Ottawa réserve des vaccins chez Pfizer et Moderna

Pfizer Canada et l’américaine Moderna ont entamé la dernière phase d’essais cliniques de leurs vaccins expérimentaux, ce qui implique de les tester sur des milliers de personnes afin d’en vérifier l’efficacité et l’innocuité
Photo: La Presse canadienne Pfizer Canada et l’américaine Moderna ont entamé la dernière phase d’essais cliniques de leurs vaccins expérimentaux, ce qui implique de les tester sur des milliers de personnes afin d’en vérifier l’efficacité et l’innocuité

Le gouvernement canadien vient de signer ses deux premières commandes de vaccin contre la COVID-19. Mais bien que les essais cliniques aillent bon train pour la pharmaceutique Pfizer et la compagnie de biotechnologie Moderna, Ottawa prévient que leurs vaccins risquent néanmoins de se faire attendre encore un an.

La ministre fédérale responsable de l’Approvisionnement, Anita Anand, s’est réjouie mercredi que le Canada devienne ainsi « l’un des premiers pays à conclure » de tels accords. « Ces ententes avec Moderna et Pfizer témoignent de notre approche agressive visant à s’assurer d’avoir accès à des vaccins expérimentaux dès maintenant, pour que les Canadiens soient au premier rang lorsqu’un vaccin sera disponible », a-t-elle fait valoir en conférence de presse à Toronto.

Pfizer Canada et l’entreprise américaine Moderna ont entamé, la semaine dernière, l’ultime phase d’essais cliniques de leurs vaccins expérimentaux — ce qui implique de tester leurs vaccins sur des milliers de personnes afin d’en vérifier l’efficacité et l’innocuité. Pfizer est en train d’étudier quatre vaccins expérimentaux, en collaboration avec l’allemande BioNTech, et les essais cliniques entamés dans différents pays montrent des « résultats prometteurs », selon le fédéral. Le New England Journal of Medicine a, quant à lui, fait état de données encourageantes au sujet des essais cliniques de Moderna.

Mais la ministre Anand a prévenu qu’il faudra patienter encore longtemps avant que ces vaccins ne soient développés, testés adéquatement puis produits en assez grandes quantités. Tout potentiel vaccin devra enfin être approuvé par Santé Canada. « Si tout se passe bien », la ministre prévoit que les premiers vaccins soient livrés au courant de l’année 2021.

Pfizer espère pour sa part être en mesure de demander un examen réglementaire au mois d’octobre et, si elle l’obtient, de pouvoir offrir jusqu’à 100 millions de doses de vaccin dans le monde d’ici la fin de l’année 2020 puis 1,3 milliard d’ici la fin de l’année 2021. L’entreprise a déjà promis 100 millions de doses au gouvernement américain, qui s’est aussi assuré l’option d’en obtenir 500 millions de plus.

Du côté d’Ottawa, la ministre Anand a refusé de préciser le nombre de doses de vaccins expérimentaux qu’elle a réservé. La somme des ententes conclues avec Pfizer et Moderna n’a pas non plus été dévoilée. « Nous sommes en négociations avec plusieurs fournisseurs potentiels de vaccins — tant au pays qu’à l’international — donc l’information demeure confidentielle pour le moment », a-t-elle martelé, en notant qu’Ottawa est aussi en négociations avec plus de cinq autres fournisseurs.

Pas la solution miracle

Bien que le développement d’un éventuel vaccin contre le SRAS-CoV-2 progresse, les autorités fédérales préviennent qu’il ne sera pas la solution miracle à la pandémie. La directrice de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a fait valoir mardi que le vaccin ne serait pas disponible pour tout le monde dès le départ. « Il faudra hiérarchiser l’accès. » Ce qui fait qu’il faudra continuer de « gérer la pandémie » pendant encore deux ou trois ans, et que les Canadiens devront continuer de porter un masque et de respecter la distanciation physique malgré la venue de ce futur vaccin.

Un avertissement repris par la ministre Anand mercredi, qui a affirmé que le vaccin serait « un élément » de la solution, « mais pas la solution miracle ».

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Ottawa n’a pas encore décidé si le vaccin sera obligatoire pour tout le monde. La ministre Anand a plaidé qu’il ne le serait « probablement pas ». Mais son collègue ministre de l’Innovation, Navdeep Bains, a indiqué que le plan de vaccination serait élaboré par le gouvernement de concert avec la Dre Tam et la ministre de la Santé, Patty Hajdu.

Un sondage de la firme Angus Reid révélait mardi que seuls 46 % des Canadiens comptent se faire vacciner dès que ce sera possible tandis que 32 % attendraient quelque temps avant de le faire, la majorité d’entre eux (76 %) craignant les effets secondaires d’un nouveau vaccin.

Outre ses commandes de vaccins à l’international, Ottawa a également annoncé des investissements auprès de projets de développement de vaccins expérimentaux ici même au Canada. La compagnie biopharmaceutique IMV, située au Québec et en Nouvelle-Écosse, recevra plus de trois millions de dollars et l’entreprise américaine de vaccins Variation Biotechnologies Inc., qui mène des travaux de recherches à Ottawa, touchera 56 millions.

Le gouvernement fédéral s’est en outre procuré des seringues, des tampons d’alcool, des compresses et d’autres fournitures pour être prêt à procéder à l’immunisation des Canadiens le moment venu.

Le centre des vaccins de la London School of Hygiene & Tropical Medicine a répertorié quelque 226 vaccins expérimentaux qui sont en voie de développement dans le monde. Mais 195 d’entre eux sont encore en phase préclinique et seulement 31 ont entamé leurs essais cliniques. Au Canada, deux compagnies mènent des essais cliniques — la québécoise Medicago et l’entreprise chinoise CanSino Biologics.

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