Erin O’Toole écarte Derek Sloan de son cabinet fantôme

Le nouveau chef conservateur Erin O’Toole a courtisé, pendant la course à la chefferie, les électeurs de ses rivaux pro-vie Derek Sloan et Leslyn Lewis.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le nouveau chef conservateur Erin O’Toole a courtisé, pendant la course à la chefferie, les électeurs de ses rivaux pro-vie Derek Sloan et Leslyn Lewis.

Le nouveau chef conservateur Erin O’Toole a choisi de garder une place pour son prédécesseur, Andrew Scheer, au sein de son cabinet fantôme. Mais bien qu’il ait aussi confié plusieurs rôles à ses élus pro-vie, M. O’Toole n’a pas pour autant invité le controversé député Derek Sloan à faire partie de son équipe.

Deux semaines après son élection à la tête du Parti conservateur, Erin O’Toole a dévoilé mardi la composition de son équipe d’élus qui tiendra tête aux ministres libéraux aux Communes. L’ancien chef Andrew Scheer a ainsi été nommé porte-parole en matière d’infrastructures. L’ex-lieutenant québécois de M. Scheer, Alain Rayes, a quant à lui hérité du rôle de porte-parole en matière de patrimoine, de langues officielles et de développement économique du Québec — ce qui veut dire qu’il talonnera les ministres Steven Guilbeault et Mélanie Joly. Les Québécois Pierre Paul-Hus et Luc Berthold seront responsables, respectivement, des services publics et de l’approvisionnement, et du Conseil du Trésor.

Le chef O’Toole a en outre confié des rôles à certains des élus qui avaient appuyé ses rivaux Peter MacKay et Leslyn Lewis dans la course à la chefferie. Mais il a exclu de son équipe le député Derek Sloan, qui est arrivé quatrième dans la course et qui a soulevé la controverse à quelques reprises au fil de la campagne. M. Sloan s’était notamment attiré les foudres de ses collègues après avoir mis en question l’allégeance de la directrice de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, et lui avoir demandé sur les réseaux sociaux si elle travaillait « pour le Canada ou pour la Chine ».

M. Sloan n’a pas été nommé au sein de l’équipe de porte-parole de M. O’Toole. Le bureau du chef n’a pas voulu expliquer cette décision.

Pourtant, les groupes antiavortement avaient réclamé que M. Sloan — qui est un fervent pro-vie — ait sa place au sein du cabinet fantôme conservateur. L’organisme Campaign Life Coalition a même fait circuler une pétition en ce sens, arguant que M. O’Toole ne serait pas devenu chef sans l’appui de milliers de conservateurs pro-vie.

L’un des porte-parole du groupe, Jack Fonseca, juge qu’à titre d’ex-candidat à la chefferie, Derek Sloan aurait dû avoir une place garantie au cabinet fantôme et que son exclusion par le chef représente « une insulte » pour les conservateurs sociaux. « M. O’Toole a promis à maintes reprises que les conservateurs sociaux seraient les bienvenus au parti s’il était élu chef. C’était le premier test. Et il a échoué », a déploré M. Fonseca, en accusant M. O’Toole d’avoir cédé face aux médias libéraux qui ont critiqué M. Sloan plutôt que de comprendre qu’ils « sont son ennemi ».

Plusieurs pro-vie

M. O’Toole a courtisé, pendant la course à la chefferie, les électeurs de ses rivaux pro-vie Derek Sloan et Leslyn Lewis. Et c’est grâce à leurs appuis qu’il a pu surpasser Peter MacKay pour se faire élire chef. Ce que n’ont pas manqué de souligner les groupes antiavortement depuis.

Bien qu’il ait exclu M. Sloan de son équipe de porte-parole, M. O’Toole a en revanche réservé une place de choix à d’autres élus pro-vie du Parti conservateur. Ainsi, 16 des 40 porte-parole du parti (38 %) sont identifiés par les groupes pro-vie comme s’opposant à l’avortement, à l’aide à mourir et aux enjeux LGBTQ. Dans le lot, deux d’entre eux avaient appuyé Leslyn Lewis dans la course à la chefferie et trois autres, Peter MacKay.

M. O’Toole a promis à maintes reprises que les conservateurs sociaux seraient les bienvenus au parti s’il était élu chef. C’était le premier test. Et il a échoué.

 

Le bureau du nouveau chef a fait valoir par courriel que « M. O’Toole a remporté la course à la chefferie du Parti conservateur comme député pro-choix et est en politique pour défendre les droits de l’ensemble des Canadiennes et Canadiens. Il a un solide bilan de défense des droits de la personne, dont les droits des femmes ».

M. Fonseca s’est cependant réjoui de voir autant de députés pro-vie dans le cabinet fantôme du Parti conservateur. Idem pour Tabitha Ewert, du groupe We Need a Law (qui réclame une loi interdisant l’avortement), qui s’est dite « optimiste ». Tous deux somment maintenant le nouveau chef de défendre certaines positions revendiquées par les militants pro-vie, comme interdire les avortements sexo-sélectifs, s’opposer à l’assouplissement de l’aide à mourir ou mettre fin au financement des avortements à l’étranger.

Répartition géographique

M. O’Toole a par ailleurs fait une place équivalente dans son cabinet fantôme aux élus des différentes provinces. Trois des dix députés québécois s’y sont taillé une place. Près du tiers des élus conservateurs albertains (9), saskatchewanais (5) et manitobains (2) se sont également vu offrir un rôle de porte-parole. M. O’Toole a fait campagne en promettant d’écouter les citoyens des Prairies, qui se sentent négligés par Ottawa.

Le caucus ontarien est le moins représenté, avec 14 élus dans l’équipe du cabinet fantôme (soit 40 % de la députation de la province), tandis que ceux de la Colombie-Britannique, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse sont surreprésentés.

M. O’Toole a annoncé la distribution de 40 rôles de porte-parole sur les 120 députés de son caucus. L’équipe de leadership du parti aux Communes compte en plus neuf membres — notamment une chef adjointe, Candice Bergen, un lieutenant québécois, Richard Martel, et le leader en Chambre, Gérard Deltell.

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