Les avocats de Meng Wanzhou exigent des documents qui prouveraient un complot

La directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, fait face à une procédure d’extradition vers les États-Unis, où elle est accusée de fraude à New York, mais elle nie ces allégations.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne La directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, fait face à une procédure d’extradition vers les États-Unis, où elle est accusée de fraude à New York, mais elle nie ces allégations.

Les avocats de la directrice financière de Huawei, arrêtée au Canada fin 2018 à la demande des États-Unis, exigent la publication de documents des services secrets prouvant selon eux un complot entre le FBI et les autorités canadiennes.

Lors d’une audience virtuelle de la Cour fédérale lundi, les avocats de Meng Wanzhou ont réclamé la publication de la version intégrale de plusieurs documents rédigés avant et après son arrestation, le 1er décembre 2018 à l’aéroport de Vancouver. Une version caviardée de ces documents a déjà été rendue publique.

Les avocats de Mme Meng estiment que ces documents prouvent un complot entre les autorités canadiennes et américaines.

La dirigeante du géant chinois des télécommunications avait été arrêtée à la demande de la justice américaine, qui l’accuse d’avoir contourné les sanctions américaines contre l’Iran. Elle fait aujourd’hui face à une procédure d’extradition vers les États-Unis, où elle est accusée de fraude. Cette arrestation a déclenché une crise diplomatique sans précédent entre Ottawa et Pékin.

Scott Fenton, l’un des avocats de Mme Meng, a rappelé lundi que sa cliente avait été interrogée pendant trois heures par les agents des douanes canadiennes à l’aéroport de Vancouver, sans savoir ce qui lui était reproché, avant d’être officiellement arrêtée. Cela constitue, selon lui, une violation de ses droits justifiant l’arrêt de la procédure d’extradition.

« On ne lui a jamais donné les raisons de sa détention » pendant ces trois heures, a affirmé M. Fenton. « On l’a induite en erreur. En fait, on l’a trompée. »

Tensions

Le représentant du procureur général du Canada, Robert Frater, s’est opposé à la publication d’une version non caviardée de ces documents. Il a démenti tout « complot » avec le FBI, des allégations basées à ses yeux sur des « déductions fantaisistes tirées de déclarations anodines ».

Dans une déclaration sous serment déposée au tribunal de Vancouver en juillet, un responsable du ministère des Affaires étrangères avait estimé que la publication de ces documents risquerait de « relancer les tensions » entre Ottawa et Pékin et pourrait mettre des Canadiens en danger.

Quelques jours après l’arrestation de Mme Meng à Vancouver, l’ex-diplomate canadien Michael Kovrig et son compatriote consultant Michael Spavor avaient été arrêtés en Chine, avant d’être inculpés d’espionnage mi-juin. Leur détention est largement considérée en Occident comme une mesure de représailles.

Un autre des avocats de Meng Wanzhou, Ian Carter, a soutenu que la divulgation des documents demandés pourrait difficilement nuire davantage aux relations sino-canadiennes du Canada que la déclaration sous serment d’un haut fonctionnaire, déjà publique.

« Si le gouvernement du Canada s’inquiétait vraiment des dommages aux relations entre le Canada et la Chine, pourquoi aurait-il rédigé et déposé publiquement cette déclaration […] une série de propositions et d’allégations qui dépeignent la Chine sous un jour négatif ? » a plaidé Me Carter.

L’avocat de Mme Meng a également plaidé que la police fédérale américaine ne s’attend pas à ce que ses correspondances demeurent secrètes, car le FBI est un corps policier, pas un service de renseignement.

Robert Frater a plaidé de son côté que la défense présentait des arguments « abstraits », parce qu’elle n’avait pas vu les documents. Or, la requête de la défense exige des arguments appropriés qui ne peuvent être plaidés que lors d’audiences à huis clos, en raison de la sensibilité des documents, a-t-il déclaré. « Toutes ces questions doivent vraiment être basées sur le contexte plus complet qui sera fourni lors des audiences à huis clos. »

Le public et les médias ont d’ailleurs été exclus de la suite de l’audience jeudi.

Avec La Presse canadienne