire est ce qui se produit lorsque le Canada est divisé », a fait valoir M. O’Toole, en traçant un parallèle avec le sentiment d’aliénation des provinces de l’Ouest ressenti ces jours-ci.

Marie Vastel Le Devoir

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