Justin Trudeau défend sa bonification des plans de retour en classe provinciaux

Les 2 milliards versés par Ottawa aux provinces devront servir à «adapter les milieux d’apprentissage», par exemple en facilitant l’enseignement à distance.
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne Les 2 milliards versés par Ottawa aux provinces devront servir à «adapter les milieux d’apprentissage», par exemple en facilitant l’enseignement à distance.

Justin Trudeau a confirmé mercredi matin qu’il versera 2 milliards de dollars aux provinces, dont 432 millions au Québec, pour les aider à assurer une « rentrée scolaire sécuritaire ». Mais il a dû se défendre contre des accusations d’empiéter sur les compétences provinciales en affirmant que, malgré les plans de retour mis en place par ses homologues provinciaux, les parents étaient encore inquiets.

« On a entendu clairement à travers le pays que les parents sont inquiets de la rentrée scolaire », a expliqué M. Trudeau au cours d’un point de presse tenu à Toronto. « Les provinces travaillent toutes sur des plans pour une rentrée sécuritaire, mais les parents sont encore inquiets, alors on cherchait comment on pouvait aider en plus. […] Même si ce n’est pas de compétence fédérale, on peut aider. » Il a souligné que cet argent se voulait un « ajout » aux investissements provinciaux, et non un remboursement de ceux-ci.

S’il faut en croire le premier ministre ontarien Doug Ford, cette annonce dérange certains de ses homologues provinciaux. Ceux-ci ont été informés du plan d’Ottawa mardi soir lors de leur réunion virtuelle avec M. Trudeau et certains ont grommelé.

Les provinces travaillent toutes sur des plans pour une rentrée sécuritaire, mais les parents sont encore inquiets, alors on cherchait comment on pouvait aider en plus

 

« Une poignée de premiers ministres n’étaient pas contents de se faire marcher sur les pieds et ont rappelé que la compétence fédérale ne s’étend pas à l’éducation », a relaté M. Ford mercredi. « Mais j’ai dit très simplement aux premiers ministres : “Les gars ! On comprend cela.” La première chose que le premier ministre Trudeau m’a dite quand on s’est parlé vendredi, c’est “Doug, je comprends que ce n’est pas ma compétence, mais je veux juste aider.” Et nous sommes reconnaissants pour cela. »

Selon une source provinciale, les mécontents auraient été John Horgan (Colombie-Britannique), Scott Moe (Saskatchewan) et Brian Pallister (Manitoba). Ils se seraient notamment demandé d’où vient cette idée, de surcroît à quelques jours de la rentrée, alors qu’aucune demande d’aide n’a pas été logée.

Le Québec favorable

Le Québec, pour sa part, ne fait pas partie des mécontents. « Nous accueillons favorablement l’annonce du gouvernement fédéral », a fait savoir par écrit la ministre des Relations canadiennes, Sonia LeBel. Son collègue à l’Éducation consultera le réseau scolaire afin de déterminer comment utiliser ces sommes. Mais la ministre LeBel souligne qu’il est « primordial » que les provinces disposent de toute la latitude pour ce faire. On semble s’inquiéter qu’Ottawa, bien que clamant que les provinces auront la « flexibilité » d’utiliser l’argent comme bon leur semble, a dressé une liste de domaines d’investissement.

Les sommes maximales allouées par province et territoire:

  • Alberta: 262,84 millions $
  • Colombie-Britannique: 242,36 millions $
  • Manitoba: 85,41 millions $
  • Nouveau-Brunswick: 39,79 millions $
  • Terre-Neuve-et-Labrador: 26,18 millions $
  • Territoires du Nord-Ouest: 4,85 millions $
  • Nouvelle-Écosse: 47,88 millions $
  • Nunavut: 5,75 millions $
  • Ontario: 763,34 millions $
  • Île-du-Prince-Édouard: 10,39 millions $
  • Québec: 432,15 millions $
  • Saskatchewan: 74,90 millions $
  • Yukon: 4,16 millions $

Selon le communiqué de presse d’Ottawa, l’argent devra en effet servir à « adapter les milieux d’apprentissage », par exemple en facilitant l’enseignement à distance, à améliorer la ventilation des écoles, à augmenter les mesures pour le lavage des mains ou encore à acheter de l’équipement de protection personnelle et des produits de nettoyage.

Deuxième vague

Quand des journalistes ont demandé à Justin Trudeau s’il n’était pas un peu tard pour améliorer les infrastructures alors que les écoles accueillent déjà ou accueilleront bientôt les élèves, le premier ministre a répondu qu’il fallait penser à l’automne.

« Au fur et à mesure que l’année scolaire reprendra, il y a une possibilité d’avoir une deuxième vague. Ces ressources pourront aider à amener des choses qui ne seraient peut-être pas une priorité ou auxquelles ils ne pensent pas [en ce moment], mais qui vont peut-être devenir nécessaires à la mi-septembre ou à la fin octobre. »

Mais pourquoi est-ce Ottawa qui payerait pour ces mesures alors que l’éducation relève strictement des provinces ? Après tout, le gouvernement fédéral nage lui aussi dans les déficits et devra emprunter l’argent promis. M. Trudeau a éludé la question. Il n’a pas davantage répondu aux journalistes lui demandant s’il tentait de jouer « au sauveur » afin d’assurer sa réélection ou, à plus court terme, de garantir sa survie lors du vote de confiance de cet automne.

D’ailleurs, une heure avant que M. Trudeau prenne la parole, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a tenu un point de presse, lui aussi à Toronto, pour discuter des investissements nécessaires à une rentrée sécuritaire. M. Singh a déploré que la somme promise par M. Trudeau aux provinces ne soit pas versée d’un coup, mais son équipe a indiqué que le NPD s’en contente. Le NPD demande toutefois qu’un montant équivalent soit accordé pour les services de garde. Le NPD est considéré comme le parti à la Chambre des communes le plus susceptible d’appuyer le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau.

C’est le nombre d’enfants de 4 à 18 ans qui déterminera à combien d’argent chaque province ou territoire a droit. Pour le Québec, ce sera 432 millions de dollars, et pour l’Ontario, 763 millions.

La somme sera fournie en deux versements : le premier immédiatement, et le second au début de 2021. M. Trudeau a expliqué qu’en décembre, les provinces devront rapporter à Ottawa « ce qu’elles ont fait avec l’argent, comment elles ont gardé les enfants en sécurité pour que la deuxième moitié de l’argent soit versé ».

Avec Marco Bélair-Cirino

À voir en vidéo