Le Bloc menace de faire tomber les libéraux

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

Deux des trois partis d’opposition à la Chambre des communes réclament désormais le départ de Justin Trudeau et de Bill Morneau dans la foulée de l’affaire UNIS. Le chef conservateur, Andrew Scheer, pense que le Canada gérera mieux la pandémie si les postes de premier ministre et de ministre des Finances sont pourvus par des personnes n’étant pas occupées à défendre leur intégrité. Le Bloc québécois est même prêt à faire tomber le gouvernement et à précipiter des élections si les deux hommes n’obtempèrent pas.

Le Bloc québécois avait déjà demandé à M. Trudeau de quitter temporairement ses fonctions le temps que la lumière soit faite sur l’affaire UNIS (We Charity en anglais). Mais il a poussé la note plus loin vendredi en demandant carrément sa démission ainsi que celle de son grand argentier.

«Les Québécois peuvent ne pas vouloir une élection à court terme, mais nous comprenons qu’ils veulent encore moins un autre scandale partisan et libéral qui nuit gravement à la lutte à la COVID-19», a fait valoir Yves-François Blanchet pour justifier la motion de censure qu’il se dit prêt à déposer dès septembre.

Le chef bloquiste demande à Élections Canada de trouver un moyen de tenir un scrutin dans le respect des mesures de distanciation sociale. Et il invite la Chambre des communes à prévoir une façon qui permettrait aux 308 députés de se prononcer sur cette éventuelle motion de censure. Le Parlement canadien siège toujours en nombre réduit. Un comité parlementaire a récemment proposé — sans en privilégier aucune — diverses méthodes de vote respectant les mesures sanitaires, notamment le vote électronique et le vote en personne à tour de rôle. Élections Canada indique qu’elle pourrait encourager le vote postal et inviter les électeurs à apporter leur crayon.

Pour l’heure, une telle motion est peu susceptible de se solder par un retour aux urnes : il faudrait pour cela que les trois partis d’opposition se liguent, et le NPD refuse d’envisager cette voie. Quant au chef conservateur, Andrew Scheer, il préfère laisser à son successeur le soin de prendre une telle position. Néanmoins, il joint sa voix à celle du Bloc pour demander les deux démissions. «Ce scandale démontre qu’il y a de la corruption aux plus hauts niveaux du gouvernement. Peut-être M. Trudeau ne peut pas congédier M. Morneau, car il sait qu’il a fait bien pire», a-t-il avancé.

M. Scheer ne pense pas que ce soit un mauvais moment pour se débarrasser à la fois du chef de gouvernement et du ministre des Finances alors que le pays affronte une crise sanitaire dont l’incidence économique s’est déjà traduite par un déficit de 343,2 milliards. Au contraire. « C’est la raison pour laquelle ils doivent démissionner. Pour que le gouvernement puisse continuer à gérer notre pays pendant cette crise. »

Il invite les députés libéraux à réclamer d’eux-mêmes les départs pour prouver leur intégrité. Du bout des lèvres, le leader libéral en Chambre, Pablo Rodriguez, a reconnu à Radio-Canada qu’«il y a des choses qui doivent changer». Il n’a pas étoffé sa pensée, mais il a parlé de la nécessité d’avoir «des lumières qui s’allument plus rapidement dans certains cas».

Des millions et des voyages

À l’origine de l’affaire UNIS se trouve le programme fédéral de Bourses canadiennes pour le bénévolat étudiant, de 912 millions de dollars. Le but était d’encourager les étudiants à faire du bénévolat en lien avec la pandémie, moyennant une compensation pouvant atteindre 5000 $.

Le groupe UNIS allait recevoir 43,5 millions pour gérer le programme. Or, il a été révélé que la mère et le frère de M. Trudeau ont empoché près de 300 000 $ d’UNIS pour prononcer des discours tandis que la fille de M. Morneau y travaille.

Selon l’opposition, MM. Trudeau et Morneau se sont placés en conflit d’intérêts en ne se récusant pas des discussions en lien avec ce contrat. Selon les libéraux, ce sont les fonctionnaires qui ont conclu à l’incapacité de l’appareil gouvernemental de livrer un tel service et qui ont suggéré d’avoir recours à UNIS.

M. Morneau est aussi en mauvaise posture parce que sa famille a séjourné gratuitement dans les installations d’UNIS au Kenya et en Équateur. UNIS dit qu’elle voulait montrer le bien qu’elle accomplit dans l’espoir de recevoir des dons.

Les Morneau ont payé leur billet d’avion et leurs chambres d’hôtel, mais n’ont pas été facturés pour le coût de leur séjour dans les installations. M. Morneau l’a réalisé cette semaine et a envoyé un chèque de 41 366 $, soit l’équivalent canadien du montant forfaitaire de 4395 $US qu’UNIS calcule par personne pour un séjour. (Les Morneau étaient deux au Kenya et cinq en Équateur.)

La Loi sur les conflits d’intérêts interdit aux ministres d’accepter des voyages susceptibles de les placer en conflit d’intérêts. C’est précisément pour avoir enfreint cette disposition que Justin Trudeau a été déclaré coupable après avoir séjourné sur l’île privée de l’Aga Khan. Ironiquement, l’enquête du Commissaire s’était déroulée à l’été 2017, au moment même où les Morneau effectuaient leurs voyages.

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