La régularisation du statut des «anges gardiens» critiquée

Samira Jasmin s’est effondrée en larmes lorsqu’elle a entendu le ministre de l’Immigration fédéral annoncer le nouveau programme de régularisation des demandeurs d’asile qui ont œuvré comme « anges gardiens » dans les établissements de santé.

Ce n’était pas des larmes de joie, mais de tristesse, de déception. Car bien qu’elle travaille dans une résidence pour personnes âgées depuis plusieurs années déjà, elle ne pourra pas se prévaloir de cette voie d’accès rapide vers la résidence permanente. En effet, seules les personnes dont la demande d’asile est en attente pourront bénéficier de ce programme temporaire.

Samira, elle, a vu sa demande refusée il y a plusieurs années et se retrouve donc aujourd’hui sans papiers. Pourtant, plaide-t-elle en entrevue au Devoir, elle aussi a pris de gros risques pour aider les personnes les plus vulnérables pendant la pandémie.

« La pandémie a été très difficile, je me suis mise en danger, j’ai mis ma vie à risque. On a été les premiers à être confronté aux dangers pendant la pandémie et aujourd’hui, c’est comme si on n’existait pas. Ça, ça fait très, très mal. »

Programme limité

Pendant des mois, Samira Jasmin a milité avec les membres de Solidarité sans frontières pour demander la régularisation complète pour tous les migrants. Pour elle, le programme qui ne touche qu’une fraction des migrants en situation précaire est donc une déception, comme pour l’organisme Solidarité sans frontières, dont elle est membre, qui se dit « outré » et « dévasté » de voir que plusieurs de ses membres seraient exclus du programme.

« Alors qu’il y a des centaines de milliers de migrants sans statut présentement au Canada, ce programme rejoindra moins d’un millier de personnes, plusieurs d’entre eux étaient de toute façon à la veille d’être acceptés ou protégés par un moratoire sur les expulsions, écrit l’organisme dans un communiqué de presse. Les sans-papiers, les travailleurs agricoles, les aides familiales, les étudiants internationaux, tout comme les réfugiés travaillant dans les CHSLD dans d’autres postes, tels que l’entretien ou dans d’autres secteurs, sont tous exclus du programme. »

Même son de cloche du côté de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), qui se dit « insatisfaite » du nouveau programme. « Le TCRI constate avec regret que le programme de régularisation ne concerne qu’une faible proportion des demandeurs d’asile et les critères d’admissibilité pour ce programme sont très restreints », peut-on lire dans son communiqué.

Alors qu’il y a des centaines de milliers de migrants sans statut présentement au Canada, ce programme rejoindra moins d’un millier de personnes

 

« Ce n’est pas parfait, mais c’est quand même mieux que rien », a réagi de son côté Stéphane Handfield, avocat spécialisé en immigration.

Critères

Questionné en conférence de presse vendredi matin à savoir si le programme pourrait être élargi, le ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, a répondu qu’il s’agissait d’un « programme spécial » réservé aux demandeurs d’asile qui répondent à certains critères bien précis.

Pour se prévaloir de cette voie d’accès rapide à la résidence permanente, les demandeurs d’asile doivent avoir présenté leur demande avant le 13 mars 2020. Ils doivent également avoir obtenu un permis de travail et avoir travaillé un minimum de 120 heures depuis le début de la pandémie dans des établissements de soins de santé dans une des professions désignées, soit comme préposé aux bénéficiaires, infirmière, aide-infirmière, associé au service de soins aux patients et aide aux préposés, ou comme travailleur de soutien à domicile.

« Comme ces personnes font face à un avenir incertain au Canada, les circonstances actuelles méritent des mesures exceptionnelles en reconnaissance de leur service exceptionnel pendant la pandémie », a répété le ministre Mendicino.

Ce programme est le fruit d’une négociation entre Ottawa et Québec qui s’est déroulée depuis deux mois pour en déterminer les critères d’admission. La ministre québécoise Nadine Girault n’était pas sur place pour cette annonce vendredi matin. Le premier ministre François Legault, de passage à Chibougamau, s’est toutefois entretenu sur le sujet. « Dès le début, j’ai annoncé publiquement qu’on voulait donner un statut spécial à ceux qui sont venus travailler dans nos CHSLD, entre autres, à soigner, à s’occuper de nos personnes, a expliqué François Legault en conférence de presse. On a fixé ensemble un certain nombre de critères, entre autres d’avoir travaillé 120 heures dans le réseau de la santé. Donc, on est content de voir que le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral vont travailler ensemble pour que les demandeurs d’asile qui sont venus prendre des risques en travaillant dans le réseau de la santé pendant la pandémie, bien, pour les remercier, qu’on va les accepter comme immigrants. Je suis très content de ça. »

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