De l’aide canadienne, mais pas pour le gouvernement

Le Canada se dit très au fait des problèmes de corruption qui affligent le Liban et c’est pour cette raison qu’il n’a pas l’intention d’envoyer d’aide directe au gouvernement dans sa réponse à la déflagration meurtrière ayant soufflé la ville de Beyrouth mardi.

« Nous sommes prêts à fournir de l’aide au Liban. Mais nous reconnaissons qu’il doit y avoir des réformes fiscales et politiques significatives pour nous assurer que cette aide bénéficiera au peuple libanais », a déclaré en conférence de presse la ministre du Développement international, Karina Gould. « C’est une des raisons pour lesquelles nous continuons à verser notre aide par le truchement de partenaires non gouvernementaux de confiance. »

Le Liban était aux prises avec une crise financière sans précédent bien avant que la déflagration n’anéantisse une partie de Beyrouth mardi. Le gouvernement est accusé de corruption généralisée, sans compter que l’État est gangrené par le Hezbollah iranien, qui prive le pays de revenus et construit des structures de gouvernance parallèles.

En entrevue avec Le Devoir, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, abonde dans le sens de sa collègue. Il note toutefois que l’aide directe à un gouvernement est chose rare. « Historiquement, dans sa politique, le Canada envoie très rarement des transferts d’État à État. C’est toujours à travers des organisations multilatérales, principalement l’Agence des Nations unies pour les réfugiés et le Programme alimentaire mondial. »

Nous sommes prêts à fournir de l’aide au Liban

À ce sujet, M. Champagne dit avoir discuté avec le président du regroupement Cereals Canada afin d’évaluer la capacité des producteurs et exportateurs canadiens d’envoyer des céréales au Liban. L’explosion de mardi a soufflé plusieurs silos à grains et la réserve du Liban ne serait plus que d’une trentaine de jours.

L’aide canadienne promise s’élève pour l’instant à 5 millions de dollars, mais M. Champagne a indiqué que le total devrait assurément augmenter. « Il y aura sous peu un appel des Nations unies pour des contributions et le Canada, évidemment, répondra présent », assure-t-il.

Bon an mal an, le Canada verse une aide humanitaire au Liban d’environ 47 millions de dollars, montant qui inclut toutefois les sommes destinées aux réfugiés syriens se trouvant au pays du Cèdre. M. Champagne a indiqué que le gouvernement fédéral planchait aussi sur la mise sur pied d’un mécanisme pour inciter les Canadiens à faire des dons, « un peu comme on avait fait pour Haïti [lors du tremblement de terre de 2010] ». Il s’agit d’habitude de promettre aux donateurs que leur don sera égalé par un don du gouvernement. Ottawa a fait de même plus tôt cette année dans la foulée de l’écrasement du vol 752, abattu par un missile iranien, à bord duquel se trouvait une soixantaine de Canadiens.

La ministre Gould a indiqué de son côté que l’ambassade canadienne n’avait pas été endommagée par l’explosion. Elle reprendra ses activités consulaires normales — suspendues à cause de l’accident — lundi. Selon les deux ministres, un seul employé a été légèrement blessé lors de la déflagration. Une vingtaine d’employés de l’ambassade ont toutefois perdu leur logis.

Un afflux à prévoir ?

En 2006, à la suite du pilonnage du Liban par Israël, des dizaines de milliers de Libanais possédant aussi la nationalité canadienne avaient réclamé d’être rapatriés au Canada. On estime qu’il y aurait en ce moment 11 000 Canadiens au Liban. Mais, pour l’instant, Ottawa ne craint pas de devoir lancer une opération de rapatriement similaire à celle de 2006.

Les ministres Gould et Champagne indiquent que le Canada n’a reçu jusqu’à présent qu’une soixantaine d’appels de ressortissants. « C’était surtout pour des questions logistiques », note M. Champagne. « Rien n’indique ça [qu’il y aura des demandes de rapatriement] », continue-t-il. Le ministre rappelle en outre que, contrairement à 2006, la situation n’est pas une situation de guerre. « C’est un peu comme les 300 000 citoyens ou résidents permanents qui sont à Hong Kong. Ils peuvent de plein droit revenir chez nous. » Au pire, dit-il, ils devront se mettre en quarantaine 14 jours à leur arrivée au Canada.

Par ailleurs, M. Champagne confirme que l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe (mieux connue sous son acronyme anglais DART) ne sera probablement pas déployée au Liban. « On me dit qu’elle est davantage spécialisée pour l’aide après des catastrophes naturelles », explique M. Champagne.

Québec donne 1 million de dollars

Jeudi soir, Québec a annoncé qu’il accordait une aide financière d’urgence d’un million de dollars au Liban, deux jours après la catastrophe survenue à Beyrouth. La contribution du Québec visera à soutenir des projets d’action humanitaire. Le détail des sommes versées à des organismes de coopération internationale par le gouvernement du Québec sera connu plus tard, a indiqué la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, dans un communiqué. En matinée, le cabinet de la ministre Girault n’avait voulu formuler aucun commentaire à ce sujet. Le Québec compte une diaspora libanaise évaluée à 200 000 personnes. Mercredi, à la demande du gouvernement, le drapeau du Québec a été mis en berne sur la tour centrale du parlement. Une aide psychologique est mise à la disposition des citoyens québécois d’origine libanaise qui en ressentaient le besoin, au numéro 811.

La Presse canadienne


À voir en vidéo