L’assurance-emploi prendra la relève de la PCU

Serait-ce un premier cas de changement durable que la pandémie aura engendré ? Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il modifierait le programme d’assurance-emploi afin d’élargir le bassin de travailleurs y ayant droit. Ces modifications permettront à Ottawa de laisser la Prestation canadienne d’urgence (PCU) expirer comme prévu cet automne et d’en transférer les derniers bénéficiaires vers le nouveau régime. Les défenseurs des chômeurs applaudissent.

La PCU avait déjà été prolongée et pouvait maintenant être touchée pendant 24 semaines, ou jusqu’au 3 octobre au plus tard. Mais Ottawa constate que cela ne sera peut-être pas suffisant et que des travailleurs seront encore incapables de gagner leur vie au-delà de ces dates à cause de la pandémie. Le gouvernement adoptera donc une nouvelle approche.

« Notre but est de transférer tous ceux qui reçoivent encore la PCU au régime d’assurance-emploi », a expliqué le premier ministre Justin Trudeau vendredi. Le hic, c’est que le régime actuel d’assurance-emploi fait l’objet de critiques chroniques car un important pourcentage de travailleurs ne s’y qualifient pas, parce qu’ils travaillent à leur compte, n’ont pas accumulé assez d’heures travaillées ou que leur motif de cessation d’emploi n’a pas été jugé valable (départ volontaire, congédiement pour inconduite, etc.). Le dernier rapport de contrôle et d’évaluation du programme, publié ce mois-ci par le ministère de l’Emploi, indique que seulement 42,1 % des personnes s’étant retrouvées sans emploi en 2018-19 ont touché des prestations.

Réforme en deux temps

M. Trudeau a indiqué vendredi qu’il était conscient de la situation. Lui et sa ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, ont laissé entendre qu’une réforme en deux temps se profilait : une à court terme, temporaire, pour aider les chômeurs résiduels de la pandémie qui ne se qualifieraient pas autrement à l’assurance-emploi, et une autre, pérenne, pour transformer le programme.

« L’assurance-emploi devrait couvrir tous les Canadiens qui cherchent du travail, a soutenu M. Trudeau. Pour ceux qui n’y auront toujours pas accès, comme les travailleurs à contrat, nous créerons une prestation de transition similaire à l’assurance-emploi. […] Nous fournirons d’autres détails d’ici la fin août, mais en bout de piste, nous avons l’intention de couvrir tout Canadien qui cherche de l’emploi avec un meilleur système d’assurance-emploi digne du 21e siècle. »

Le Conseil national des chômeurs est ravi de l’annonce. « J’ai l’impression qu’au fédéral, il y a des gens qui ont commencé à réfléchir sérieusement à revoir le filet social, à se dire que c’est vrai que c’est trop lourd, trop judiciarisé et qu’il faudrait adapter et moderniser et s’adapter aux réalités du terrain », dit en entretien son porte-parole, Pierre Céré.

Au début de la crise, la PCU avait été créée parce qu’Ottawa estimait que le programme d’assurance-emploi, avec toutes ses subtilités, serait incapable de traiter assez rapidement les demandes des nouveaux chômeurs de la pandémie. Il y en a eu jusqu’à 8 millions au plus fort du confinement. La ministre Qualtrough a indiqué vendredi que son ministère pense être capable de traiter « autour de 4 millions » de demandes d’assurance-emploi dès septembre. « Nous sommes très confiants maintenant que le système est prêt », a-t-elle dit.

M. Trudeau a par ailleurs indiqué que pour certaines personnes, il sera possible de toucher à la nouvelle prestation tout en recommençant partiellement à travailler. Il répond du coup à certains de ses détracteurs, en premier lieu le gouvernement du Québec et le Bloc québécois, qui ont déploré que la PCU incitait les travailleurs à bas salaire à rester à la maison plutôt qu’à reprendre le collier. Il est possible de toucher jusqu’à 1000 $ par mois en revenus de travail et de toucher encore la PCU, mais la transition n’est pas graduelle. À 1001 $ de revenus, on perd la totalité de la PCU.

L’assurance-emploi est un programme qui s’autofinance grâce aux cotisations versées par les travailleurs et les employeurs. La caisse d’assurance-emploi peut enregistrer des surplus ou des déficits une année ou une autre, mais sa loi constitutive l’oblige à atteindre un équilibre sur une période de sept ans. Les taux de cotisation sont établis en fonction de cet impératif. Des médias avaient récemment supputé qu’avec un élargissement du programme, les cotisations devraient augmenter. M. Trudeau a refermé cette porte vendredi, du moins, à courte échéance. « Évidemment, il n’est pas question d’augmenter les cotisations à l’assurance-emploi durant cette période difficile. »

Avec Marie Vastel

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